Ankama a fêté ses 25 ans sans renoncer à expérimenter : « Nous avons ouvert nos chakras au maximum »

À l’occasion de Japan Expo 2026, Ankama a célèbré son vingt-cinquième anniversaire avec plusieurs annonces réparties entre jeux vidéo, animation, édition et produits dérivés. Pauline Plaisant, directrice de la stratégie et du business development de l’entreprise, est revenu sur cette organisation transmédia à travers une interview exclusive accordée à notre équipe. L’occasion d’évoquer la nouvelle classe des Bellaphones, la série Welsh & Shedar et la dernière saison de Wakfu, sans oublier l’histoire d’un surprenant slip tricoté.

Interview de Pauline Plaisant pour les 25 ans du studio Ankama // Source : ActuGaming

Un modèle transmédia organisé autour d’une thématique annuelle

Pauline Plaisant connaît bien Ankama. Après un premier stage entre 2007 et 2008, elle est revenue dans l’entreprise de 2010 à 2017, puis une troisième fois environ un an et demi avant cette inteview. Elle occupe désormais le poste de directrice de la stratégie et du business development pour l’ensemble des activités du groupe. Son travail consiste notamment à coordonner les quatre grandes branches d’Ankama : le jeu vidéo, l’animation, l’édition et les produits dérivés, auxquels s’ajoutent les jeux de plateau. Une organisation fondée sur le transmédia, principe central de l’entreprise depuis ses débuts.

« J’aime dire que je mets de l’huile dans les rouages », résume-t-elle. Chaque année, Ankama détermine une thématique commune à ses différentes productions. Pour son vingt-cinquième anniversaire, l’entreprise a choisi de se concentrer sur les six Dofus primordiaux et leur source. L’animation constitue généralement le point de départ de cette coordination, car ses délais de fabrication sont plus longs. Les autres équipes viennent ensuite développer des mises à jour, des histoires et des produits liés au même fil conducteur.

« On va définir cette thématique qui est généralement drivée par l’animation – parce que les temps de prod de l’animation sont plus longs que sur les autres business units. Et ensuite, on va coordonner toutes les autres activités pour qu’elles viennent s’imbriquer dans cette thématique-là et qu’elles proposent, par exemple, des mises à jour, des produits, bref, peu importe. Moi, mon rôle, c’est vraiment de faire en sorte que… eh bien, que, tout ça fonctionne bien ensemble »

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« De l’esquisse à l’épopée », l’affiche du festival d’Annecy // Source : Ankama

Cette organisation conduit Pauline à travailler sur des sujets très différents. Elle venait notamment de passer huit jours à Annecy, où Ankama avait présenté l’exposition inaugurale de la Cité internationale du cinéma d’animation. Installée jusqu’au 31 janvier, cette exposition retrace les différentes facettes de l’entreprise.

Son inauguration a notamment été marquée par la visite de Guillermo del Toro (rien que ça). Le réalisateur aurait déclaré à ToT (Anthony Roux) : « Vous êtes les seuls au monde à faire ce que vous faites. » Une reconnaissance que Pauline décrit comme « incroyable ».

Ankama a également profité de l’événement pour projeter les premières minutes de la saison 5 de Wakfu et le premier épisode de Welsh & Shedar. L’entreprise prévoit désormais de revenir régulièrement à Annecy pour organiser plusieurs temps forts autour de l’exposition : « Annecy a vraiment été un moment de grand rayonnement pour nous. C’était un honneur d’être mis en avant de cette manière »

Les Bellaphones réuniront Dofus, Wakfu et Dofus Touch

Parmi les principales annonces pour célébrer les 25 ans du studio figure l’arrivée (officielle) de la lignée Bellaphone. Cette nouvelle classe doit être intégrée simultanément à plusieurs jeux actuellement disponibles, à savoir Dofus, Wakfu et Dofus Touch. Une classe qui possède un ancrage commun aux trois jeux, mais chaque équipe créative reste évidemment libre d’adapter ses mécaniques aux particularités de son titre. Ce type de lancement simultané est une première pour le studio roubaisien.

Les Bellaphones entretiennent un lien étroit avec les six Dragons primordiaux. Chaque personnage sera accompagné d’une aura spectrale prenant la forme d’un dragon. Leur présence dans les trois jeux découle directement de la stratégie transmédia d’Ankama : « Il nous paraissait impossible de sortir cette classe dans un jeu et pas dans les autres », précise Pauline Plaisant.

