Digimon Story: Time Stranger – Notre avis sur la version Nintendo Switch 2
Qui aurait pu prédire qu’après le raz-de-marée Pokémon, ayant absolument tout balayé sur son passage dès sa première année d’existence et n’ayant cessé de croître par la suite, un challenger tel que Digimon avait des chances de perdurer ? Pourtant, c’est bien ce qui s’est produit. Et mieux encore, la franchise de Bandai Namco est devenue culte pour toute une frange de joueurs et de joueuses, probablement pas bien intéressés de comparer Digimon avec la concurrence. Ainsi, bien que ses itérations animées demeurent assez confidentielles hors du Japon depuis le début des années 2000, et que ses différentes sorties vidéoludiques ne produisent pas d’énormes vagues dans l’actualité du média (tandis que le jeu de cartes n’est pas très populaire par chez nous), on constate malgré tout une progression lente mais certaine au niveau de l’ambition affichée par ses propositions. C’est comme cela qu’après les très sympathiques Cyber Sleuth et Hacker’s Memory, ou encore l’original Survive, la franchise nous revenait l’an dernier avec un RPG de premier ordre, l’attendu Digimon Story: Time Stranger.
Un titre qui a fait mouche chez nombre de fans, mais aussi chez d’autres, pas forcément amoureux de Digimon en premier lieu, mais s’avouant déçus de la tournure que semble prendre la franchise Pokémon depuis la Nintendo 3DS (ou plus tard pour les plus patients). Car il ne faut pas chercher très loin les inspirations de ce Digimon Story: Time Stranger au niveau du gameplay, le jeu se présentant comme un Monster Tamer, genre qui allie combat de créatures, capture (ou autre moyen d’acquérir différents types de monstres), et tout ce qui va avec.
Une recette qui n’est pas exclusive à Game Freak, et heureusement vu la manière dont l’entreprise s’occupe de son bébé pourtant fort lucratif, ayant ces dernières années accouché d’une quantité folle d’émules parmi lesquels on retiendra, par exemple, des Cassette Beasts, Nexomon, ou encore Dragon Quest Monsters. Seule ombre au tableau pour le dernier Digimon, finalement, aucun support mobile pour en profiter dans les meilleures conditions, chose qu’une double version Nintendo vient corriger, s’offrant aux possesseurs de l’ancienne, mais aussi de la nouvelle machine. Reste à savoir si le résultat est à la hauteur.
Conditions de jeu : Nous avons passé une petite quinzaine d’heures sur la version Switch 2, avec un temps de jeu réparti environ aux deux tiers sur le mode portable.
Petite piqûre de rappel

Des débuts spectaculaires – Digimon Story: Time Stranger // Source : Bandai Namco
Avant d’aborder la version Nintendo Switch 2, il nous semble logique de rappeler les forces et faiblesses du jeu de base, paru sur PlayStation 5, Xbox Series X|S et PC. Comme dit en introduction, il s’agit d’un RPG assez ambitieux, du moins pour la franchise dont il est issu, qui reprend une formule déjà éprouvée par les précédents Digimon Story, en embarquant nouveautés et améliorations. Outre l’exploration de donjons, typique du genre, le jeu propose donc tout un système de récupération de créatures, qui ne passe ici pas par la capture, mais par une jauge se remplissant à mesure que vous combattrez.
Et le combat, justement, occupe une place très importante dans l’aventure. Trop pour certains, notamment l’auteur de notre test paru en octobre dernier, qui reprochait sans détour à Digimon Story: Time Stranger une profusion d’affrontements rébarbative à la longue. Problème auquel il semble bien difficile de s’opposer, encore aujourd’hui, puisque le jeu nous place, dès ses premières heures, sur la route d’une quantité assez phénoménale de monstres qu’il faudra démettre. Défaut qu’on imagine connu des développeurs, puisque dès le lancement, il était possible d’accélérer jusqu’à cinq fois la vitesse des combats, ce qui ne sera pas de trop.
Enfin, outre cela, on pouvait aussi reprocher au titre quelques longueurs et un scénario qui, bien qu’intéressant pendant une bonne partie de l’aventure, souffrait de quelques passages moins captivants et d’un arc final décevant. Qu’à cela ne tienne, sur tout le reste, Digimon Story: Time Stranger faisait un quasi-sans-faute. Certes, les combats y étaient trop nombreux, mais ils avaient le mérite d’offrir une belle dimension tactique et stratégique, notamment face à une quantité assez surprenante de boss qui relevaient clairement la difficulté.
