On a joué à Resonance: A Plague Tale Legacy : le pari le plus risqué d’Asobo
Ces dernières années, Asobo Studio est devenu l’un des studios français qui rayonne le plus à l’international. L’entreprise bordelaise impressionne aussi bien avec la franchise Microsoft Flight Simulator que dans le genre action-aventure grâce aux deux jeux de la série A Plague Tale. Avec Resonance: A Plague Tale Legacy, le studio souhaite explorer de nouveaux horizons vidéoludiques tout en conservant un lien fort avec son passé. Le titre se présente ainsi comme une préquelle aux aventures d’Amicia de Rune et Hugo de Rune. Cette fois, on incarne Sophia, la contrebandière ayant joué un rôle important dans A Plague Tale: Requiem. Cette nouvelle direction représente un énorme défi pour Asobo, qui souhaite prouver qu’il peut s’asseoir à la même table que de grandes références du jeu d’action-aventure comme Tomb Raider ou Uncharted, malgré une production restant davantage proche du AA que du blockbuster AAA. À l’occasion d’un événement organisé par Focus Entertainment, l’éditeur du jeu, nous avons pu jouer à une portion de Resonance: A Plague Tale Legacy et poser quelques questions à Carol Ann Banuls, scénariste en chef du projet.
Lors du Xbox Game Showcase du 7 juin 2026, Asobo et Focus Entertainment ont dévoilé la date de sortie de Resonance: A Plague Tale Legacy. Il sortira le 27 août prochain sur PC (Steam et Epic Games Store), PlayStation 5 et Xbox Series X/S au prix de 59,99€, ainsi que dès son lancement dans le Game Pass Ultimate et PC Game Pass.
Un bon Plague Tale sans Innocence ?

Resonance: A Plague Tale Legacy – Que cache le passé de Sophia ?
Même si l’on fait confiance à Asobo Studio pour nous concocter un jeu de haut vol, il faut avouer que la direction prise par Resonance: A Plague Tale Legacy nous inquiétait au départ. Ce qui rend la licence si unique, c’est à la fois cette fragilité et cette innocence incarnées par les enfants De Rune, mais aussi cette ambiance extrêmement sombre portée par la peste et les rats.
On perd donc une partie du caractère atypique de la série pour se diriger vers quelque chose de plus « classique », dirons-nous. En tant que fans de A Plague Tale: Innocence et A Plague Tale: Requiem, il reste néanmoins intéressant de voir les développeurs poursuivre l’expansion du lore de la franchise, notamment autour de la malédiction de la Macula qui sera bien présente ici, même si l’on ignore encore exactement la forme qu’elle prendra (il ne faut pas non plus tout divulgâcher).
“L’idée que la Macula puisse être liée à des faits historiques, des légendes ou des mythes ouvrait énormément de possibilités.”
On sait néanmoins que le scénario tourne en grande partie autour du mythe du Minotaure. Selon le studio, celui-ci permet d’explorer des thèmes particulièrement intéressants, comme l’instinct, la violence ou encore la perte de contrôle, des notions pouvant naturellement se connecter à celles déjà présentes dans A Plague Tale.
Le choix de l’héroïne constitue également un point positif, puisque Sophia nous avait déjà marqués dans son rôle de contrebandière, en plus de nous laisser profiter de ses « lumières ». Pour être plus précis, l’histoire se déroule environ quinze ans avant Requiem et se concentre exclusivement sur la jeune femme. Le personnage semble porter un traumatisme profondément ancré depuis l’enfance.
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Cette aventure paraît donc principalement motivée par la volonté de comprendre ce mal lié à son passé. Contrairement à Amicia, Sophia ne cherche pas à protéger quelqu’un, ce qui permet de proposer une quête beaucoup plus personnelle et introspective. Nous avons pu en avoir un petit aperçu durant cette prise en main qui se déroulait pendant le chapitre IV intitulé « From Hell It Rose ».
Dans Requiem, on sent que Sophia est un personnage très structuré, très en contrôle de ses émotions. Mais on sentait aussi qu’il y avait quelque chose de violent dans son passé. Avec ce jeu, on peut montrer cette vulnérabilité.
