« Sony ne reviendra pas sur sa décision » : Plusieurs analystes parlent de l’arrêt des jeux PlayStation sur disques, et sur ses raisons

En annonçant la fin de la production de jeux PlayStation sur disque, Sony a mis en colère beaucoup de monde. Certains ont pensé que le silence radio qui a suivi cette déclaration allait être le signe que le constructeur se mettait à considérer un retour en arrière suite à la grogne du public, mais il n’en est rien. Pour mieux comprendre pourquoi Sony ne reculera pas, plusieurs analystes et journalistes donnent quelques éclairages pour mieux comprendre cette situation.

Le logo de PlayStation // Source : Sony

Pas de retour en arrière au programme

À l’image d’une pétition qui commence à recueillir plus de 200 000 signatures, on a vu le public hausser le ton sur le sujet de la disparition des jeux sur disque chez PlayStation. Depuis que Sony s’est remis à communiquer sur les réseaux sociaux après un long silence – sans revenir sur le sujet qui fâche, les internautes ne relâchent pas la pression et fustigent le constructeur sous chaque post. Une manœuvre qui pèse malheureusement peu.

IGN est allé parler à l’analyste Dr Serkan Toto (de l’entreprise Kantan Games) pour savoir si les mouvements de fans mécontents pouvaient changer quelque chose à la situation. Le site évoque par exemple les annulations d’abonnement au PlayStation Plus qui se multiplient en guise de protestation. L’analyste indique que cela ne serait qu’un geste vain, Sony étant dans une position trop confortable aujourd’hui, attendant que toute cette situation se tasse :

« Je comprends les fans de supports physiques, mais Sony ne reviendra pas sur cette décision. Ils savaient évidemment quelle serait la réaction en ligne et attendent désormais que la tempête passe. Sony compte plus de 120 millions d’utilisateurs actifs sur PlayStation. Environ 50 millions de personnes sont abonnées au PlayStation Plus. À titre d’hypothèse, imaginons que 500 000 personnes résilient leur abonnement pour protester : cela ne représenterait que 1 % de cette activité en moins — ce qui est évidemment insuffisant pour amener Sony à revoir sa stratégie. Le numérique est tout simplement trop lucratif. »

Daniel Ahmad se montre un poil plus optimiste en estimant que Sony finira bien par reparler de ce sujet qui fâche d’une manière ou d’une autre, mais lui non plus ne se leurre pas et pense qu’il est improbable que le constructeur fasse un volte-face complet :

« Je pense vraiment que Sony va répondre d’une manière ou d’une autre étant donné la polémique (et franchement ils n’auraient pas dû annoncer ça tant qu’ils n’étaient pas prêts à expliquer comment les disques fonctionneraient sur PS6), mais je serais surpris qu’ils fassent un revirement complet à ce stade. »

Reste à voir quand Sony pourra reprendre la parole à ce sujet. Sans doute une fois que les choses se seront un peu tassées et que l’idée se sera un peu plus installée, malgré la grogne.

Sony veut gagner des pourcentages sur chaque jeu vendu

Pour bien comprendre pourquoi Sony a fait un tel choix, Jason Schreier a soulevé un point qui semble logique mais qui n’est pas forcément connu de tout le monde : Sony gagne bien plus d’argent en vendant un jeu numérique qu’un jeu en physique.

Dans une nouvelle vidéo publiée sur sa chaîne, le journaliste de Bloomberg s’appuie justement sur une vieille étude de Dr Serkan Toto qui expliquait les différences de bénéfices entre un jeu vendu en physique et un jeu vendu sur, par exemple, le PlayStation Store. Pour un jeu first-party comme un God of War vendu à 70 dollars, un revendeur (il prend l’exemple de GameStop, imaginez Micromania) prendrait 30 % de cette somme, à quoi il faut rajouter les frais d’usine et de transport. Sony toucherait donc environ 45,50 dollars au total sur une vente telle que celle-ci. Alors qu’en numérique, Sony toucherait simplement… 70 dollars. Parce qu’il ne vend des jeux que sur son propre PlayStation Store (si l’on fait exception des rares cas sur Steam).

Pour les éditeurs tiers, c’est plus ou moins pareil, si ce n’est qu’il faut rajouter 15 % de droits de licence pour le propriétaire de la console. En somme, si Electronic Arts vend un jeu PS5 en magasin, 15 % du prix de cette vente ira dans la poche de Sony. Alors que si EA vend le même jeu sur le PlayStation Store, il doit allouer 30 % de cette somme à Sony. Le constructeur est gagnant, mais l’éditeur aussi, car les revendeurs et les coûts de production sont supprimés.

« Sony et PlayStation sont extrêmement incités à passer au modèle numérique, pas juste pour leurs jeux même si cela leur rapportent évidemment bien plus d’argent, mais aussi pour tous les autres jeux qu’ils vendent sur leur écosystème. La raison pour laquelle ces constructeurs fabriquent des consoles, ce n’est pas pour vous vendre du hardware. En réalité, PlayStation et Microsoft perdent de l’argent sur les consoles qu’ils vendent. Ce qu’ils veulent, c’est que vous achetiez des jeux sur ces consoles, car c’est comme cela qu’ils se font de l’argent. […] Et idéalement, ils veulent que vous les preniez en numérique. Ils veulent les 30% d’un jeu que vous achetez en numérique. Ils gagnent moins si vous l’achetez en physique. »

Le journaliste rappelle que Sony ne va pas quitter le marché du physique pour autant puisque même s’il préfère vendre ses jeux en numérique, il doit faire un compromis en vendant des boîtes de jeux avec un code auprès des revendeurs. Un format peu attrayant, qui pousserait à se diriger vers un achat numérique malgré tout. C’est sans doute pour toutes ces raisons que Sony ne fera pas machine arrière, et pour le moment, la colère du public ne change rien.