Le challenge, d’ailleurs, est pensé pour convenir au plus grand nombre : dans le mode de difficulté médian, quelques pics viennent nous secouer, mais rien n’est jamais insurmontable ; par ailleurs le jeu propose une quantité assez surprenante de modes, débutant par Histoire et allant jusqu’à Mega + (ce dernier étant à débloquer), de quoi permettre à tous les profils de s’y retrouver et de prendre du plaisir. D’autant que, comme souvent, il est heureusement possible de passer de l’un à l’autre en cours de partie, ce qui peut se révéler bien pratique.
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Côté histoire, on incarne un agent d’une organisation secrète, dont le sexe sera à déterminer par le joueur, parti enquêter sur les lieux où une anomalie (allez savoir ce que cela signifie) semble prendre place. Après quelques péripéties, le quartier entier explose, et nous avec. Mais ce n’est pas la mort qui nous attend. Aussi étrange que cela puisse paraître, nous voici revenus dans le passé. Décidé à délier les différents fils qui composent ce mystère, dans l’espoir de sauver l’humanité de catastrophes plus grandes encore, tout en usant et abusant de nos nouveaux compagnons digitaux, les Digimon (vous l’aviez deviné !), il va nous falloir explorer et partir à la quête des indices, le tout en demeurant, heureusement, supervisé par notre cheffe, restée dans le présent (autrement dit, notre futur).
De quoi mener à quelques séquences un peu risibles, il est vrai, mais aussi à une trame qui se suit avec plaisir, notamment parce qu’elle bénéficie de personnages globalement sympathiques. Bien que certains soient un peu agaçants, peut-être parce que Digimon Story: Time Stranger est un pur produit de son temps et qu’il emprunte aussi beaucoup aux clichés nippons. Cela ne l’empêche pas d’être parfois assez drôle, et jamais détestable pour autant.
Dans l’ensemble, ce qu’on retient le plus de cette version initiale, c’est sa générosité. Le jeu de Bandai Namco est développé par le très chouette studio Media.Vision que l’on connaît pour les précédents Digimon Story bien sûr, mais aussi et surtout pour Wild Arms (excusez du peu), Valkyria Chronicles 4 ou encore le très chouette (mais très confidentiel) Dragon Ball : Revenge of King Piccolo.
Un palmarès qui annonçait du bon, voire du très bon, et c’est effectivement ce que l’on a eu : non seulement le jeu embarque une quantité assez folle de créatures, autant à combattre qu’à acquérir, tout un système d’évolution et de fusion qui induit des possibilités assez vertigineuses, de la stratégie de haut vol pour le genre du Monster Tamer… et si tout cela ne suffisait pas, il embarque aussi des quêtes annexes scénarisées qui proposent des histoires souvent sympathiques, ainsi qu’un jeu de cartes in game. Enfin, Digimon Story: Time Stranger est plutôt surprenant sur le plan technique et visuel. Non seulement il est joli, mais il bénéficie en plus d’une direction artistique qui l’honore, tout en restant dans la continuité logique des précédents volets de la franchise. Une petite prouesse, accompagnée par une bande son globalement réussie.
Quid de cette version Switch 2 ?

Downgrade graphique évident – Digimon Story: Time Stranger // Source : Bandai Namco
Digimon Story: Time Stranger sort en parallèle sur Switch et sur Switch 2. De quoi espérer une version « nouvelle génération » assez convenable en matière de technique. Car c’est évidemment ce que l’on regarde en premier quand un portage arrive sur les supports Nintendo. La Switch première du nom a quelques bons portages (Borderlands 2, Dragon Quest XI ou encore DOOM 2016) mais une grosse quantité de versions nettement amoindries par rapport à leurs supports d’origine (The Outer Worlds, Pillars of Eternity, Batman Arkham Knight…), constat qui rend ces jeux moins appréciables chez Big N, cela va sans dire.
Or, on s’attend évidemment à ce que, malgré des capacités techniques moins impressionnantes que la concurrence directe, à savoir les Xbox Series X|S et la PlayStation 5, la Switch 2 soit tout de même assez au niveau pour faire tourner des jeux d’envergure moyenne. Catégorie dans laquelle on rangera volontiers un Persona 3 Reload qui était assez irréprochable sur la dernière née de Big N, ce que l’auteur de ce présent article avait pu vérifier lui-même l’an passé. Néanmoins, il semblerait que l’on se dirige à nouveau vers une ludothèque en demi-teinte, en témoignent notamment les premiers avis sur une version Switch 2 de Elden Ring heureusement revue et corrigée depuis… on croise les doigts pour que le jeu soit jouable et fluide en août prochain. Mais alors, qu’en est-il de ce Digimon Story: Time Stranger ?