Comme auparavant avec le mystère entourant Hugo et les rats, notre curiosité a rapidement été piquée par l’histoire de Sophia et ce mythe du Minotaure. D’après ce que nous avons pu voir à travers plusieurs cinématiques et moments marquants de ce chapitre, le jeu emboite un petit pas en avant vers le fantastique même si Asobo précise sa pensée sur ce sujet. A titre d’exemple, il sera possible de jouer dans des séquences du passé assez énigmatiques.
“On assume totalement ce pas un peu plus fantastique (…). Le jeu reste ancré historiquement, mais on ouvre une porte vers les légendes.”
Difficile toutefois de juger pleinement l’ensemble avec un seul chapitre. Nous gardons notamment une petite inquiétude concernant cette focalisation autour d’un unique personnage déjà connu et apprécié (et dont on connait déjà le devenir). Durant cette escapade sur l’île du Minotaure, Sophia est accompagnée de sa meilleure amie Leny, avec qui elle échange sur son passé dans un gang ainsi que sur d’autres sujets plus personnels.
De ce côté-là, les dialogues nous ont paru plus convenus et moins marquants que ceux des précédents jeux qui bénéficiaient énormément du regard innocent de leurs jeunes protagonistes. On espère donc que Resonance saura également proposer des personnages secondaires et des antagonistes suffisamment mémorables pour compenser cette évolution de ton. A ce sujet, lorsque nous avons demandé si Sophia sera toujours accompagnée durant l’aventure, la scénariste du titre nous répond qu’il y aura différentes phases et plusieurs personnages importants, sans plus de précisions.
Un Uncharted à la française

Resonance: A Plague Tale Legacy – Splendide
La narration évolue évidemment dans Resonance: A Plague Tale Legacy, qui adopte un gameplay beaucoup plus orienté vers l’action et les combats. Carol Ann Banuls explique d’ailleurs s’être inspirée du travail de Naughty Dog, et notamment de The Last of Us, afin de conserver une forte dimension émotionnelle et narrative malgré cette évolution.
« On veut garder ce sentiment d’intensité et d’action plus présent, donc la narration a été adaptée ».
Les inspirations de Naughty Dog ne s’arrêtent d’ailleurs pas aux aventures d’Ellie et Joel, puisqu’Uncharted est également cité comme référence. Et cela se ressent immédiatement malgré le temps de jeu limité dont nous disposions. Les phases d’exploration sont régulièrement ponctuées de séquences d’escalade haletantes et de situations spectaculaires. Il y a notamment une phase où notre héroïne chute d’un rebord, glisse le long d’une paroi rocheuse avant d’utiliser son grappin pour se balancer et atterrir au milieu d’une petite armée de chevaliers.
Resonance: A Plague Tale Legacy donne effectivement l’impression d’un Tomb Raider revisité avec la patte d’Asobo. Et même si cette formule n’a rien de révolutionnaire sur le papier, elle fonctionne étonnamment bien dans cette production. Ce chapitre IV se révélait également particulièrement riche en énigmes et puzzles à résoudre. Sur ce point, le jeu ne nous a clairement pas déçus. Sophia découvre notamment un prisme capable de réfléchir la lumière (un autre clin d’œil à Requiem), un outil exploité de manière particulièrement ingénieuse durant l’exploration afin de résoudre des casse-têtes bien conçus et bien équilibrés.
« On voulait ce type d’expérience… mais “à la française”.
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Sophia dispose également d’un carnet qu’elle peut consulter à tout moment et qui contient de précieux indices sur la manière d’éviter certains pièges ou de résoudre plusieurs énigmes. Même lorsque l’on reste bloqué quelques minutes sur un puzzle, le jeu évite de trop nous prendre par la main et nous laisse choisir si l’on souhaite obtenir ou non un indice supplémentaire via les dialogues. Les développeurs précisent toutefois qu’il ne s’agit pas d’un jeu d’énigmes à proprement parler. Le titre conservera avant tout un équilibre entre exploration, action, narration et puzzles.
Asobo Studio impressionne une nouvelle fois avec son moteur graphique maison qui parvient à parfaitement nous immerger dans cette ambiance inspirée du mythe du Minotaure. Cette portion du jeu avait d’ailleurs été particulièrement bien choisie puisqu’elle nous a permis d’avoir un aperçu très varié des décors et de la direction artistique.
