Jay and Silent Bob : Chronic Blunt Punch – Un Beat’em all pour les gouverner tous

Ils sont deux et ils sont de retour. Non, ce ne sont pas Jesse et James de la Team Rocket. Il n’est pas question non plus de Method Man et Redman, ni d’Harold et Kumar, malgré une passion commune pour l’herbe. Non, le retour célébré aujourd’hui, c’est celui des inséparables et graveleux acolytes, Jay et Silent Bob. Dans l’idée de fêter le 20 avril, autrement dit le 420, les héros du View Askewniverse sont revenus contre-attaquer plus en forme que jamais. Sexe, herbe et baston se mêlent dans un séduisant beat’em all 2D qui ne manquera pas de ravir les fans de l’univers et des personnages.

Jay and silent bob chronic blunt punch wallpaper

Jays of Future Past

Tout d’abord, de qui parle-t-on ? Qui sont ces deux énergumènes immatures et obsédés tout droit sortis des années 90 et qui, pour beaucoup sans doute, sont inconnus au bataillon ? Sans rentrer dans les détails, ce qui seraient bien trop long, sachez que le View Askewniverse, dont nos deux protagonistes sont issus, est un univers fictif baigné de métatextualité et imaginé par le scénariste de comics/réalisateur de cinéma, Kevin Smith. La réputation du cinéaste et auteur de comics s’est construite dans les années 90 grâce à des films comme Clerks (1994), Mallrats (1995), ou encore Dogma (1999), pour ne citer qu’eux.

Jay and silent bob chronic blunt punch quick stop

Des films dans lesquels apparaissent les deux comparses Jay et Silent Bob. Deux personnages culte pour des fans et qui finiront par bénéficier de leurs propres aventures sur grand écran : Jay & Silent Bob Strike Back (2001) et Jay & Silent Bob Reboot (2019). Nos deux dealers du dimanche sont également apparus en guest et/ou via de fugaces apparitions dans des œuvres plus surprenantes tels que Scream 3, plusieurs films de Kevin Smith donc, mais aussi au détour d’une scène dans la série Flash (2018). Citons également des incursions dans la musique (les clips Kick Some Ass de Stroke 9, ainsi que Because I Got High d’Afroman), sans oublier le jeu vidéo et leur présence dans Call of Duty Warzone et dans Black Ops 6.

A peu de choses près, Jay et Silent Bob s’immiscent partout. Surtout là où on ne les attends pas forcément. On doit également au cinéaste les scénarios des très bons comics Spider-Man/Black Cat et Daredevil : Sous l’Aile du Diable. Des faits d’armes qui permettront à Kevin Smith de prochainement proposer un nouveau comics centré sur le duo. Pour cette fois, cependant, Jay et Silent Bob débarquent chez Marvel pour être canonisés. Devant un tel parcours, il fallait bien que les dealers les plus célèbres du New Jersey possèdent une aventure vidéoludique. Pourtant, Jay and Silent Bob : Chronic Blunt Punch n’est pas la première tentative.

En 2020, c’était Jay and Silent Bob : Mall Brawl qui sortait. Développé par le petit studio Interabang Entertainment, cette première itération reprenait à son compte le style 8-bit qui rappelait la console NES. Avec Jay and Silent Bob : Chronic Blunt Punch, toujours chapeauté par Interabang Entertainment, les équipes se montrent plus ambitieuses avec une esthétique et un gameplay modernisés, lorgnant davantage vers un Streets of Rage 4. Une modernité méritée et qui fait du bien.

420 nuances d’herbes

Jay and silent bob : chronic blunt punch phone

Si l’on a vu mieux, force est de constater que l’univers du View Askewniverse, avec ses personnages et lieux iconiques, n’a jamais été aussi bien retranscrit, ni aussi visible en dehors du cinéma. En même temps, il ne s’agit que de la seconde tentative d’adaptation en jeu vidéo. Quoi qu’il en soit, compte tenu du projet, on ne peut qu’être satisfait du travail artistique sur le soft. Outre les visuels et les animations plutôt convaincantes, sans pour autant prétendre concurrencer les ténors du genre, la bande son ravira également les tympans.

Le plaisir de découvrir la pléthore de clin d’œil au View Askewniverse, piochant autant dans les divers films que dans les comics, contribue à nous charmer et à nous impliquer. A condition de connaitre un minimum l’univers convoqué. Cela reste un prérequis pour capter la folie ambiante. Les références ne se restreignent pas à l’univers de Kevin Smith, les jeux de combat comme les beat’em all 2D profitent également d’hommages plus ou moins explicites. Cela va de la reprise de coups iconiques, des situations de jeu, jusqu’aux punchlines et bruitages de Jay. Le soft développé par Interabang Entertainment, à l’instar des autres œuvres se référant à l’univers de Kevin Smith, ne s’adresse pas à tout le monde.

