« Sans nous, les jeux Bethesda ne seraient pas ce qu’ils sont » : Les syndicats soutiennent le mouvement Save Our Devs et s’expriment face aux décisions d’Xbox

Le gros des coups de tronçonneuses donnés par Xbox et Asha Sharma est passé, mais ne croyez pas que c’est terminé, de même que leurs effets, violemment ressentis par les personnes licenciées bien sûr, mais pas que. Le mouvement « Save Our Devs » se déroule dans plusieurs villes des États-Unis et du Canada pour protester contre Xbox et sa politique incendiaire. Une initiative soutenue par les syndicats Communication Workers of America (CWA) mais également One Bethesda Game Studio (OneBGS), dont Kotaku a pu prendre la température en interrogeant deux de leurs membres.

Le logo de Bethesda // Source : Xbox

Les syndicats se battent contre le « reset »

Comme d’autres studios, Bethesda a souffert des très nombreux licenciements décidés par Xbox pour aider retrouver une croissance plus importante que celle enregistrée dernièrement. Et si 1 600 postes ont été supprimés, il reste encore 1 600 autres personnes qui se retrouveront sur le carreau d’ici la fin d’année.

Le mouvement « Save Our Devs » (Sauvez Nos Développeurs) compte bien faire entendre la voix de celles et ceux qui ont subi ces licenciements, mais aussi des personnes encore en poste. Ce mouvement s’est déployé à Austin, Montréal ou encore Rockville, là où Asha Sharma s’est rendue il y a une semaine pour jouer à The Elder Scrolls VI: Astérisques, sous une ambiance glaciale.

Kotaku s’est entretenu avec deux membres du syndicat One Bethesda Game Studio : Alex Nguyen, lead character artist, et Nathan Hann, producteur technique. Les deux développeurs ont ainsi alerté sur les conséquences des licenciements, le climat actuel et l’absence de négociations à laquelle se sont heurtés les syndicats.

TOMORROW! Join us August 18th for the #SaveOurDevs rallies all across North America. Stand with the workers who make your favorite games at XBOX✊Join us in person: actionnetwork.org/event_campai…Or join us on @videogameworkers.bsky.social' s twitch at 11:30 AM ET: www.twitch.tv/uvw_cwa

OneBGS – Bethesda Game Studios Union (@bethesdaunion.bsky.social) 2026-08-17T19:24:57.169Z

Alex Nguyen explique à quel point les perspectives de carrière, jadis très sereines, ont volé en éclat depuis que Xbox a acquis Bethesda et sa société parente ZeniMax :

« C’était l’un des avantages. C’est pour ça que beaucoup de gens avaient une telle ancienneté, et qu’ils se disaient : « C’est ici que je prendrais ma retraite », ou « c’est là que je finirai ma carrière » ou encore « j’adore être ici car je veux rester longtemps dans l’industrie ». C’était essentiellement un des atouts majeurs de travailler chez Bethesda ou chez un studio ZeniMax. »

Une tendance complètement inversée avec Xbox au-dessus de l’épaule, ce que le développeur appuie en disant que « avant il n’y avait pas de licenciements, alors que maintenant, nous en subissons tous les ans ».

La réalité derrière le nombre de licenciements

Fallout 3

L’écran « Please Stand By » de Fallout 3 // Source : Xbox

Nathan Hann aborde ensuite un point essentiel qui n’est pas assez rappelé lorsqu’il est question de licenciement. Outre l’emploi perdu, c’est aussi la baisse de morale due notamment aux liens qu’ont pu tisser les personnes les unes avec les autres, à l’épée de Damoclès au-dessus de la tête de tout le monde ou à la surcharge de travail imposée pour celles et ceux encore là, et enfin, une perte de savoir-faire et d’expérience à laquelle doit faire face le studio, en toute impuissance :

« Chaque collègue contribue au succès de notre entreprise. Sans nous, les jeux Bethesda ne seraient pas ce qu’ils sont. »

Alex Nguyen ajoute :

« S’il n’y avait seulement que cinq personnes qui savaient comment ce truc fonctionnait, et que ces cinq personnes sont virées, ça démoralise tout le monde parce que c’est comme si nous devions réapprendre quelque chose que nous maîtrisions déjà ».

Ô surprise, vouloir sortir des jeux plus rapidement tout en affaiblissant ses studios n’est peut-être pas l’idée du siècle pour Xbox, si tant est que la qualité du produit final et une équipe de développement qui ne finit pas sur les rotules soit une priorité.

Quant à la possibilité pour Microsoft de négocier avec les syndicats pour restructurer avec autre chose qu’un lance-flammes, Nathan Hann explique que le géant américain ne s’en est jamais donné la peine :

« Nous avons soumis une proposition à l’entreprise dès le mois de février dernier concernant la manière de procéder à une réduction d’effectifs. Elle l’a laissé traîner pendant quatre mois sans nous répondre avant de procéder à ces licenciements. »

Le fameux argument des 14 couches de managements, avancé à l’époque par Asha Sharma pour légitimer les licenciements, est lui aussi mis à mal par Alex Nguyen :

« On a pu lire des déclarations comme quoi une grande partie de l’encadrement intermédiaire avait été licenciée. Il ne s’agit pas de l’encadrement intermédiaire, mais des personnes sur le terrain, qui veillent au bon fonctionnement du jeu et à ce qu’il soit mis entre les mains des joueurs. »

Enfin, si le moral est au plus bas chez Bethesda, les syndicats gardent espoir et ont récemment déposé une plainte contre Microsoft pour pratique déloyale. Une plainte qu’examinera l’Agence Indépendante du Gouvernement Fédéral Américain.