Comparé aux précédents opus, souvent très sombres, le cadre se révèle ici beaucoup plus lumineux et méditerranéen. L’architecture du temple du Minotaure nous en a également mis plein les yeux. Toutefois, les développeurs n’ont pas oublié d’y intégrer plusieurs scènes macabres qui produisent toujours leur petit effet.
Un passage à l’action payante ?

Resonance: A Plague Tale Legacy – « EZ »
Ce passage vers un gameplay plus orienté action représente à la fois un moyen d’attirer un nouveau public vers A Plague Tale, mais aussi un véritable défi pour Asobo Studio. Carol Ann Banuls nous a d’ailleurs confié que le combat au corps-à-corps constituait l’élément dont le studio est le plus fier sur Resonance: A Plague Tale Legacy.
« C’était aussi quelque chose qu’on n’avait jamais fait chez Asobo. Ça nous a permis d’apprendre énormément de choses. C’était vraiment une étape qu’on avait envie de franchir ».
Il s’agit effectivement d’une première pour Asobo, qui avait jusqu’ici privilégié une approche à distance avec la fronde et l’arbalète d’Amicia. Sophia combat cette fois avec une épée et une dague, mais surtout, le fait d’incarner une adulte permet des affrontements beaucoup plus dynamiques.
Lorsqu’un studio comme Asobo s’essaie pour la première fois à un véritable système de combat en temps réel, le résultat peut souvent se révéler mitigé. Pourtant, il faut bien avouer que les bordellais s’en sortent très bien dans ce nouvel opus. On ressent encore une légère rigidité dans certains mouvements et certaines transitions, mais dans l’ensemble, le système de combat procure un très bon feeling manette en main. On rappelle également qu’il s’agissait d’une version en court de développement, on espère donc qu’il y aura encore du peaufinage de ce côté-là.
La majorité de l’équipe vient de Requiem, mais on a aussi recruté des personnes expérimentées dans les systèmes de combat.
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Pour autant, le jeu reste sur une formule relativement classique avec des attaques légères et lourdes, des esquives ainsi que des parades. Le hasard du calendrier a voulu que nous essayions le jeu le lendemain de notre session sur Assassin’s Creed Black Flag Resynced, et certaines mécaniques de base présentent effectivement des similitudes. Une lueur jaune apparaît lorsqu’une attaque peut être parée, tandis qu’une lueur rouge annonce un coup imparable qu’il faut alors esquiver. Comme nous l’a confié la scénariste du soft, c’est une autre excellente exclusivité de Sony qui a été prise pour inspiration.
“Ghost of Tsushima a été une énorme inspiration pour le combat.”
Nous ne sommes évidemment pas face aux mêmes moyens humains et financiers qu’un Ubisoft, mais Resonance: A Plague Tale Legacy se permet tout de même quelques finishers particulièrement spectaculaires, l’utilisation du grappin pour faire tomber les archers restant à distance, ou encore un arbre de compétences débloquant progressivement de nouvelles possibilités.
En accumulant des points de résonance, vous pourrez enrichir votre arsenal de coups et de capacités. L’une des améliorations permet par exemple de bénéficier d’une protection temporaire après une parade réussie, tandis qu’une autre autorise Sophia à projeter ses ennemis au loin. Sophia profitera également d’un équipement complet composé de charmes, de perles, de bracelets ou encore de sceaux. Les développeurs estiment enfin une durée de vie légèrement inférieure à celle de Requiem, avec environ 15 à 20 heures de jeu, ce qui reste tout à fait raisonnable pour ce type de production.
Avec Resonance: A Plague Tale Legacy, Asobo Studio prend sans doute le plus gros risque de l’histoire de la licence. En abandonnant l’innocence tragique d’Amicia et Hugo au profit d’une aventure plus nerveuse et spectaculaire centrée sur Sophia, le studio bordelais cherche clairement à faire évoluer sa formule vers un véritable jeu d’action-aventure moderne. Et malgré quelques inquiétudes légitimes concernant l’écriture des personnages ou la perte de l’identité si particulière des précédents opus, cette première prise en main s’est révélée globalement très convaincante. Entre son ambiance réussie, ses énigmes intelligentes, sa direction artistique toujours aussi impressionnante et un système de combat étonnamment solide pour une première tentative, Resonance donne l’impression qu’Asobo est prêt à franchir un nouveau cap.





