Warren Spector : le papa de Deus Ex et d’Epic Mickey raccroche à 70 ans

À une époque où les travailleurs de rang senior se font rares dans l’industrie du jeu vidéo, Warren Spector annonce sa retraite après 44 ans de bons et loyaux services. Acteur majeur dans l’apparition des jeux de rôles 3D modernes et quasi-père de l’immersive-sim, le concepteur estime qu’il est temps de raccrocher, comme il l’a annoncé ces dernières heures sur son compte Linkedin.

Warren Spector Deus Ex
Source : GamesIndustry

Il avait (souvent) la vision

Warren Spector est entré dans l’industrie du jeu vidéo dans les années 80, au moment où les consoles de salon et les ordinateurs personnels prennent la forme qu’on leur connaît et qu’ils s’installent dans les foyers, NES en tête. Venu de l’édition de jeux de rôle, Spector rejoint Origin Systems juste avant les années 90. L’occasion pour lui de faire ses armes sur Ultima IV et Wing Commander, excusez du peu, puis d’apporter son talent sur d’autres épisodes de la franchise Ultima ainsi que sur le mythique System Shock.

Il file ensuite au sein d’un autre studio mythique, Looking Glass, studio au sein duquel ses compétences sont mises au service de Thief : The Dark Project. Mais son Grand-Oeuvre débute ailleurs, chez Ion Storm, structure fondée par John Romero.

C’est là, en compagnie de Harvey Smith, qu’il dirige le développement d’un jeu très cher au cœur de votre serviteur : Deus Ex. Mêlant action, RPG, infiltration et choix narratifs à la première personne tout en incluant une bonne dose de science-fiction dystopique, Deus Ex n’invente pas un genre mais fixe une philosophie de jeu née avec Ultima Underworld : l’immersive-sim. Dishonored, Deathloop ou encore Prey sont de ses héritiers, et d’aucuns considèrent que The Elder Scrolls en est devenu un avec Oblivion.

Il finit par créer sa structure, Junction Point, studio racheté par Disney à l’été 2007. De cette étonnante collaboration naissent Epic Mickey et Epic Mickey : Le Retour des Héros en 2010 et 2012. Mais, comme vous le savez, Disney a fini par s’éloigner de la production des jeux vidéo et laisser les équipes sur le carreau.

Deus ex

Deus Ex // Source : Ion Storm

Une troisième partie de carrière marquée par les échecs

On retrouvera Warren Spector chez OtherSide, studio au sein duquel se trouve également un certain Paul Neurath, fondateur de Blue Sky Entertainment. Vous ne connaissez pas ? Alors peut-être connaissez-vous mieux son second nom : Looking Glass. Ça ne va pas très bien se passer, Underworld Ascendant (2018) étant une catastrophe technique. Le dernier clou dans le cercueil n’est autre que Thick As Thieves, immersive-sim lite permettant d’incarner des voleurs.

Échec critique et commercial, le titre a rapidement entraîné de gros licenciements et la fin du développement du contenu du jeu, qui restera sous la forme d’un prologue vendu une poignée d’euros. Autant dire qu’après ces années difficiles et à bientôt 71 ans, Warren Spector a toutes les bonnes raisons du monde de prendre sa retraite. Voici donc sa publication, dans laquelle il n’écarte pas complètement un possible retour (on ne se refait pas).

Je vais aller droit au but : je prends ma retraite du développement de jeux vidéo. Du moins, je le pense. Je suis déjà passé par là et j’ai changé d’avis, mais cette fois-ci, je suis presque certain de vraiment le penser. (…) J’ai eu la chance de travailler sur des jeux de rôle sur table et des jeux de société. J’ai travaillé sur plus de jeux numériques que je ne peux m’en souvenir — 17 jeux complets, je crois, et environ 9 extensions.  Ce qui est gratifiant, c’est que certains de ces jeux sont encore joués 15, 20, 30 ans plus tard. Et la plupart d’entre eux appartenaient à un genre qui a eu une influence bien au-delà de ce que moi ou quiconque espérait. (…)

Il ajoute ensuite :

Avec tout cela derrière moi, et avec l’âge et la santé (cela me regarde) qui me rattrapent, j’ai le sentiment d’avoir accompli ce que je m’étais fixé. (…) De plus, il y a un clavier juste là qui n’attend que moi pour que je me remette au piano. J’ai définitivement des sentiments mitigés à ce sujet. Je veux dire, il y a trois jeux en particulier que j’aimerais encore concevoir. (L’un est très grand… un autre est très petit… et pour le troisième, je ne sais pas comment le réaliser, ce qui me fait peur.). Mais l’industrie du jeu vidéo a changé (…) . Et puis, une nouvelle génération de développeurs arrive et mérite son heure de gloire. À vous tous qui lisez ceci, je veux que vous gardiez à l’esprit que le jeu vidéo n’est pas encore un mystère résolu (…). Et à tous les jeunes développeurs : je l’ai déjà dit et je le redirai, votre travail consiste à faire en sorte que les gens oublient que des personnes comme moi ont un jour existé. Est-ce que je reviendrai ? Il ne faut jamais dire jamais. (…)

On a envie de dire merci Monsieur Spector, et bonne retraite.