Cela restait tout de même un défi de savoir comment chaque jeu devait adapter cette nouveauté : « Il y a un lore global, évidemment, il y a un background et une histoire qui est travaillée autour de cette nouvelle classe. Mais après, comment chaque jeu va adapter cette nouvelle classe ? Comment ils vont travailler ensemble sur certains points ? Comment ils vont personnaliser sur d’autres points ? »

Car les Bellaphones sont bien destinés à devenir une composante durable du Krosmoz et, au-delà de leur implantation dans le lore, il fallait évidemment consolider les contours des spécificités propres à chaque jeu. Une initiative qui reste liée à l’envie de consolider le transmédia : « On s’est dit, pour les vingt-cinq ans d’Ankama, cela faisait carrément sens que cette classe – qui en plus est liée aux dragons primordiaux et aux œufs de Dofus – elle puisse exister dans les trois jeux. Parce que peu importe qu’il y ait trois ères différentes, elles vont maintenant faire partie intégrante de l’univers du Krosmo ». Pauline ajoute : « C’est venu hyper naturellement. On se disait que ce n’était pas possible de la sortir que dans un jeu et pas dans les autres ».

Welsh & Shedar, une production réalisée au Japon

Cette nouvelle classe est également liée à Welsh & Shedar, une série d’animation annoncée en décembre 2025 et coproduite avec le studio japonais Massket. La première saison comprendra douze épisodes de vingt-six minutes. Les deux premiers ont d’ailleurs été présentés à Japan Expo en VOSTFR, en présence de ToT et du producteur Noureddine Widad.

L’intégralité de la production, y compris l’animation et l’enregistrement des voix, a été réalisée au Japon. Le projet constitue ainsi une collaboration inhabituelle entre une entreprise française et une équipe japonaise, tout en restant intégré à la continuité du Krosmoz. La diffusion de la série et l’arrivée des Bellaphones doivent participer à une accélération plus générale des célébrations d’Ankama à partir de cette rentrée.

Quelles synergies et quelles perspectives pour Ankama ?

Bien que l’année anniversaire suit son cours, nous avons surtout profiter de cette entrevue pour parler de l’avenir d’Ankama. Car à moyen terme, l’animation doit rester l’un des principaux piliers du groupe. L’objectif affiché consiste à proposer au moins un projet animé chaque année. La saison 5 de Wakfu doit notamment être diffusée entre la fin de l’année 2027 et 2028. L’animation reste l’élément-clé pour imaginer la suite :

« Je pense que l’animation est toujours quelque chose qui est très pilier, parce que comme je le disais, c’est l’animation qui drive les thématiques annuelles. Il faut partir du principe que notre objectif, c’est qu’au moins tous les ans, il y a un projet d’animation qui voit le jour. Et on en a plein dans les cartons. Je peux déjà te dire, et c’est pas un secret : je pense qu’à partir de fin 2027 et 2028, ce sera la saison 5 de Wakfu. On travaille à chaque fois à ce qu’effectivement, une fois par an, il y ait une série d’animations.»

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Wakfu présent à Japan Expo 2026 // Source : ActuGaming

Du côté des jeux historiques, le triptyque Dofus, Wakfu et Dofus Touch continueront de recevoir des mises à jour régulières. Puis, des productions supplémentaires permettent parallèlement à Ankama d’expérimenter d’autres formats. Tactile Wars: All Stars doit ainsi prolonger un jeu mobile lancé pour la première fois dix ans auparavant. Pour Pauline Plaisant, l’entreprise se trouve à une « croisée des chemins ». Elle pourrait continuer à s’appuyer uniquement sur ses licences historiques, mais souhaite également imaginer de nouvelles propriétés intellectuelles pour trouver le meilleur équilibre.

C’est la quête d’un équilibre pour jongler entre un univers déjà bien installé et maîtrisé par Ankama tout en essayant de chercher de nouvelles expérimentations, aussi bien pour faire vibrer les fibres créatives du groupe que pour tenter de chercher de nouvelles opportunités : « Et moi, je trouve ça incroyable de se dire que vingt-cinq ans après, il y a justement cette innovation qui est faite. ».

