Hideo Kojima livre des détails sur la transition de Physint vers Xbox tandis que Kojima Productions réagit au rapport de Bloomberg
Jusqu’ici sous la houlette de PlayStation avant que celui-ci ne se retire du développement, la boîte d’Hideo Kojima a dû trouver un point de chute chez Xbox pour continuer son projet Physint. Bloomberg a mené l’enquête il y a une dizaine de jours afin de mettre en lumière les raisons d’un tel changement, et si effectivement on y voit plus clair depuis, le studio basé à Tokyo a sorti un communiqué pour y réagir. Une initiative réalisée juste avant des entretiens réalisés entre Kojima et d’autres médias dont le contenu rempli de détails sur la gestion du changement d’éditeur a été publié dans la foulée.
L’appel Zoom qui a tout déclenché
L’un des sujets majeurs de ces deux dernières semaines est sans conteste les changements concernant l’avenir de Physint, un projet encore nébuleux mais porteur d’une grande ambition pour Kojima Productions. L’énorme renversement de situation impliquant que le jeu d’action-infiltration soit abandonné par PlayStation puis repris par Xbox a secoué l’industrie, à commencer par les principaux intéressés.
Hideo Kojima a en effet donné des interviews chez différents médias pour aborder la manière dont a été gérée la nouvelle du retrait de Sony. Le Washington Post et IGN en font partie et ont sorti chacun un article retranscrivant ce qui a été appris. Et bien qu’aujourd’hui Kojima et Asha Sharma soient tout sourire, KojiPro l’a échappé belle.
Tout d’abord, et par l’intermédiaire d’une personne dont le concepteur japonais souhaite taire le nom, PlayStation a annoncé son retrait du projet à Hideo Kojima, son interprète Aki Saito et le président du studio Shinji Hirano à l’issue d’un appel Zoom.
Un fait nuancé par l’enquête de Jason Schreier, dont nous reparlerons plus bas, car si la décision a pu être délivrée brutalement, elle découle quand même de plusieurs mois de négociations entre PlayStation et le studio tokyoïte. Quoi qu’il en soit, c’est visiblement la tendance sur le marché, et même tout Kojima qu’il est, on n’échappe visiblement pas à ce genre de traitement. Tendance qu’il est obligé de constater puisqu’il en est désormais victime :
« Je sais bien qu’il y a beaucoup de news dans l’industrie vidéoludique faisant état de fermetures de studios, d’un grand nombre de titres annulés, et je suis conscient de la situation de l’industrie dans son ensemble. Mais je pensais que ça irait pour Physint, qu’il était à l’abri. J’ai donc été surpris. Mais pas seulement surpris. Nous ne comprenions pas la décision. »
Des propos intéressants qui laissent entendre que Kojima, outre le public ou les observateurs et observatrices, pensait qu’il pouvait passer entre les gouttes, sans doute en raison de la réputation et de l’aura du bonhomme.
Kojima sous le choc après la décision de PlayStation

Hideo Kojima // Source : Kojima Productions
Résultat, il a été « totalement abasourdi » et « plus sûr de rien », car comme il l’explique toujours lui-même, Kojima Productions, en tant que structure indépendante, fonctionne contrat par contrat en s’assurant à chaque fois un projet d’avance, sécurisé par un partenariat d’éditeur. Death Stranding côté PlayStation, OD chez Xbox, et donc, jusque-là, Physint chez la branche de Sony.
« Que vais-je faire de mon studio ? », c’est la question que s’est réellement posé Kojima, car c’est aussi en fonction de chaque projet en cours que les équipes de KojiPro sont constituées. Une trésorerie potentiellement en péril, les vieux flashback de l’annulation de Silent Hills et de la fin d’histoire avec Konami, l’annonce au casting numérisé ou à ses équipes la décision de PlayStation ? Pas question de (re)vivre tout ça, et sa « priorité absolue », c’est son équipe.
Il avoue alors qu’après la fameuse réunion avec PlayStation, il s’est remis tout de suite au travail afin de peaufiner le concept de Physint et d’établir une stratégie avant d’informer qui que ce soit au studio de la décision. Enfin, Kojima estime que continuer à se battre, c’est aussi selon lui une manière d’envoyer un message positif pour l’univers des studios indépendants. Une position de porte-étendard un brin déconnectée car Kojima Productions et les autres structures indés ne sont pas dans le même monde, mais on imagine que l’intention était bonne.
Un projet vital pour Hideo Kojima et son studio

