Dead or Alive 6 Last Round – La blague de trop ?
Entre le Covid survenu en 2020, des choix de game design discutables et, surtout, une politique économique vicieuse, DOA 6 n’a pas su trouver son public ni survivre sur la durée. Et bien que les fans attendent légitimement le septième épisode de la série, rapidement dévoilé quelques mois plus tôt, la Team Ninja temporise en ressortant son jeu sur les dernières consoles. Pour l’occasion, le studio japonais propose Dead or Alive 6 Last Round, une version dite « ultime », destinée à redonner un souffle de vie à une série qui en avait besoin.
Notes : Les versions consoles souffrent d’un input lag anormalement élevé. Quant au transfert de contenu entre les deux versions, DOA 6 et DOA 6 LR, il n’est possible que si vous possédez les deux jeux sur le même support. De plus, des costumes spécifiques, pas les principaux, ne seront pas transférables. Vous trouverez plus de détails sur le site officiel.
The Last Robbery

Dead or Alive 6: Last Round
Soyons clairs, d’emblée des questions se posent : que se passe-t-il au sein de la Team Ninja ? Quelle est cette stratégie mise en place ? Peut-on parler d’un sabotage en règle ? Qu’il s’agisse de la parution de la version Dead or Alive 6 Last Round ou de la communication quasi inexistante du studio depuis l’annonce, rien n’est là pour nous rassurer. Si vous ne possédez pas la version de 2019, il va sans dire qu’acquérir cette mouture n’est pas si déconnant. Les critiques émises dans ce papier concernent d’abord les possesseurs de la version précédente, puisque les deux jeux sont sensiblement similaires. Si vous souhaitez découvrir la licence, à fortiori sur PC, DOA 6 LR peut vous satisfaire.
Parce qu’en dépit de ses défauts, visuellement comme ceux liés au gameplay, le jeu convainc toujours des années plus tard. En réalité, les échecs de cet opus sont plus imputables aux décisions marketing et à la politique économique mise en place par Koie Tecmo, incluant les DLC vendus à prix exorbitant et l’absence du Tag Battle, qu’aux décisions sur le gameplay. De fait, Dead or Alive 6 Last Round n’a jamais eu l’intention de retravailler profondément le game design du jeu. Au mieux, l’objectif était de corriger quelques approximations techniques et des bugs dans le gameplay, même si d’autres persistent encore.
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Le rééquilibrage lui-même n’est pas totalement déployé, il le sera probablement lors de la sortie du prochain personnage, Minato, tout juste annoncé. Oui, un personnage surprise viendra rejoindre le casting cet été. Il fallait bien un réel atout pour justifier le rachat du jeu. Quant à l’absence de cette nouvelle tête au lancement, les réponses nous échappent. La sortie de DOA 6 Last Round semble précipitée et les promesses larguées par le studio pour les prochains mois vont dans ce sens. Il faut attendre pour un personnage que l’on imagine déjà devoir payer. Pendant ce temps, aucune arène n’est envisagée alors qu’elles sont un atout majeur pour la licence.
Vous espériez du rollback netcode, du crossplay et la refonte graphique vendue par l’OBORO, le nouveau système de gestion de la lumière vendu dans le premier trailer ? Sachez qu’il n’y a rien de tout ça. Comme ce fut précisé en interview, il y a quelques jours seulement, l’évolution graphique vantée n’est fonctionnelle que pour un stage. Un stage seulement, avec l’obligation d’activer la fonctionnalité OBORO dans les paramètres du jeu. Si l’on en croit des joueurs sur les réseaux, les lobbies en ligne peuvent planter si la fonction est activée. Pour le reste, cette itération finale ne propose pas de plus-value significative. Ce n’est pas un mode photo dont on se serait bien passé qui viendra nous consoler. Les opus dérivés Dead Or Alive Xtreme sont plus appropriés pour ce genre d’ajout gadget.
Des ninjas, de l’argent et des pigeons

