« J’essaie de laisser le joueur le plus libre possible » : Bryan Martinet se confie sur son projet fou, Goeland: Seagull Adventure

Imaginez l’esprit malicieux d’Untitled Goose Game poussé à son maximum, et vous obtiendrez Goeland: Seagull Adventure, une expérience aussi délirante que haute en couleur. Ici, pas de héros à sauver ni de quête épique : votre unique mission consiste à incarner le pire cauchemar des environs, un goéland déterminé à semer la zizanie partout où il passe. Le jeu a fait son grand retour lors de l’AG French Direct il y a quelques semaines, l’occasion d’interroger son créateur sur les petits secrets de son projet encore en développement en marge de son nouveau trailer exclusif.

Goeland: Seagull Adventure
Goeland: Seagull Adventure // Source : Maarti Games

Ici, tout est permis ! Harceler les vacanciers en quête de tranquillité, attaquer et voler les commerces qui font vivre le centre-ville, etc. Vous pouvez parcourir plusieurs terrains de jeu et ainsi multiplier vos occasions de nuire ou tout simplement d’observer la vie des passants. On a pu poser nos questions à Bryan Martinet, le créateur de Goeland: Seagull Adventure, pour en apprendre un peu plus sur ce projet déjanté.

Il est fou c’t’oiseau !

  • ActuGaming : Bonjour et merci pour votre temps ! Tout d’abord, pouvez-vous rapidement vous présenter, quel est votre parcours et quel est votre rôle sur le jeu ?

Bryan Martinet : Je suis Bryan Martinet, j’ai rejoint l’industrie du jeu vidéo en travaillant quelques années chez Eidos Montréal, puis j’ai fondé mon propre studio en solo, Maarti Games, où je donne vie à mon projet actuel Goeland: Seagull Adventure.

  • Vous travaillez seul sur ce projet ? Depuis combien de temps travaillez-vous dessus ?

Oui je m’occupe de tout, de la programmation à la modélisation, animation en passant par le marketing. C’est un défi immense au quotidien, mais cela m’offre une grande liberté créative. Je travaille dessus depuis deux ans et demi. Au début, c’était un projet hobbyiste, sur mon temps libre, et puis c’est devenu mon projet à temps plein.

  • Goeland: Seagull Adventure, c’est l’histoire d’un goéland qui a décidé de devenir le pire cauchemar d’une île paisible. Mais que pouvez-vous nous dire d’autre sur cette aventure bac à sable qui risque de nous faire souvent pouffer de rire ?

C’est avant tout un jeu de liberté et de comédie. On incarne un goéland sur une île habitée, et c’est au joueur de décider quel type d’oiseau il veut être. Fauteur de troubles, héros, un peu des deux selon l’humeur ? Tout est possible. Il y a également une histoire principale: une enquête sur une mystérieuse pollution qui touche l’île, mais elle non plus, on n’est jamais forcé de la compléter. On peut très bien passer sa partie à terroriser des touristes sans jamais y toucher. Le ton est volontairement cartoon et décalé et accessible à tous les âges.

  • On ne va pas se le cacher, notre animal est une vraie tête à claques. Vous prévoyez une tonne de possibilités pour ruiner le quotidien des habitants de l’île, y compris en interagissant directement avec eux. À quel point les possibilités sont libres dans votre jeu ?

J’essaie de laisser le joueur le plus libre possible dans sa résolution de puzzles, plutôt que de lui imposer une seule façon de faire (ex: tu ne trouves pas la clé pour ouvrir cette porte ? Briser la fenêtre fonctionne aussi). Ça peut même complètement changer l’expérience.

Le côté infiltration pour se faufiler dans le magasin ne te tente pas ? Piège tes poursuivants avec des peaux de banane, ou mets-les en prison. J’ai même vu une vidéo d’un joueur qui a passé des heures à manipuler tous les citoyens pour les coincer sur le toit d’un immeuble. Habituellement, un développeur finit par se lasser de son propre jeu qu’il connaît par cœur. Mais moi, ayant misé sur la liberté et le bac à sable, je trouve toujours très divertissant de voir les joueurs utiliser des techniques que je n’avais même pas prévues.

  • On ne peut que constater les similitudes avec d’autres jeux du genre, à commencer par Untitled Goose Game ou, dans une vision plus large, Goat Simulator. Comment pensez-vous vous diversifier par rapport à ce genre de productions ?