En réalité, c’est avant tout un cadeau pour la communauté de fans présente depuis 1994. Une fidèle communauté qui n’a cessé de soutenir les travaux de Kevin Smith et de ses amis et collaborateurs. Nous ne l’avons pas précisé, mais le personnage de Jay est interprété par Jason Mewes (la majorité de ses dialogues et punchlines sont d’ailleurs improvisés), tandis que le mutique Silent Bob est joué par Kevin Smith lui-même. Bien que de niche, ce nouvel opus profite tout de même d’une sympathique direction artistique, et d’un solide gameplay pour titiller la curiosité des amoureux de beat’em all 2D.

Jay and Silent Bob : Chronic Blunt Punch est un BTA 2D classique et efficace. Est-ce que la réussite est totale ? Malheureusement, non. Dans les faits, tout est là. Le gameplay est suffisamment riche pour ne pas s’enfermer trop vite dans une rebutante répétitivité, tandis que tout l’attirail du parfait beat’em all est présent. Jay et Silent Bob, les deux seuls personnages que l’on contrôle, profitent de plusieurs combo satisfaisants. En résulte un gameplay finalement plus riche que dans bon nombres de jeux du genre. On regrettera l’impossibilité de débloquer les coups. Dès le début de l’aventure tous les combos sont accessibles et on ne débloquera qu’un coup ou deux.

Smoke Them All

Jay and silent bob : chronic blunt punch malaise démoniaque

Le soft mise aussi sur un système d’assists bien pensé. Au fil des niveaux traversés, on croisera des personnages issus du View Askewniverse que l’on va recruter. En début de partie, il est possible de choisir un assist à équiper à chacun de nos deux héros. Evidemment, les assists disposent de leur propre compétence spéciale susceptible de retourner la situation en notre faveur. Qu’il s’agisse des boss ou des assists, les personnages sont fidèlement retranscrit dans le jeu, le soucis du détail est bien là.

Ce qui manque réellement à l’expérience pour pleinement convaincre et satisfaire, à fortiori un public néophyte, c’est du contenu ainsi qu’une meilleure gestion de la rejouabilité. Parce que 2 à 3 heures de jeu avant de découvrir le générique de fin, c’est acceptable pour le genre. En revanche, ne pas proposer d’autres petits modes, ou d’autres personnages jouables, des costumes ou que sais-je, c’est un poil décevant. Des artworks servent de récompenses, mais rien de transcendant. A ce titre on espérait aussi davantage de place pour la narration. Non pas qu’il y ait quelque chose à raconter, mais c’était l’opportunité de se faire plaisir sur les dialogues et situations rocambolesques.

Autre problème notable, les imprécisions dans le gameplay qui nous rappelle qu’on ne créé pas un Streets of Rage si facilement. Plusieurs patchs sont déjà venus corrigés des problèmes de latences sur les inputs, mais le manque de précision global se ressent constamment. Lors de plusieurs situations spécifiques, y compris contre certains boss, cela peut compliquer injustement les affrontements et donc nous frustrer sans raison valable. De surcroît si l’on joue en solo. En revanche, Jay and Silent Bob : Chronic Blunt Punch est tout de suite plus agréable en coopération. Le jeu à clairement été pensé pour être partagé avec un ami sur un canapé, comme au bon vieux temps.

Cela se traduit lors de situations de jeu précises qui, en solo, sont moins engageantes. Dommage que les bonnes idées ne soient pas plus ambitieuses. Jay and Silent Bob : Chronic Blunt Punch ne parvient pas non plus à proposer la profondeur attendu en termes de gameplay. S’il y a suffisamment de coups et techniques, le manque de maîtrise sur le design de l’action empêche le titre de briller autant que la concurrence. Réaliser des combos n’est pas aussi fluide et grisant qu’espéré. Corriger ce seul point permettrait au soft d’atteindre un tout autre niveau de qualité.

Jay and Silent Bob : Chronic Blunt Punch ne réussit pas à convoquer l’énergie des grands du genre dont il s’inspire, ni la folie propre à son univers malgré les clin d’œil appréciables. On espérait que la proposition s’enfonce plus loin dans l’irrévérence. Cela dit, on s’amuse, on lâche quelque sourire devant l’absurdité des situations. Et c’est peut-être tout ce que l’on attendait d’une telle proposition vidéoludique. Parce qu’il s’agit des aventures de Jay & Silent Bob. Deux acolytes inséparables qui nous invitent à jouer sur le canapé en compagnie d’un ami. Alors, en dépit d’un contenu rachitique, de l’absence d’une véritable rejouabilité, des soucis d’imprécisions du gameplay, rien n’entache totalement ce court moment de plaisir si un ami nous accompagne. Le studio n’a pas à rougir de ce Jay et Silent Bob : Chronic Blunt Punch qui plaira aux fans et, peut-être, séduira quelques curieux.