Paramount augmente son offre pour le rachat de Warner Bros Discovery, Netflix se retire, les jeux sont (presque) faits
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Rédigé par Jordan
On s’attendait à ce que le feuilleton du rachat de Warner Bros nous réserve encore quelques (mauvaises) surprises, et l’une d’entre elles est arrivée cette nuit. Alors que Netflix était largement en tête dans la course à l’acquisition du géant du cinéma face à un Paramount qui enchaînait les refus, c’est finalement ce dernier qui obtient le dernier mot.
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Si vous n’avez pas suivi les récents événements de l’affaire Warner Bros. Discovery, résumons cela de la manière la plus succinte et la plus limpide possible. L’entreprise de David Zaslav est en difficulté depuis la fusion Warner Bros et Discovery, et cherchait un potentiel repreneur. Si Universal s’est intéressé au cas de Warner Bros durant un temps, les seules vraies entreprises sur le dossier étaient Paramount/Skydance et Netflix.
C’est Paramount qui s’est d’abord montré le plus agressif en manifestant sa volonté de racheter le groupe dans son entièreté, tandis que Netflix ne voulait mettre la main que sur Warner Bros (tout le pan divertissement), et pas sur Discovery (une grande partie du pan audiovisuel). Ainsi, même si Netflix proposait une somme globale inférieure à Paramount (83 milliards de dollars contre 108 milliards), c’est bien le géant du streaming qui avait les faveurs du conseil d’administration de Warner Bros. Discovery, avec une offre jugée supérieure et surtout moins dangereuse auprès des régulateurs.
L’entreprise menée par le fils-à-papa David Ellison n’a pas du tout apprécié que Netflix soit favorisé ici et a multiplié les contre-offres jusqu’à mener une OPA hostile, là encore rejetée par David Zaslav et son conseil. Tout laissait à penser que le deal était plié, avec un Netflix qui avait même pris les devants en envoyant un mail à ses abonnés pour officialiser le rachat, étant donné qu’un accord avait été trouvé. Jusqu’à hier soir.
Netflix perd… mais pas tellement

Le coup de théâtre est arrivé en deux temps. Tout d’abord, Warner Bros. Discovery a annoncé que Paramount venait d’augmenter son offre en la faisant passer à 31 dollars la part (un total d’environ 111 milliards), ce qui était le palier nécessaire pour dépasser l’offre de Netflix. À ce stade, il devenait difficile pour Warner Bros de faire la sourde oreille sans se fâcher avec ses actionnaires.
L’entreprise a donc rendu l’offre publique, en laissant 4 jours à Netflix (ou quelqu’un d’autre) pour surenchérir. Et ici, le suspense n’a pas duré bien longtemps, puisque Netflix a complètement abandonné la course, estimant qu’une offre supérieure à celle de Paramount ne valait pas le coup :
« Nous sommes convaincus que nous aurions su gérer avec brio les marques emblématiques de Warner Bros. Mais cette acquisition a toujours été un atout, uniquement au juste prix, et non une nécessité absolue. »
Netflix laisse donc ainsi le champ libre à Paramount pour finaliser le rachat de Warner Bros. Discovery. Il ne repart pas sans rien non plus, puisque l’accord formulé avec Warner Bros. Discovery lui permettra de toucher plus de 2,8 milliards de dollars, à cause d’une clause de rupture que Paramount s’était lui-même engagé à payer s’il devenait l’ultime acquéreur. Une autre clause de rupture de 7 milliards entre maintenant en jeu si la fusion entre Paramount et Warner Bros. Discovery ne voit pas le jour.
Autre fait notable, Ted Sarandos (PDG de Netflix) s’est rendu à Washington auprès de l’administration Trump hier, avant l’annonce du retrait de Netflix. Selon Variety, il est possible que cette visite soit celle qui a tout déterminé, Sarandos essayant de voir s’il lui était encore possible de racheter Warner Bros sans se mettre à dos les régulateurs. Mais comme une grande partie de l’administration est très proche de Donald Trump, lui-même très proche de Larry Ellison, père de David Ellison, l’affaire était déjà pliée.
Quelles sont les prochaines étapes ?

