« Un lieu froid et mort, qui se décompense lentement » : Chez EA, le moral est au plus bas depuis les derniers licenciements
Comme un rituel annuel, Electronic Arts a viré 400 personnes la semaine dernière tout en mettant fin à un studio iconique, BioWare. Vertical Slice est allé s’entretenir avec des personnes qui travaillent encore chez l’éditeur, ainsi qu’avec d’autres qui ont quitté le navire, pour mieux comprendre comment les équipes se sentent suite à ces licenciements successifs, dont le dernier arrive juste après le rachat de l’entreprise.
Des départs qui se font dans la confusion
Vous pouvez vous en douter, l’ambiance n’est pas au beau fixe au sein des équipes d’Electronic Arts, pour qui les derniers licenciements ont été difficiles à vivre. Les témoignages récoltés par le site nous racontent que le processus de licenciements chez EA est assez particulier dans le sens où il y a une sorte de « secret » autour des personnes renvoyées.
Au lieu d’indiquer à tout le monde qui doit partir, cela se fait de manière plus individuelle. Pour l’éditeur, c’est un moyen de protéger le droit à la confidentialité de chacun, mais pour certains, cela a surtout pour but d’« isoler » les personnes licenciées. Ces dernières auraient été invitées à une réunion Zoom durant laquelle elles ne pouvaient pas parler ni communiquer à l’écrit avec les dirigeants, sans pouvoir vraiment comprendre pourquoi elles sont mises à la porte :
« C’est très impersonnel. On vous licencie parce que vous n’êtes que des chiffres sur une liste. Il n’y a jamais aucune compréhension du projet concret sur lequel vous travaillez. »
Cela procure aussi plus de chamboulements que nécessaire au sein d’une équipe, qui met parfois plusieurs jours à se rendre compte de qui elle a perdu durant le processus au lieu d’être prévenue directement :
« Selon l’ampleur des licenciements, il peut nous falloir une semaine ou deux, voire plus, pour reprendre nos marques et savoir ce que nous faisons. »
Même si EA aurait proposé à quelques personnes de trouver un autre emploi au sein de l’entreprise, on ne peut pas en vouloir à certaines de ne plus avoir envie de travailler dans un endroit qu’un témoignage qualifie de « lieu froid et mort, qui se décompense lentement où les dirigeants grapillent le moindre centime, laissant le reste d’entre nous se demander comment nourrir notre famille ».
« Les cadres d’EA ne peuvent pas échouer »

Andrew Wilson, PDG d’Electronic Arts // Source : Electronic Arts
Qu’il y ait une rupture nette entre les cols blancs et le reste des employés, c’est une triste habitude de toutes les entreprises aussi grandes qu’EA. Mais les témoignages ici racontent que tout s’accélère avec l’adoption de l’IA (alors que des témoignages indiquent que les équipes étaient mieux gérées avant), qui n’est pas encore obligatoire, mais qui est fortement poussée :
« On ne vous dira pas que l’utilisation de ces outils est obligatoire mais on fera en sorte qu’il soit impossible, ou très difficile, d’accomplir votre travail sans eux. »
L’objectif est de « faire moins, mais mieux » pour les dirigeants, alors que le ressenti des équipes est qu’il faut produire autant, mais avec moins de personnes. De plus, quelques décisions ont eu de quoi interroger les employés, comme celle d’ouvrir une antenne à Seattle, censée aider Ridgleine Games et Cliffhanger Games. Deux studios qui ont été évincés quelques semaines après, laissant à EA sur les bras un studio coûteux et inutile :
« Ils nous disent que produire des jeux coûte cher, tout en prenant des décisions qui rendent la chose encore plus coûteuse. »
Pour les personnes interrogées, il est clair que dans la tête des dirigeants, l’échec ne peut pas venir de leur part, mais seulement de celle des équipes. La fermeture de BioWare n’a pas été une surprise en interne, ce studio ayant été la victime de beaucoup de problèmes de management. On pense au dernier Dragon Age, qui a été retravaillé plusieurs fois pour y intégrer des éléments de jeu service avant que cette idée soit définitivement abandonnée. Le sentiment prédominant étant qu’EA n’est de toute façon plus prêt à prendre des risques, encore moins maintenant qu’il doit faire des économies importantes à cause du rachat.