Nous avons joué à Echoes of Aincrad : enfin l’adaptation Sword Art Online que les fans attendaient ?

Depuis plus de quinze ans, la licence Sword Art Online entretient une relation particulière avec le jeu vidéo. Adaptation d’une œuvre dont le cœur même repose sur l’immersion dans un MMORPG, la franchise créée par Reki Kawahara a souvent déçu dans ce média. Rares sont les épisodes qui sont véritablement parvenus à capturer ce sentiment d’aventure et de progression qui a fait le succès de l’anime (et celui du Light Novel par extension). Souvent plombés par un manque d’ambition, de moyens ou parfois des deux, les jeux Sword Art Online ont rarement réussi à exploiter pleinement le potentiel de leur univers. Les choses semblent toutefois différentes avec Echoes of Aincrad. Plutôt que de poursuivre l’univers alternatif développé par les précédentes adaptations vidéoludiques, Bandai Namco fait ici le choix d’un retour aux origines de la franchise en revisitant les événements de la première saison de l’anime. Pour savoir si le projet est à la hauteur de ses ambitions, nous avons pu y jouer pendant plusieurs heures sur PC via Steam. Nous partions avec beaucoup de méfiance, mais il faut reconnaître que le titre nous a finalement agréablement surpris.

Echoes of Aincrad key art

Kirito Pipo

En tant que fan de la série .hack de CyberConnect2, la diffusion de la première saison de Sword Art Online reste l’une de mes plus belles découvertes des années 2010. Aujourd’hui, l’idée d’être transporté dans un univers de jeu vidéo paraît presque banale tant le genre isekai domine l’animation japonaise. Pourtant, à l’époque, l’arc Aincrad est arrivé au moment où les MMORPG étaient à leur apogée (World of Warcraft, Ragnarok Online, Final Fantasy XI…). Sword Art Online a alors proposé un fantasme de gamer, celui de vivre à l’intérieur d’un jeu vidéo. Non pas derrière un écran, mais comme si le monde virtuel devenait une seconde réalité.

Là où Echoes of Aincrad peut frapper très fort, c’est qu’il s’adresse à une base de fans bien plus large que les précédentes adaptations. Personnellement, les saisons suivantes n’ont jamais réussi à me captiver de la même manière une fois l’effet de surprise passé. L’arc Alfheim adopte un ton plus léger et féérique, tandis que Gun Gale (la dernière saison que j’ai suivie pour ma part) s’oriente davantage vers la science-fiction et l’enquête. Pour certains, cette diversité est un atout. Pour d’autres, cette succession d’aventures virtuelles a progressivement fait disparaître le sentiment de découverte qui caractérisait la série, sans parler des personnages principaux qui peinent à se renouveler.

Ainsi, pour beaucoup de fans, l’arc Aincrad représente encore aujourd’hui l’âge d’or de la licence. L’autre excellente idée derrière ce nouveau jeu est qu’il ne se contente pas de nous faire revivre l’histoire de Kirito, le héros des romans et de l’anime. Cette fois, nous incarnons notre propre avatar, entièrement personnalisable, avec sa propre histoire et ses propres compagnons dans ce jeu de la mort.

Pour rappel, l’histoire débute avec la sortie de Sword Art Online, un MMORPG en réalité virtuelle intégrale accessible grâce au NerveGear, un casque capable de connecter directement les sens et la conscience des joueurs à un univers numérique. Mais le rêve tourne rapidement au cauchemar lorsque les joueurs découvrent qu’ils sont prisonniers du jeu. Déconnecter le casque ou mourir dans l’univers virtuel entraîne également la mort dans le monde réel. Les 10 000 participants se retrouvent ainsi enfermés dans Aincrad, un immense château flottant composé de cent étages, chacun abritant ses propres villes, monstres, donjons et boss. Pour retrouver leur liberté, les survivants n’ont qu’une seule option : progresser étage après étage et vaincre le boss du centième niveau.

Un RPG solo dans un MMORPG

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Echoes of Aincrad – Une bonne randonnée

Après ces quelques heures manette en main, il faut bien reconnaître qu’Echoes of Aincrad réussit à nous immerger dans l’univers de Sword Art Online. Que ce soit à travers le chara-design fidèlement repris de l’anime, le bestiaire, le souci du détail apporté à l’interface ou encore le menu interactif emblématique de la série, le titre parvient réellement à nous donner l’impression de faire partie de cette histoire.

Nous avons également pu découvrir une toute nouvelle galerie de personnages qui accompagneront notre aventure. Nous avons déjà des profils intéressants comme une jeune fille voulant cacher son identité ou encore un jeune couple qui sont les amis proches de notre avatar. Reste à espérer que l’ensemble du jeu conservera cet aspect de « simulation de vie dans un monde condamné » qui faisait toute la force de l’arc Aincrad. Au-delà de la survie pure, il existe toute une dimension psychologique liée à l’isolement, à la peur et à la manière dont chacun réagit face à une situation désespérée, parfois de façon assez macabre.

Pour la première fois dans un jeu Sword Art Online, l’objectif n’est plus de suivre les pas d’un héros prédéfini, mais de nous donner l’impression d’être l’un des 10 000 prisonniers d’Aincrad. Et c’est exactement ce que l’on pouvait espérer d’une telle adaptation. Certes, certains regretteront l’absence de multijoueur alors que l’univers se prête naturellement à la coopération et à l’esprit MMO. Néanmoins, ce choix permet aussi de pousser jusqu’au bout l’idée d’une aventure personnelle, tout en évitant les compromis qu’un mode en ligne aurait probablement imposés au système de combat.