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Un arrêt obligatoire à la boutique Ankama // Source : ActuGaming

Après avoir construit le Krosmoz autour de Dofus, Wakfu et Waven, Ankama réfléchit désormais à son prochain grand ensemble narratif. « Nous nous considérons comme des créateurs d’univers », rajoute-t-elle. Le rachat du studio Andarta Pictures, producteur de La Quête d’Ewilan, participe à cette ouverture. L’objectif consiste notamment à réfléchir à la manière de prolonger cette propriété intellectuelle sur différents supports.

« On essaye de se dire : « comment on fait, nous, pour faire bouger un peu les lignes, faire en sorte qu’on soit toujours dans l’innovation et qu’on puisse aussi toujours être proche de notre communauté ». Communauté, évidemment, qui nous suit depuis vingt-cinq ans, mais comment aussi on peut s’ouvrir à une autre communauté avec d’autres IP aussi. Donc voilà, nous avons ouvert nos chakras au maximum »

Une indépendance maintenue malgré la crise

Cette volonté d’expérimenter intervient alors que les industries du jeu vidéo et de l’animation traversent une période difficile. Ankama ne prévoit pourtant pas de réduire ses prises de risque. « Ankama est un studio indépendant. Cela signifie être indépendant financièrement, évidemment, mais aussi créativement », insiste Pauline Plaisant.

L’entreprise continue notamment d’explorer de nouvelles expérimentations, Pauline ayant pris l’exemple d’une expérience en réalité virtuelle déployée sur place, à Japan Expo, pour découvrir la Maison de Kerubim. Une approche qui prolonge une méthode adoptée dès les débuts de la boîte. Lorsque les fondateurs d’Ankama ont voulu produire un jeu vidéo, aucun éditeur ne souhaitait les accompagner. Ils ont donc décidé de le concevoir et de l’exploiter eux-mêmes. La création d’Ankama Éditions répondait à une situation similaire, aucune maison n’ayant accepté de publier le manga Dofus.

« Apprendre en faisant » reste ainsi l’une des principales valeurs du studio. Sa taille relativement modeste et son contrôle sur plusieurs activités lui permettent de s’adapter plus facilement que certaines structures spécialisées sur un seul secteur.

Et les prochains (nouveaux) jeux vidéo ?

Ankama ne travaille pas uniquement avec ses équipes internes. L’entreprise avait notamment édité un certain roguelite Savara, développé par Doryah Games. Pauline Plaisant se dit satisfaite du projet et de cette collaboration, même si elle reconnaît qu’un succès commercial plus important aurait toujours été souhaitable.

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Savara jeu video (1) // Source : ActuGaming

Désormais, les yeux sont tournés vers Toross: Hero of Necroworld, un metroidvania développé en interne autour de l’antagoniste principal de la saison 4 de Wakfu. Le jeu doit raconter les événements ayant conduit Toross à devenir le personnage découvert dans la série. Une première démo a été présentée à Japan Expo afin de recueillir les réactions du public sur ses mécaniques et sa direction artistique.

« Nous sommes vraiment en mode crash test », reconnaît Pauline Plaisant. Le projet est en développement depuis plusieurs mois, mais reste suffisamment précoce pour que les retours puissent encore influencer sa conception. L’objectif actuel consiste à le commercialiser l’année prochaine. Des phases de bêta et de lancement progressif sont envisagées à plus long terme, mais cette présentation initiale doit surtout valider son identité et ses sensations.

Le choix du Metroidvania tranche avec les MMO et les combats sur grille historiquement associés à Ankama. Il serait directement venu des développeurs, auxquels l’entreprise accorde une grande liberté pour proposer de nouveaux projets. Plusieurs membres de l’équipe travaillaient auparavant sur d’autres productions du studio, dont One More Gate.

La saison 5 de WAKFU doit réellement conclure la série (Fuite)

La dernière saison de Wakfu représente l’un des projets les plus importants actuellement développés par Ankama Animations, dont les difficultés de financement avaient surtout concerné la saison 4. Face aux hésitations de France Télévisions, Ankama avait organisé une campagne Kickstarter destinée à démontrer la mobilisation du public.

La quatrième saison devait alors conclure la série. Son succès sur les plateformes de France Télévisions a toutefois conduit à la commande d’une cinquième saison. Cette fois, Ankama présente bien ce nouveau chapitre comme la conclusion définitive. Le format repassera de treize à vingt-six épisodes, chacun durant vingt-six minutes.

