Hideo Kojima s’exprime à nouveau sur l’IA générative et « ne veut pas d’un avenir où l’aspect créatif humain disparaîtrait »
Tandis que beaucoup s’efforcent à ne voir que les potentiels bienfaits d’un outil, ce qu’elle n’est pas, l’IA générative dans le jeu vidéo brille surtout en ce moment par les problèmes qu’elle pose, particulièrement du côté de l’offre indé sur Steam et itch.io. Inévitablement, le sujet se retrouve abordé auprès des actrices et acteurs du jeu vidéo, dont les plus influents. Hideo Kojima en fait partie et développe sa vision de cette technologie à l’occasion d’une nouvelle interview.
Une technologie qui facilite le travail…
Ce n’est pas la première fois qu’Hideo Kojima se prononce sur l’IA générative, mais entre l’omniprésence de la technologie, l’avancée dont elle fait preuve mois après mois, et le fait que le bonhomme ne soit jamais trop loin d’un micro, le voici à se prononcer de nouveau à ce sujet. C’est par l’intermédiaire d’une interview chez Game Spark, relayée par Automaton, qu’il s’exprime de nouveau.
Il commence par souligner que, grâce à l’IA et même si tout ne se fait pas encore à la seule pression d’un bouton magique (et heureusement), le développement est rendu de plus en plus accessible :
« Disposer de plus d’options ne veut pas dire que l’on peut tout faire. La capacité de stockage ou les contraintes de calendrier font par exemple partie des obstacles existants. Néanmoins, les possibilités ne cessent de se multiplier. Ça ne concerne pas uniquement le jeu vidéo, mais aussi le cinéma et la musique. Je pense que ce qui était impossible hier est possible aujourd’hui, et demain nous serons capables de faire encore davantage. »
Et puis, tout en déclarant que l’IA peut faire en sorte que les choses aillent plus vite et qu’il est possible de « respecter les délais plus rapidement », ce qui est « une très bonne chose », il nuance en parlant du processus créatif :
« Prenons l’exemple du dessin. Ce n’est pas le fait d’avoir un dessin terminé qui procure du plaisir, mais c’est le processus. S’il est tout à fait possible de demander à une machine des instructions comme « fais ceci », « c’est terminé », « ce n’est pas bon, fais-le autrement », ce n’est pas une manière de créer que je trouve particulièrement intéressante. »
… mais l’humain doit rester le moteur créatif

Death Stranding 2: On the Beach // Source : Kojima Productions
C’est donc sur ce cheminement censé activer l’esprit humain que Kojima « s’inquiète de la direction que prennent les choses », et que ce qui définit un véritable créateur réside dans le fait de « prendre plaisir au processus de création » :
« Il ne s’agit pas simplement de dire à quelqu’un : « crée-moi une chanson dans ce style », puis de valider le résultat une fois que c’est fait. Le processus de tentatives et d’échecs qui se déroule entre les deux, c’est ce qui procure la montée d’adrénaline et rend l’expérience séduisante. Je ne veux pas d’un avenir où cet aspect disparaîtrait. »
Le créateur japonais estime malgré tout que ça n’arrivera pas à court terme, mais que ce futur redouté dépend selon lui de la prochaine vague d’artistes :
« Bien que je pense que tout ira bien pour les cinq-dix prochaines années, si l’IA continue d’évoluer sans restrictions, il pourrait arriver un jour où elle jouera un rôle central, y compris dans le domaine créatif. Cela dit, je ne serai plus là quand ça arrivera (rires). Les jeunes générations devront décider quoi faire, je souhaite donc leur passer le relais. »
Pourtant, on a déjà des exemples de personnes qui s’improvisent créateurs sur les plateformes de ventes, et bon nombre de dirigeants de grosses boîtes rêvent déjà depuis quelques années à produire plus et à moindre coût en misant à fond sur cette technologie. La même qui, on le répète, cause actuellement plus de soucis à l’industrie qu’elle n’en règle.
Mais ce qu’il faut retenir de ces extraits d’interview, c’est du grain supplémentaire au moulin voulant que rien ne remplacera le processus de créativité issu d’une réflexion humaine avec tout le background culturel et émotionnel, la sensibilité, et les compétences que chacun et chacune ont développé distinctement.