Enfin, l’autre avantage qu’apporte cette adaptation est la possibilité d’étendre cet arc narratif. Dans l’anime, de nombreux étages d’Aincrad ont été survolés, voire complètement ignorés, afin de faire avancer l’intrigue. Echoes of Aincrad représente donc une formidable opportunité de prendre le temps d’explorer davantage ce monde fascinant. On ne s’attend évidemment pas à parcourir 100 étages.

Sans magie, vos idées ont du génie

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Echoes of Aincrad – Un boss du 2eme étage

L’aspect le plus paradoxal d’Echoes of Aincrad réside sans doute dans sa forme. Pour résumer, ce RPG doit singer un MMORPG, ce qui rend parfois difficile de distinguer ce qui relève des codes du genre et ce qui sert réellement à recréer l’ambiance de Sword Art Online. Précisons d’abord que le jeu tourne sous Unreal Engine 5, ce qui lui permet d’afficher un rendu graphique plus que satisfaisant.

Même si certains environnements extérieurs manquent encore d’une identité visuelle forte, les villes se montrent particulièrement réussies. C’est notamment le cas de la Ville du Départ ou encore de la cité d’Urbus avec son ambiance moyen-orientale. Les décors regorgent de détails et profitent de la présence de nombreux PNJ qui renforcent la sensation d’un monde vivant. Le sentiment d’immensité est bien présent et les panoramas offrent régulièrement de superbes points de vue sur les différents étages d’Aincrad.

Malheureusement, l’exploration se révèle pour le moment assez générique. On passe le plus clair de son temps à courir dans de vastes étendues (au point que l’on aimerait une monture même si cela casserait l’immersion), à vaincre des monstres, ouvrir des coffres et récolter diverses ressources. L’ensemble manque encore de surprises et il n’est pas rare de perdre ses repères à cause de la verticalité des environnements. C’est probablement sur cet aspect que l’influence MMO se fait le plus ressentir, avec tout ce que cela implique de répétitif.

L’autre particularité d’Aincrad, qui limite forcément certaines libertés dans une adaptation vidéoludique, est l’absence de magie. Le MMO fictif imaginé par la série repose avant tout sur des affrontements au corps à corps et propose six catégories d’armes : épée et bouclier, rapière, dague, massue, grande épée et hache. Chacune dispose de ses propres techniques et d’un style de jeu distinct. Nous avons également apprécié l’importance accordée aux objets consommables qui peuvent servir aussi bien à infliger des dégâts qu’à renforcer sa défense ou à tendre des pièges aux adversaires.

Des duo qui manquent de fluidité

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Echoes of Aincrad – Pas de magie mais des items bien pratiques

Côté gameplay, Echoes of Aincrad mise sur un système de combat en temps réel qui cherche à retranscrire le dynamisme de l’anime tout en conservant une véritable dimension RPG. On dispose ainsi de combos mêlant attaques faibles et fortes, mais aussi de diverses compétences offensives, d’une garde et d’une esquive. Toutefois, la véritable particularité du titre réside dans l’importance accordée aux duos que l’on forme avec les compagnons qui nous prêtent main forte.

Ces derniers disposent de leur propre évolution et peuvent être personnalisés afin de compléter notre approche du combat. Le système de « Switch », directement inspiré de la série, permet quant à lui de coordonner les attaques avec son partenaire pour enchaîner les offensives ou distraire les ennemis lorsqu’ils sont nombreux.

Une jauge de fatigue vient renforcer cette dimension tactique en nous incitant à utiliser intelligemment les « Switch ». Les compagnons permettent aussi d’effectuer des attaques en duo ou d’activer des compétences spéciales. Par exemple, un compagnon peut faire apparaître une zone de soin ou générer un bouclier capable d’absorber une partie des dégâts subis. Nous attendons toutefois d’en voir davantage, car l’intelligence artificielle des compagnons nous a semblé adopter des comportements parfois étranges ou inactifs, notamment lorsqu’il s’agissait de concentrer ses attaques sur une même cible.

Les combats se montrent globalement satisfaisants, même si l’on ressent encore une certaine rigidité dans les enchaînements et les transitions d’animations. Les boss rencontrés lors de cette prise en main semblent néanmoins proposer un niveau de challenge correct. Il nous tarde toutefois d’affronter l’un des véritables boss d’étage qui devraient représenter le point culminant en matière de défi.

Au fil de l’aventure, il sera également possible d’améliorer ses armes et son équipement grâce à de nombreux bonus et statistiques. Les amateurs de loot devraient y trouver leur compte. La progression de notre avatar passe aussi par l’attribution de points de croissance permettant de développer différents attributs et d’orienter davantage son style de jeu selon ses préférences. Un système de progression qui semble suffisamment complet pour que l’on s’y investisse.

Après cette première prise en main, Echoes of Aincrad s’impose déjà comme ce qui ressemble à la meilleure adaptation en jeu vidéo de Sword Art Online à ce jour. En revenant à l’arc Aincrad, en nous laissant incarner notre propre avatar et en cherchant à recréer l’ambiance si particulière de la première saison, le titre réussit là où nombre de ses prédécesseurs avaient échoué. Pour autant, il ne révolutionne pas le genre du RPG. Son exploration reste trop classique, son système de combat manque encore de fluidité par moments et plusieurs mécaniques demandent à être approfondies. En l’état, Echoes of Aincrad nous semble être un RPG tout à fait correct, mais pas nécessairement un incontournable pour les amateurs du genre. En revanche, pour les fans de Sword Art Online et plus particulièrement de l’arc Aincrad, la proposition est autrement plus séduisante.