Une nouvelle campagne participative a permis d’impliquer la communauté dès les premières étapes et le studio communique régulièrement avec ses contributeurs sur l’avancée de la production. La saison doit également permettre à Wakfu de toucher un public plus international. Ankama reste fortement implanté en France et dispose déjà d’une communauté importante en Amérique latine, mais souhaite se développer davantage aux États-Unis et en Asie.

La production a été affectée par une fuite majeure, avec de nombreux documents et croquis qui ont été diffusés trop tôt. Pauline Plaisant décrit cet événement comme un choc pour les équipes. Ankama a rapidement choisi de rendre la situation publique et de demander aux membres de sa communauté de ne pas consulter les éléments concernés car les fichiers ne représentaient pas le niveau de qualité visé par le studio. Ils comprenaient notamment des animatiques, des dessins en noir et blanc et des personnages encore incomplets : « Vous ne pouvez pas simplement regarder une animatique avec des personnages à moitié dessinés. Attendez de voir ».

Ankama souhaite placer la barre artistique de la cinquième saison au-dessus de la précédente, avec une qualité qu’elle rapproche de celle d’une production cinématographique. La communauté semble avoir suivi les recommandations du studio. Peu de personnes auraient réellement cherché à consulter les épisodes incomplets, malgré la circulation de l’information sur l’existence de la fuite. Pour Pauline Plaisant, cette réaction témoigne de la confiance établie entre Ankama et son public au cours des vingt-cinq dernières années.

De nouveaux projets hors du Krosmoz et un retour possible au cinéma

Si le Krosmoz demeure central, Ankama veut également continuer à produire des œuvres situées dans d’autres univers. La Quête d’Ewilan s’inscrit dans cette volonté. L’objectif ne consiste pas uniquement à multiplier les licences, mais à construire des personnages et des histoires capables « de susciter des émotions ».

Le studio n’a pas non plus abandonné l’idée de produire un nouveau long métrage après Dofus – Livre I : Julith. « Voir son œuvre au cinéma reste un peu le Graal pour un artiste », estime Pauline Plaisant. Plusieurs idées sont en discussion mais Ankama n’a pas encore statué quelle licence pourrait en bénéficier et sous quelle forme.

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Le premier film de l’univers Dofus // Source : Ankama

Les 25 ans ne se limitent pas aux jeux et à l’animation. Ankama a également conçu un artbook anniversaire de 416 pages sorti en juin dernier, où l’on peut y voir du Waven, du Radiant et d’autres créations qui ont façonné Ankama : « C’est vraiment un artbook créatif, pas de texte. Cela va parler aussi bien des projets Krosmoz que des projets hors Krosmoz, tout ce qui a marqué en fait Ankama sur ces 25 ans » (ndlr : il est disponible sur le shop officiel au prix de 36.90€).

Du côté de l’édition, Ankama lance Block Out, un manga sportif consacré au volley-ball, qui nous fait suivre Nico, un jeune bien trop grand pour son âge, qui ne trouve aucun sport à son goût, jusqu’au jour où une camarade de classe le « force » à participer à un match de cette discipline.

En parallèle, un catalogue consacré à l’exposition d’Annecy propose une approche différente, avec des textes explicatifs et des interviews. Plusieurs produits avaient également été présentés à Japan Expo, dont une Dragonette Krosmoz.

Et l’histoire d’un slip ?

Terminons ce dossier sur une note plus légère puisque la préparation de l’exposition d’Annecy a donné lieu à une situation plus inattendue. Quand on a demandé une anecdote, Pauline nous a expliqué qu’à l’entrée du parcours se trouve une « trucothèque », une grande armoire regroupant des objets et sources d’inspiration liés à l’histoire d’Ankama.

Pendant une réunion réunissant une quinzaine de personnes, Pauline Plaisant a proposé d’y installer un slip tricoté, en référence au film Dofus. Une demande qui a évidemment d’abord laissé perplexes les membres de l’équipe ne connaissant pas suffisamment l’univers. L’accessoire d’origine conçu à l’époque du film étant introuvable, une collaboratrice de la Cité internationale du cinéma d’animation en a finalement tricoté un nouveau. Les visiteurs de l’exposition peuvent donc découvrir, parmi les objets retraçant 25 années de création, un slip spécialement confectionné pour l’occasion. Une manière cohérente, à sa façon, de résumer une entreprise qui revendique toujours sa liberté de ton et son goût pour les expérimentations.