C’est officiel, Electronic Arts appartient au PIF de l’Arabie saoudite, à Silver Lake et à Affinity Partners
Nous y voilà. L’affaire concernant Electronic Arts et son rachat par un fonds d’investissement d’Arabie saoudite, ainsi que les sociétés de capital-investissement Silver Lake et Affinity Partners, est close. À compter de ce 4 août, cette transaction à hauteur de 55 milliards voit la société américaine engloutie, basculant dans une nouvelle ère remplie de billets verts pour quelques-uns, et d’inquiétudes pour tous les autres.
Le consortium se partage Electronic Arts
« À quoi va ressembler Electronic Arts dans les prochaines années ? » est une pensée qui n’a jamais vraiment rassuré ces dernières années, et ce avant même cette histoire de rachat pour 55 milliards de dollars de la société américaine par le PIF (« Fonds d’Investissement Public ») saoudien, Silver Lake et Affinity Partners. Alors, après celui-ci, on n’ose pas se projeter.
En apparence, tout est formidable. Le communiqué scellant définitivement le rachat sur le site d’Electronic Arts est rempli de paroles optimistes, donnant l’impression que le meilleur est à venir. Et chacun y va de sa petite phrase, à commencer par Turqi Alnowaiser, vice-gouverneur et responsable des investissements internationaux au PIF, très intéressé notamment par le sportwashing que permettent les licences sportives d’EA :
« Le divertissement et le sport constituent des axes stratégiques majeurs pour le PIF et figurent parmi les secteurs connaissant la croissance et l’évolution les plus rapides au monde. Le consortium est idéalement positionné pour être un partenaire à long terme pour l’équipe de direction d’EA dans la stimulation d’une croissance et d’une innovation durable, tant pour EA que pour l’industrie. »
Jared Kushner, gendre de Donald Trump et PDG d’Affinity Partners — dont la majeure partie des fonds provient du PIF, se dit ravi de « soutenir l’entreprise alors qu’elle continue de toucher de nouveaux publics, d’inspirer la prochaine génération de créateurs et de multiplier les façons dont les gens du monde entier tissent des liens grâce au jeu ».
Du côté de Silver Lake, son PDG Egon Durban rappelle un pan important des investissements chez EA, et pas le plus réjouissant, à savoir l’IA :
« En tant qu’investisseurs de longue date dans le secteur technologique, nous admirons la façon dont l’innovation d’EA nourrit l’imagination et les liens humains. Nous sommes fiers de nous associer au PIF et à Affinity Partners pour investir massivement dans la croissance d’EA — notamment en exploitant le potentiel de l’IA pour enrichir le développement des jeux et l’expérience des joueurs — et nous sommes ravis de collaborer avec Andrew et l’équipe d’EA alors qu’ils placent la barre toujours plus haut pour les fans du monde entier.
Quid d’Andrew Wilson ?

Andrew Wilson // Source : Electronic Arts
Eh tiens, terminons justement par le grand gagnant de ces derniers mois chez EA, Andrew Wilson, son PDG :
« Ce moment rend hommage aux personnes extraordinaires dont la créativité, l’ambition et la passion on fait d’EA l’une des plus grandes entreprises de divertissement interactif au monde. Nous entamons ce nouveau chapitre en position de force, aux côtés de partenaires qui partagent notre vision et notre ambition. Ensemble, nous investirons avec audace, accélérerons l’innovation et créerons la prochaine génération de jeux et d’expériences pour les centaines de millions de joueurs et de fans qui nous inspirent chaque jour. »
Des paroles complètement hors sol pour le bourreau des équipes de Battlefield 6, dont le maintien en tant que PDG d’Electronic Arts interroge, surtout sur à moyen et long terme. Maintenant, surtout, ne vous inquiétez pas pour lui, les 38 694 984 dollars récupérés à la fin de l’année fiscale 2026, sous forme d’actions et de primes, devraient lui permettre d’aborder une éventuelle retraite avec un brin de sérénité.
Les actionnaires sont également tout sourire et recevront 210 dollars par action dans le cadre de ce rachat et, dans le même temps, EA quitte la bourse. Un avantage pour l’entreprise, selon Fiona Sperry, ancienne dirigeante de Criterion, lorsqu’elle s’exprimait sur l’annonce du rachat chez Games Industry.
La désormais PDG de Three Fields Entertainment expliquait que, dans cette nouvelle situation, il n’y a alors plus d’obligation de diffuser publiquement ses résultats, ni de rendre compte à des actionnaires publics ce qui, effectivement, arrange bien. Alors comprenons-nous bien, évidemment que le consortium, et particulièrement le PIF donc, aura des exigences de résultat. Simplement, les règles du « jeu » ne seront pas les mêmes.
Un avenir peu ragoûtant

Dragon Age: The Veilguard // Source : Electronic Arts
Vous l’aurez compris, derrière les congratulations que s’envoient les parties prenantes du consortium se cachent beaucoup d’inquiétudes. Elles naissent d’abord et depuis quelques temps déjà devant l’identité de l’acquéreur principal d’Electronic Arts à hauteur de 93,4% : le PIF.
L’Arabie saoudite et sa notion des droits humains, notamment liés aux femmes et à la communauté LBTQIA+, inquiètent quant aux questions d’inclusivité et de liberté d’expression dans les jeux. On rappelle que le studio Maxis a pris la parole en début d’année pour affirmer avec force sa volonté de continuer à être fidèle aux valeurs portées par ses jeux Les Sims.
Difficile de voir un intérêt pour le PIF à renverser la table, du moins pas aussi rapidement ni brutalement, mais cela reste à surveiller quand même. Sans être en lien direct avec ces thèmes-là, on a quand même eu droit à Cristiano Ronaldo comme combattant dans Fatal Fury, City of the Wolves, simplement parce que la Fondation MiSK du prince Mohammed ben Salmane est propriétaire de SNK.
Ces craintes d’ordre créatif sont étroitement liées à celles d’ordre humain. Avec une dette de 20 milliards récupérée dans l’acquisition, on l’a évoqué plus haut, le focus sur l’IA devrait aller de plus belle pour réduire les charges d’une manière ou d’une autre, sans parler d’EA Advertising, le programme destiné à optimiser la pub dans les jeux de l’éditeur.
Aussi, et hélas, il y a fort à parier que d’autres licenciements pourraient être envisagés. On pense forcément à Bioware, qui n’a pas été épargné ces dernières années avec, par exemple, une vague de licenciements subie en janvier 2025. Et dire aujourd’hui que le très nébuleux Mass Effect 5 peut continuer à avancer sereinement parait présomptueux.
Bref, une nouvelle page se tourne pour de bon chez Electronic Arts, et les perspectives ne sont pas des plus réjouissantes.