Captain Tsubasa 2 : World Fighters – Une passe, un crochet, mais la finition laisse à désirer
Lors de sa sortie en 2020, Captain Tsubasa : Rise of New Champions redonnait vie à une licence qui avait quitté le terrain du jeu vidéo pendant une décennie, si l’on omet les adaptations sur mobile. Avec le cap des 700 000 exemplaires dépassé, c’était la parfaite occasion de prolonger l’aventure. Disponible depuis le 28 août, soit peu de temps après la fin de la coupe du monde de football organisée aux États-Unis, Captain Tsubasa 2 : World Fighters réinvestit la pelouse la plus longue de l’animation japonaise afin de (re)découvrir l’arc Mondial Junior sous un nouveau jour.
Notes : Nous avons joué une quinzaine d’heures à la version PS5, le temps de terminer le mode histoire. Les fonctionnalités en ligne n’étaient pas accessibles au moment de la rédaction de ce papier.
I know football

Captain Tsubasa 2 : World Fighters Uruguay – Japon // Source : ActuGaming
En dépit de ses nombreux défauts, dont la plupart sont imputables au maigre budget alloué au développement, le premier volet est un succès pour l’éditeur. Un succès qui récompense le cœur mis à l’ouvrage, et encourage la production d’une suite venant corriger et améliorer l’expérience. Et disons-le, aucun fan digne de ce nom ne peut rester indifférent devant Captain Tsubasa 2 : World Fighters. Pour la simple et bonne raison qu’il reprend ce qui fonctionnait chez son aîné pour aller un poil plus loin, dans le gameplay en tout cas. Mais aussi parce que les équipes de Tamsoft savent traduire en jeu vidéo l’essence, l’âme de la licence. Ce qu’ils prouvent une fois de plus, malgré les écueils qu’il faut soulever.
Entrons dans le vif du sujet. Captain Tsubasa 2 : World Fighters ne brille pas grâce à son contenu. L’online se réduit à des affrontements amicaux ou classés, sans aucune possibilité de créer des tournois. Quant à la partie solo, elle se résume concrètement au mode histoire qui était la grande force de l’opus précédent. En toute logique, Captain Tsubasa 2 capitalise dessus. Exit les deux histoires distinctes cela dit, cette fois Yoichi Takahashi rempile au scénario pour une seule intrigue forcément plus dense. Outre la possibilité d’incarner au choix Tsubasa Ozora ou un joueur créé via l’éditeur de personnage (la customisation est limitée mais suffisante pour le jeu), on suit assez fidèlement l’arc du mondial junior.
- Captain Tsubasa 2 : World Fighters White Passe
- Captain Tsubasa 2 : World Fighters USA Blake Martin
- Captain Tsubasa 2 : World Fighters Uruguay – Pays-Bas Tacle
En outre, le mangaka nous gratifie de segments d’intrigues inédits, à l’instar des joueurs et des équipes spécialement imaginés pour le jeu. Des intrigues secondaires viennent aussi donner de l’épaisseur à d’autres personnages qui se dévoilent dans leur relation aux autres, alors que le manga les néglige la plupart du temps. C’est appréciable de découvrir les liens entre joueurs issus d’équipes différentes, d’autant plus quand il ne s’agit pas des personnages principaux et/ou des joueurs japonais. Yoichi Takahashi sait écrire des personnages attachants et en donne un bon aperçu. Plutôt que de simplement retranscrire le manga, les ajouts narratifs développent le lore.
Au fil des matchs et de l’avancée dans l’histoire principale, notre joueur va débloquer de nombreuses techniques, certaines étant la signature exclusive de joueurs vedettes. Comme dans le premier opus, déjà développé par le studio Tamsoft, cela permet de voir notre personnage évoluer et de pouvoir tester diverses techniques et divers postes sur le terrain. Des techniques s’obtiennent facilement, quand d’autres impliquent la réussite de défis précis en cours de match. Les défis sont d’ailleurs cohérents, en général, avec le poste auquel on joue. Le mode histoire est également nécessaire afin de déverrouiller l’ensemble des équipes jouables et d’obtenir des techniques, y compris pour une poignée de joueurs iconiques.
Dernier but avant la fin du monde