Le partenariat entre Xbox et Kojima Productions // Source : Xbox
On ne va pas relayer l’entièreté du contenu des interviews, mais les péripéties ont été telles que, comme vous le savez, Physint est passé sous la houlette d’Xbox. Et ce qu’il faut retenir de cette mise en lumière un peu malgré elle du projet, c’est l’importance que cette nouvelle IP représente pour Hideo Kojima. La sortie du jeu est une priorité absolue pour lui, mais il ne compte pas s’arrêter au paysage vidéoludique :
« Je dois absolument mener Physint à son terme. J’y suis déterminé. Et peut-être aussi réaliser un film, une adaptation en live-action de Physint. Habituellement, un jeu sort puis devient ensuite un film, mais je veux réduire encore davantage ce laps de temps. C’est la même chose avec Death Stranding. Nous avons sorti le jeu puis nous avons commencé la production de l’animé et du film live-action. À l’ère de la production numérique, nous pourrions tout à fait utiliser les mêmes assets à la fois pour un film et pour un jeu. »
Une envie qui ne semble pas entamée par le fait qu’il y a encore quelques semaines le jeu aurait pu ne pas exister, mais qu’importe, Kojima réaffirme bel et bien cette volonté de prolonger l’univers de Physint après la sortie du jeu, visiblement confiant sur la viabilité à long terme du partenariat puisque les droits d’adaptation ont aussi été acquis par Xbox :
« Mais quoi qu’il en soit, le projet a été relancé avec un nouveau partenaire. Mais c’est l’idée que j’ai en tête. Je veux étendre la licence. Bien sûr, je risque de sortir le jeu en premier ! Je m’occupe entièrement du casting du jeu et le projet avance bien. »
Pour un pari, côté Xbox, c’est un pari. On restera longtemps étonné que, devant le pragmatisme glacial de la branche de Microsoft de devoir redéfinir ses investissements, symbolisé par le « reset » et ses lourdes conséquences, on puisse accueillir à bras ouverts un jusqu’au-boutiste, aussi unique soit-il, coûtant visiblement plusieurs centaines de millions de dollars pour un projet a priori loin d’être taillé pour être purement commercial.
Surtout, Xbox est maintenant « piégé » car, là où une opportunité de renforcer son image se présente, il paraît désormais inconcevable de revenir en arrière et de laisser tomber à son tour la plus grande rockstar du marché, ce qui risquerait de signer cette fois l’arrêt de mort définitif du projet, et donc une tête supplémentaire que ne veut pas avoir Asha Sharma sur son triste palmarès. Qu’importe les coûts à assumer, donc. Une future sortie multiplateformes semble donc probable, mais à ce sujet, bien sûr, ni Kojima ni Asha Sharma ne se risquerait à confirmer ou infirmer quoi que ce soit maintenant.
Le drôle de communiqué de Kojima Productions

Le logo de Kojima Productions // Source : Kojima Productions
Notez que ces propos ont été livrés et partagés peu de temps après l’enquête de Bloomberg abordant les raisons de l’abandon de Physint par PlayStation. Des ventes insuffisantes pour la série Death Stranding, et particulièrement le deuxième opus, un retard de production et à un budget dépassé pour Physint alors que nous sommes encore très loin de la sortie, Sony a préféré arrêter les frais.
Des informations collectées auprès de chaque partie prenante dans l’histoire, fruit d’un travail comme à chaque fois fiable lorsqu’il s’agit de Jason Schreier. Et pourtant, Kojima Productions a tenu à publier un communiqué sur les réseaux en réponse, on imagine, à ce rapport de Bloomberg, sans le nommer :
« Vous avez probablement vu passer un article récent mentionnant KOJIMA PRODUCTIONS, spéculant sur les raisons du changement de partenaire d’édition pour PHYSINT. En temps normal, nous ne commenterions pas des spéculations infondées sur internet, mais ces insinuations autour de nos relations avec PlayStation, les performances commerciales de la franchise DEATH STRANDING ainsi que la planification de la productions et les investissements liés à PHYSINT ont dépassé le cadre du studio et on touché nos fans, nos partenaires créatifs et les collègues avec lesquels nous collaborons depuis trente ans. »
Comme vous pouvez le voir, le rapprochement avec l’article de Bloomberg est net. Le communiqué continue, sans trop que l’on comprenne où tout cela mène :
« Aucune de ces affirmations ne provient d’une quelconque source officielle et c’est pourquoi nous vous invitons à les accueillir avec le recul nécessaire. Ne vous y trompez pas, il s’agissait d’une situation grave pour le studio, aux conséquences potentiellement importantes. Bien que nous reconnaissions que l’article ait pu alarmer, nous tenons à vous rassurer, officiellement : le studio est en bonne santé et est rentable, et le développement de PHYSINT se poursuit en collaboration avec Xbox, et nos relations avec PlayStation restent solides. »
D’habitude, ce genre de prise de parole sert de démenti, mais comme le dit Jason Schreier dans une publication Bluesky, rien n’est réellement contesté. Le plus étonnant reste ce passage sur la santé du studio, qui sonne tout de suite comme de la bonne com’ lorsque l’on le met en parallèle avec ce que l’on a dit plus haut et l’urgence de vite retrouver un éditeur pour poursuivre le développement de Physint.
Un exercice de langage renforcé par les tout derniers mots du communiqué, martelant que les relations avec PlayStation sont solides. On peut y voir une certaine langue de bois, une absence louable de rancune ou tout simplement un pragmatisme visant à ne se fermer aucune porte dans le futur, si jamais les vents venaient à tourner selon la réussite d’OD et Physint ou en fonction de l’évolution du marché.