J’aimerais aussi mentionner A Short Hike, qui est en réalité mon inspiration d’origine : un jeu court, un oiseau sur une île, avec des tâches uniques dans un petit monde ouvert. En effet, on retrouve dans Goeland le même esprit espiègle que l’excellent Untitled Goose Game, mais en monde ouvert et dans lequel on peut voler, ce qui ajoute toute une nouvelle dimension verticale au gameplay. On peut aussi y accomplir les tâches dans l’ordre qu’on veut et de la manière qu’on veut.

Goat Simulator assume totalement sa politique de « on garde les bugs tant qu’ils ne brisent pas le jeu », ce qui le rend très déjanté. Je vise quelque chose de plus cadré, avec une attention particulière portée à la simulation de vie sur l’île. Je veux que le monde soit cohérent (malgré son extravagance) et vivant de lui-même, que les citoyens vaquent à leurs occupations, même si le personnage-joueur n’est pas présent.

D’ailleurs, saviez-vous que dans le jeu, les bouteilles n’apparaissent pas magiquement sur la plage, ce sont les citoyens qui les jettent? Saviez-vous également que les objets ne disparaissent pas, mais que c’est l’éboueur qui va les chercher un à un et les jette à la poubelle ? L’arbre que vous avez planté n’est plus là ? C’est le bûcheron qui a fini par le couper… retirez-lui sa hache si vous ne voulez pas que ça se reproduise.

  • Y aura-t-il d’ailleurs un système de moralité pour jauger de nos actes durant l’aventure ?

Non, et c’est un choix délibéré. Qui serais-je pour décider ce qui est bien ou mal ? Je veux que le joueur se sente vraiment libre sans avoir l’impression qu’un compteur invisible l’approuve ou le désapprouve. La seule conséquence de vos actes, c’est la réaction des habitants de l’île (qui ont chacun leur propre personnalité), et c’est assez amusant à observer.

Il y a encore plein de choses que je n’ai pas dévoilées, comme par exemple la fonctionnalité de « chasse au trésor » (un genre de GeoGuessr où on finit par déterrer des trésors). Oups, bon, voilà, c’est dévoilé maintenant ! Côté développement, j’ai énormément d’idées mais je sais que je ne pourrai pas tout implémenter. Alors je me concentre sur ce que j’ai priorisé pour la sortie du jeu, et si le succès est au rendez-vous, j’aimerais beaucoup continuer à faire grandir le jeu par la suite.

  • Pouvons-nous nous attendre à de multiples clins d’œil à d’autres productions (ou objets culturels) en jouant à Goeland: Seagull Adventure ?

Absolument ! Il y a des easter eggs glissés un peu partout, des références à d’autres jeux comme Sonic ou Untitled Goose Game, mais aussi des hommages à des créateurs et créatrices qui ont joué un rôle dans le développement du jeu, que ce soit comme source d’inspiration ou de soutien. C’est une façon de dire merci à travers le jeu lui-même. Les joueurs curieux qui explorent chaque recoin de l’île seront récompensés, je vous laisse les découvrir par vous-mêmes !

  • Avant de se quitter, auriez-vous un événement rigolo ou une histoire insolite survenue pendant la conception à nous raconter ? Quelque chose qui vous a marqué ou une anecdote de développement sur le jeu ?

À la base, j’avais commencé avec une idée très simple : un jeu d’infiltration où un goéland doit voler des snacks dans un magasin sans se faire prendre par le gérant. Et puis j’ai ajouté des choses… et personne ne m’a prévenu qu’il fallait s’arrêter.

  • Et enfin, un dernier mot pour nos lectrices et lecteurs ?

Merci de suivre l’aventure Goeland ! Votre curiosité et votre enthousiasme sont un carburant précieux quand on développe seul dans son coin. J’ai hâte de voir ce que les joueurs vont inventer comme bêtises que je n’avais même pas anticipées. Si vous aimez expérimenter, explorer librement et faire les choses à votre façon, Goeland : Seagull Adventure pourrait assurément vous plaire.

Nous remercions chaleureusement Bryan Martinet pour ses réponses passionnées concernant son projet qui a fait sensation lors de son passage à l’AG French Direct. Vous pouvez retrouver Goeland: Seagull Adventure sur sa page Steam dédiée ainsi que toutes les informations complémentaires sur son nouveau trailer exclusif, avant sa sortie prévue prochainement sur PC via Steam.