Maintenant, Warner Bros. Discovery devrait appartenir à Paramount/Skydance si le rachat vient à se finaliser. Il reste encore quelques étapes à franchir pour que cela arrive, puisqu’il faudra tout d’abord un vote des actionnaires de Warner Bros. Discovery qui aura lieu fin mars, qui devrait être largement favorable au rachat même auprès des anti-Ellison du groupe (parce que, l’argent).
Plus contraignant, c’est le passage devant les différents organismes de régulation du marché qui sera déterminant pour cette acquisition. La FTC (que vous connaissez sans doute si vous avez suivi le rachat Xbox/Activision) est déjà sur le coup, tandis que le département de la Justice californienne a clairement précisé cette nuit que le rachat n’était pas encore acté. David Ellison a beau avoir Trump dans sa poche, et avoir promis que l’acquisition serait vite approuvée en conséquence, la bataille juridique promet tout de même quelques frictions.
Ne serait-ce que parce que le financement de ce rachat pose problème. La grande partie ne provient évidemment pas du trésor de guerre assez maigre de Paramount/Skydance, ce dernier pesant bien moins lourd qu’un Warner Bros. Discovery à la Bourse (environ 12 milliards de dollars), et ayant actuellement des problèmes financiers depuis la fusion entre Paramount et Skydance (sans compter une faible année 2025 au box-office). Des milliers de licenciements ont déjà eu lieu à cause de cette première fusion, et ça ne remonte qu’à quelques mois. Autant dire que la crainte de voir des milliers de personnes supplémentaires se retrouver sans emploi est plus que grande aujourd’hui si cette transaction se confirme.
Alors avec quoi Paramount/Skydance peut financer ce rachat ? Eh bien d’abord par les sous de papa, puisque l’entreprise de Larry Ellison, Oracle, va financer le tout à hauteur de 45,7 milliards de dollars. Puis viendra un prêt à la banque, et enfin des fonds en provenance du Qatar, des Emirats Arabes Unis et de l’Arabie Saoudite, qui sont des soutiens financiers des Ellison. Chose vue d’un mauvais œil par les régulateurs et une grande partie du camp démocrate aux États-Unis, tant ceci est un exemple parfait de soft power (et ça, les Américains savent de quoi ils parlent).
Les risques à prévoir

Allons un peu plus loin dans le futur et dans l’hypothèse où le rachat venait à se concrétiser. Si c’est le cas, Paramount/Discovery possèderait une grande partie de Hollywood. Pour les salles de cinéma, ce n’est évidemment pas l’idéal même si une partie de l’industrie redoutait encore plus Netflix et sa stratégie de streaming, qui aurait pu porter un sacré coup à la distribution.
Pour le cinéma en général, la consolidation reste un problème majeur, surtout dans ce cas-là. Nombreux sont les grands noms du milieu à avoir prévenu du danger d’une telle fusion pour les films à venir, étant donné que Paramount/Skydance sera de facto très endetté et aura la capacité de produire moins de projets que si les deux entités étaient restées séparées. Et il faut dire que les premières commandes de David Ellison à la tête de Paramount n’ont pas de quoi faire rêver : un film Call of Duty (qui sent bon l’américanisme à plein nez) et un Rush Hour 4, commandé par Donald Trump en personne avec Brett Ratner à la réalisation, malgré les accusations d’agressions sexuelles qu’il se traîne (il est également le réalisateur du dernier film sur Melania Trump).
Pour le climat politique américain, déjà trop tendu, ce rachat est également source de nombreuses inquiétudes. En mettant la main sur Warner Bros. Discovery, David Ellison obtient un véritable empire médiatique, dont des chaînes d’information, dont CNN, que Donald Trump déteste. Le monopole n’est plus très loin, et on devine facilement ce qu’il peut se passer ici, puisque Paramount/Skydance n’a par exemple pas hésité à ne pas renouveler le talk-show de Stephen Colbert tout récemment sur sa chaine CBS, qui était lui aussi une épine dans le pied du président. Bref, vous comprenez sans doute à qui profite le plus toute cette affaire.
La tourmente s’intensifie pour Warner Bros. Games

Et le jeu vidéo dans tout cela ? Car oui, vous êtes sans doute là pour cela. Ici, c’est un peu plus flou dans la mesure où Warner Bros. Games n’était qu’un grain de sable dans toutes les négociations. Le principal intérêt d’une acquisition de Warner Bros. Discovery est de posséder un grand studio de cinéma ainsi qu’un empire télévisuel (HBO, CNN…). Dans tout cela, la section jeu vidéo n’intéresse que très peu, la faute à plusieurs échecs successifs (Suicide Squad: Kill the Justice League, MultiVersus), et ce malgré un Hogwarts Legacy qui a bien renfloué les caisses.
Paramount/Skydance n’est pas une entreprise qui porte un grand intérêt à l’industrie du jeu vidéo, à quelques exceptions près. Vous avez peut-être en tête Marvel 1943: Rise of Hydra, qui est aux mains de Skydance New Media, un studio fondé par Amy Hennig (Uncharted). Un jeu qui est malheureusement aux abonnés absents depuis un moment maintenant, et qui a été repoussé à une période encore indéterminée. Ce studio doit aussi livrer un jeu Star Wars, ce qui semble presque compromis aujourd’hui s’il n’arrive pas à venir à bout de son premier projet.
En dehors de cela, l’activité de Paramount/Skydance dans le milieu du jeu vidéo est pour le moins inexistante. On compte bien quelques prêts de licences ici et là, mais la connaissance de l’industrie n’est pas forcément là, et à l’heure où ce nouveau devra faire des économies (donc virer des gens), Warner Bros. Games est dans le collimateur.
Hier encore, JB Perrette, qui est à la tête de la section jeux vidéo chez Warner Bros, promettait que la réorganisation du groupe porterait ses fruits dès l’année prochaine jusqu’en 2028, laissant ainsi planer l’idée que des jeux importants s’apprêtent à sortir. On pense évidemment à Hogwarts Legacy 2, à un autre jeu de NetherRealm (Mortal Kombat), et pourquoi pas au prochain jeu Batman de Rocksteady. Des projets qui pourraient être ceux de la dernière chance pour la cible facile qu’est en train de devenir Warner Bros. Games.
Crédits photo David Ellison : Kyle Grillot/Bloomberg
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