« Je me sens sali » : Les personnes qui travaillent chez Electronic Arts réagissent au rachat du groupe
Pour se sauver d’une dette ou pour permettre à ses cadres de bénéficier d’un beau parachute doré (on vous laisse choisir l’explication la plus crédible), Electronic Arts a été revendu à hauteur de 55 milliards de dollars à un consortium composé d’Affinity Partners (dirigé par le beau-fils de Donald Trump), Silver Lake et le fonds d’investissement de l’Arabie saoudite. Même si les trois sont cités, ici, dans les faits, EA appartient surtout au PIF (Public Investment Fund) géré par Mohammed ben Salman. Et ça, ça ne plait pas à tout le monde au sein d’EA, car la crainte d’ingérence dans certains projets est plus que grande.
Conflit de valeurs
Le sujet a été évoqué à de nombreuses reprises depuis l’annonce du rachat, mais Game Developer est allé cette fois-ci recueillir directement l’avis des personnes concernées par la chose, à savoir celles qui travaillent actuellement chez Electronic Arts. Car si la direction d’EA a assuré par le passé qu’elle restait maître à bord sur le côté créatif, tout le monde a forcément un peu de mal à y croire tant les valeurs de certains studios (comme Maxis qui produit Les Sims) ne vont pas de pair avec celles prônées par Mohammed ben Salman :
« Avec les jeux FC, Madden et Battlefield, l’éditeur a une très large audience. On nous a assuré durant des réunions que ce rachat n’allait pas avoir d’impact négatif sur notre culture d’entreprise, mais ça se repose sur le fait que la culture d’EA est, à la base, saine et bien intentionnée en premier lieu. »
Le doute de voir certains projets être écartés du portfolio est grand, même si tout le monde est lucide sur le fait que cela sera fait discrètement :
« Le prince ne va pas se présenter à nous pour annoncer que « nous ne faisons plus ces choses-là ». Les projets ne seront tout simplement pas signés, soit parce qu’ils ne s’inscrivent pas explicitement dans la volonté du gouvernement saoudien, soit parce que EA se dira : « Essayons d’adapter ces projets aux attentes de nos propriétaires, car si nous proposons autre chose, le gouvernement risque de ne pas apprécier ou de ne pas donner son feu vert ». »
Au-delà de l’impact que ce rachat peut avoir sur les jeux en eux-mêmes et ce qui pourrait être validé ou non, certaines personnes s’inquiètent donc de voir la culture d’entreprise du groupe changer, avec des droits moins respectés. Sur ce point, une source déclare se sentir « salie » par ce rachat, dans la mesure où cette nouvelle direction n’est pas des plus tolérantes avec la communauté queer :
« Si EA possédait un semblant de morale, l’entreprise ne s’associerait pas à un prince qui est gêné par l’orientation sexuelle et les origines ethniques d’un grand nombre de ses employés actuels. Et puis, il y a la présence de Jared Kushner dans ce business douteux, ce qui ne fait qu’aggraver les choses. Rien que d’y penser, je me sens sali, mais je n’ai nulle part où aller. J’aimerais beaucoup partir, mais les offres d’emploi ne sont pas au rendez-vous et j’ai des factures à payer. »
En interne, ces doutes ne seraient pas vraiment calmés par la direction d’EA, qui s’est contentée de réponses plutôt vagues et brèves sur le sujet. L’article fait même mention d’un cadre d’EA qui aurait comparé les personnes qui se plaignent et s’interrogent à « de petits bébés », lors d’une réunion où son microphone est resté allumé.
L’ombre de nouveaux licenciements
Le rachat aura eu au moins un bon côté pour certaines personnes parmi le staff d’EA qui possédaient des parts, celles-ci étant rachetées à un très bon taux. Pour autant, l’heure n’est pas vraiment à la fête même pour ces gens, car la sécurité de l’emploi suite à cette acquisition est plus que fragile. Pour le moment, EA déclare qu’il n’y a aucune vague de licenciements immédiate à venir suite au rachat, mais personne n’est dupe :
« Tout le monde part du principe qu’une menace de licenciement plane en permanence, compte tenu de la situation dans le secteur en général, mais aussi en interne chez EA. Un certain cynisme prévaut également : on s’attend à ce que les suppressions de postes ne prennent plus la forme de licenciements massifs, mais plutôt de vagues successives de licenciements limités, afin de contourner les lois. »
L’ambiance n’est donc pas au beau fixe chez EA, et ce chapitre ne fait que commencer.