Dead or Alive 6: Last Round
Si les invitées Mai et Kula sont de retour (au départ, elles n’étaient plus censées revenir), il faut les racheter indépendamment du jeu complet. Que vous les possédiez dans la version de 2019 n’y changera rien, vous devrez payer. Le comble de l’ironie, c’est que les deux combattantes sont vendues plus cher qu’à l’origine. À ce titre, la question du prix est une fois de plus un problème. Malgré l’idée intéressante de proposer une version gratuite, nommée Core Fighters, le jeu continue de se vendre en morceaux. Outre les quatre personnages proposés dans la version d’essai qui manquent d’éclectisme, Dead or Alive 6 Last Round laisse la possibilité d’acheter seulement les combattants qui nous intéressent.
Il suffit pourtant de regarder le prix de vente de chacun pour comprendre l’arnaque derrière. Les personnages sont tous plus coûteux qu’il y a sept ans, pour un total dépassant le prix de vente du soft. C’était l’opportunité de tenter quelque chose de plus ambitieux, de plus attractif pour le public. Le studio aurait dû faire un geste pour les fans et/ou montrer plus d’ambitions pour séduire de nouveaux joueurs et joueuses. Il suffisait pourtant de regarder du côté de Granblue Fantasy Versus et de son roulement de personnage. Une idée qui méritait d’être reprise plutôt que de s’enfermer dans une posture mercantile qui ne fonctionne pas.
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Lorsque l’on regarde ce que SEGA proposait avec la version Virtua Fighter 5 REVO World Stage, la démarche de la Team Ninja sidère d’autant plus. Sur Steam, la version 2019 de Dead Or Alive 6 a disparu du store même s’il reste possible de l’installer depuis votre bibliothèque. Le message est clair. Si les promesses du studio sont respectées, il y aura un suivi exclusif de DOA 6 Last Round au point que, peut-être, sur console aussi, l’épisode 6 original disparaîtra. Ce serait la suite logique. De toute façon, les jeux ne se répondent pas et vous ne pourrez pas jouer avec les propriétaires de la version finale.
En termes de respect envers les fans, de publicité pour vendre le prochain opus ou comme vitrine afin d’attirer de nouveaux joueurs et joueuses, c’est aberrant. On imagine bien découvrir le vrai visage de cet opus dans le courant de l’année, quand les diverses mises à jour promises surviendront. Néanmoins, en l’état, le jeu sonne comme une fausse bonne idée tant l’intérêt de cette version pose question. Les répercussions questionnent aussi. Nous avons peur de voir la série sombrer dans l’oubli le plus total, à ne satisfaire on ne sait quelle cible qui, à l’évidence, n’est pas la plus bénéfique pour DOA. La Team Ninja paraît s’appliquer à satisfaire les mauvais intérêts, les mauvaises valeurs.
Un billet dans la machine

Dead or Alive 6: Last Round
Faire de l’argent, c’est une chose. La manière d’en faire en est une autre. Lorsque la série a vu le jour en 1995, le regretté Tomonobu Itagaki usait déjà de stratégies discutables pour attirer le public. Ainsi, mettre l’accent sur les corps féminins était une volonté assumée. C’était conscientisé par le game designer, autant par amour des corps que par conscience marketing. En revanche, quoi qu’on en pense, cela n’a jamais impacté le soin accordé aux jeux, ni leurs qualités. Les équipes l’avaient compris au moment de réaliser le cinquième épisode. Même en l’absence de son créateur vedette, la Team Ninja avait réussi à sortir un jeu digne et toujours apprécié.
Le virage opéré par le studio lors de la production du sixième opus avait fait couler de l’encre. Aujourd’hui, en prenant du recul, on ne peut nier que les décisions prises n’étaient pas les bonnes. La licence s’est presque éteinte, en partie oubliée. Et ce même dans la sphère des jeux de combat (sphère compétitive ou non). Tandis que la petite communauté de fans qui résistent et se la donnent toujours en ligne et/ou en compétition, seule vitrine encore permise pour DOA, continue d’être ignorée, voire lésée. Avec ce que cela génère d’incompréhension.
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Écouter les réclamations et les critiques de tout le monde n’est pas productif. Cela risque aussi de dénaturer un projet. Difficile, donc, d’en vouloir aux équipes de ne pas considérer le peuple. Malgré tout, un juste milieu existe. Si l’on prend les jeux de combat qui performent le plus, même si tout n’est pas parfait, loin de là, le dialogue entre les créateurs et les joueurs est important. Ces dernières semaines, les joies et les craintes se mélangeaient sur les réseaux, mais la communication de la Team Ninja a continué la politique de l’autruche, la tête enfouie dans le sol.
Un silence délétère qui fait maintenant sens. Les premiers retours sur Steam sont catastrophiques, et dans ce chaos d’exagérations une vérité se dessine : la relation entre les joueurs et le studio a pris un sérieux coup derrière la nuque. Qui sera surpris devant un nouvel échec ? Pas nous, malheureusement. L’espoir fait vivre et, dans les faits, aucun des problèmes n’est insurmontable pour le studio, mais encore faut-il le vouloir. Aujourd’hui, le constat est plus qu’amer, il inquiète pour l’avenir de la licence, un peu aussi pour celui du studio.
On aimerait vous dire de foncer sur Dead or Alive 6 Last Round, ne serait-ce que pour soutenir le développement de DOA 7, le dernier espoir. Si vous n’avez pas tenté l’expérience sept ans plus tôt, vous pourriez passer de bons moments sur le jeu. Il est moins bon que ses excellents prédécesseurs, certes, mais ça n’en fait pas un mauvais jeu. On s’en rend d’autant plus compte aujourd’hui. En revanche, la vision derrière le projet est sacrément mauvaise. Le modèle économique était aberrant en 2019 et le devient davantage aujourd’hui. C’est un geste incompréhensible, même d’un point de vue marketing. Le respect envers la licence et les fans s’est envolé et, passé l’euphorie de l’annonce du prochain opus, l’inquiétude nous guette plus que jamais. La blague DOA 6 ne fait plus sourire.