Captain Tsubasa 2 : World Fighters // Source : ActuGaming
Le mode histoire est suffisamment dense pour tenir éveillé une bonne dizaine d’heures, à condition de ne pas piquer du nez devant la narration peu engageante de Captain Tsubasa 2 : World Fighters. Les soucis de budgets sautent aux yeux et ternissent malheureusement l’expérience au fil des parties. Si l’on apprécie toujours les interventions narratives en cours de match, ce qui pimente et dynamise les rencontres, il faut accepter le recyclage permanent des scènes animées, le manque d’ambition de ces dernières, ainsi que la pauvreté de la mise en scène qui les accompagne. Cela vaut pour toute tentative de raconter l’intrigue par des images.
Une mise en scène réfléchie nous implique dans la situation, elle permet à une scène de vivre autrement que par la seule tradition orale, par les seules dialogues qui, heureusement, sont entièrement doublés dans Captain Tsubasa 2 : World Fighters. Sans doublage, la partie narrative (conséquente de surcroît) n’en serait que plus lourde et indigeste. Le studio ne convainc pas sur ce point précis. Parce que, malgré les efforts et les bonnes idées, le gameplay ne se suffit pas. Tout est là pour que la magie opère, mais rien ne se passe. L’illusion ne dure pas assez longtemps.
- Captain Tsubasa 2 : World Fighters
- Captain Tsubasa 2 : World Fighters
- Captain Tsubasa 2 : World Fighters
Le gameplay tente ce qu’il peut pour convaincre et les améliorations sont notables. La physique est mieux gérée, de même que les passes qui finissent maintenant dans les pieds d’un joueur, adverse ou non, et ne se perdent plus sur le terrain. En revanche, la maniabilité demeure imprécise, particulièrement sans ballon dans les pieds. Et, quand la touche de changement de joueur ne répond pas correctement ou n’offre pas le contrôle de celui souhaité, il y a de quoi tiquer. L’autre problème, c’est la caméra. Avec seulement trois options de distance proposées, aucune n’optimise convenablement la lisibilité sur le terrain. La caméra est trop proche et trop basse. On s’en accommode, on apprend à composer avec, mais Captain Tsubasa 2 mérite mieux.
Les ajouts de techniques offrent de meilleures sensations de jeu. Le jeu est plus amusant et moins redondant que son aîné, bien qu’il finisse par le devenir après un certain temps. Dans les faits, Captain Tsubasa 2 : World Fighters ressemble beaucoup à l’épisode précédent. L’essentiel des changements provient des nouvelles techniques incorporées et qui sont le cœur de l’expérience. Par exemple, lors d’une frappe adverse, il est maintenant possible de choisir dans quelle direction plonger avec le gardien. On est plus simple spectateur des frappes adverses, on peut dorénavant les stopper ou au moins réduire leurs dégâts sur la barre de santé du gardien. On gagne de l’emprise, du contrôle sur le match et notre équipe, bien que l’on se sente encore trop dépossédé de nos joueurs.
Blue Samurai

Captain Tsubasa 2 : World Fighters // Source : ActuGaming
En plus de ces nouvelles techniques qui enrichissent le gameplay, le jeu devient plus stratégique. Il gagne en finesse. En revanche, les rencontres sont encore trop bordéliques. Les placements et les formations peinent à tenir en match et l’on manque d’options et/ou de mécaniques qui récompensent davantage les réflexes et le sens du timing. Que ce soit pour esquiver un tacle ou dribbler un joueur, on manque d’outils pour avoir l’impression de réellement imposer son style sur le terrain, pour avoir l’impression de ne pas dépendre de situations hasardeuses. Il n’est par exemple pas possible d’annuler un super tir aérien pour effectuer une passe, ni de correctement placer ses défenseurs pour bloquer certaines offensives ou d’intercepter un centre, de sortir avec le gardien, etc.
Et si des équipes parviennent à proposer un style de jeu plus ou moins unique, comme l’Italie, les Pays-Bas ou l’Espagne par exemple, les stratégies et la manière dont se construisent les offensives ont tendance à se ressembler. D’un match à l’autre, on finit rapidement par dupliquer nos pauvres tactiques dont la profondeur stratégique laisse à désirer. Il en va de même pour l’I.A adverse. La faute à un gameplay sans doute trop simpliste et une I.A. qui est totalement déconnectée, surtout nos coéquipiers.
Le terrain gagnerait à être plus grand aussi, parce que si on commence à accélérer, on se retrouve vite obligé de revenir en arrière pour dribbler des joueurs pour se garantir un meilleur tir. C’était déjà un problème frustrant dans Rise of New Champions. Cela casse le « naturel » et la cohérence des rencontres. Pire, les heures passent, les matchs s’enchaînent, et revoir en boucle les mêmes animations, les mêmes offensives, ça use. C’est dommage, parce que c’est surtout une question de budget. Les ambitions du studio Tamsoft ne peuvent totalement se concrétiser dans de telles conditions. Quand on voit le potentiel de la licence et les qualités de ce Captain Tsubasa 2 : World Fighters, la courbe de progression encore possible également, c’est difficile de ne pas être déçu.
Captain Tsubasa 2 : World Fighters suit les pas de son aîné, continuant d’adapter les arcs du manga avec son lot de passages inédits, de nouvelles équipes et de nouvelles compétences. Si le gameplay subit des changements pertinents, à l’image des gardiens que l’on peut maintenant orienter sur une frappe, les écueils déjà présents dans le premier jeu subsistent toujours. Passé le mode histoire, le contenu laisse à désirer. Les matchs manquent encore d’intérêt, malgré une approche stratégique plus présente, la faute à un gameplay dont la profondeur demeure discutable. Et c’est sans parler du budget visiblement insuffisant. Néanmoins, les fans les plus fidèles pourraient trouver leur compte, à fortiori si, pour eux, le premier jeu avait convaincu.