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Eh bien, malgré le fait qu’on touche à un titre d’une envergure relativement similaire à un Persona 3 Reload, dont les ambitions techniques sont par ailleurs à ranger dans la même catégorie, il faut reconnaître que Digimon Story: Time Stranger est un brin décevant placé à côté de son homologue. Sur Switch 2, le titre souffre de nombreuses textures baveuses, de problèmes d’affichage parmi lesquels de l’aliasing, et cerise sur le gâteau, pas mal de petits ralentissements qui viennent ponctuer l’aventure. Ce qui surviendra pendant l’exploration, en toute logique, mais aussi, et c’est le plus surprenant, pendant les phases de dialogue ou de cinématiques, quand celles-ci sont fondues dans le moteur du jeu.
Plus problématique, on sent que la résolution au global a été nettement revue à la baisse depuis les versions Xbox et PlayStation, ce qui accentue déjà les petits couacs techniques que l’on avait déjà pu ressentir l’an passé, notamment des animations franchement cheap, et quelques effets visuels datés. Ce qui est dommage, car à côté de cela, les modèles de personnages et surtout de Digimon sont encore au top de leur forme, si l’on excepte quelques problèmes d’ombres ponctuels. Voilà pour le jeu en mode docké, affiché sur une TV haute résolution, et en choisissant le mode graphique Qualité. Un résultat qui nous fait nous questionner sur l’état de la version Switch première du nom, qu’on imagine encore revue à la baisse par rapport à celle-ci.
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Dommage, car en lançant Digimon Story: Time Stranger sur Switch 2, on s’est honnêtement fait la réflexion que, visuellement, il aurait s’agi d’une version Switch première du nom plutôt honnête. Alors entendons-nous bien, le jeu demeure jouable dans ces conditions, et rien ne nous sort vraiment de notre bulle une fois qu’on a plongé les pieds joints dans son histoire prenante. Mais il est assez décevant de constater ce résultat franchement en deçà de ce que proposait le titre sur PS5 et Xbox, surtout en mode Qualité, a fortiori quand ce dernier souffre d’un framerate légèrement asthmatique.
Un problème qui ne dérange pas tant que cela dans un RPG au tour par tour, par opposition à des jeux d’action demandant des réflexes, mais qui a tendance, aujourd’hui, à nuire au plaisir de la découverte. D’autant que ce que l’on vous décrit ici reflète, comme dit plus tôt, principalement le rendu en mode graphique Qualité, le mode Performance étant encore un brin moins fin (ce qui ne se voit que peu) mais profitant d’un framerate constant et bien plus confortable. À choisir, et ce malgré le downgrade graphique, c’est plutôt vers ce mode qu’on aurait tendance à vous orienter.
Reste un mode portable qui s’en sort mieux, beaucoup mieux même, avec un aliasing beaucoup moins prononcé, et une plus grande fluidité. Et finalement, c’est peut-être bien le plus important : ce genre de RPG, on est beaucoup à préférer y jouer en mode portable, pour pouvoir l’emmener partout avec nous. Et dans ces conditions, cette version Switch 2 remplit parfaitement son office, même si la console de Big N ne possède pas une batterie bien conséquente. Reste donc à savoir ce que vous attendez de cette version : une technique honnête pour le jeu sur TV, ou un moyen convenable pour faire ce RPG très sympa dans les transports ?
Embarquant la majeure partie des atouts du jeu original, Digimon Story: Time Stranger se départit, sur Switch 2, de ses qualités techniques. Souffrant de pas mal de petits couacs visuels sur TV, ainsi que d’un framerate qui toussote en mode graphique Qualité, le titre s’en sort néanmoins mieux dès que l’on arrache la console de son dock pour l’emmener hors du salon, ou qu’on préfère le mode Performances, accentuant un brin le downgrade graphique ressenti. Dommage, car on espérait sincèrement une version plus belle, après un Persona 3 Reload très honnête. Toutefois, cela n’empêche heureusement pas de prendre du plaisir sur ce jeu riche et prenant. Oui, il est moins beau et moins fluide dans ces conditions, mais non, cela ne le rend pas foncièrement moins bon et intéressant. C’est à vous, finalement, de savoir si vous acceptez d’endurer une technique plus proche d’un jeu Switch premier du nom que d’un jeu PS5 ou Xbox Series. Nous, en tout cas, on a tranché, et on y retourne dans l’espoir d’en voir les crédits de fin !







