John Wick – Les codes du jeu vidéo au service de l’action
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Rédigé par Neomantis Dee
La porosité entre cinéma et jeu vidéo se fait de plus en plus flagrante à mesure que le medium vidéoludique évolue, au rythme des technologies qui le constituent. Nous avons l’habitude, à juste titre, de mentionner les affiliations avec le cinéma quand il y en a. Côté cinéma, on ne peut nier une recrudescence du nombre d’adaptations de licences de jeu vidéo sur le grand comme le petit écran, pourtant, on ne mentionne que trop rarement les œuvres n’étant pas nécessairement des adaptations, mais se réclamant de codes et motifs vidéoludiques. Afin de proposer un peu de diversité de contenu sur le site, nous allons parler de la franchise John Wick, particulièrement le quatrième opus à qui l’on doit ce papier. La raison ? Les liens entretenus avec le jeu vidéo, explicites ou non, ce que nous ne manquerons pas d’illustrer en abordant plusieurs séquences, mais qui nous ont sauté aux yeux. Un regard subjectif sur l’œuvre, tout en parlant jeu vidéo, en attendant la sortie du jeu éponyme fraîchement annoncé et qui, finalement, donne du crédit aux propos qui suivent.
Notes : Précisons qu’initialement ce papier fut rédigé bien avant l’officialisation d’un projet AAA autour de John Wick. Aujourd’hui, les choses ont changé et l’affiliation entre cinéma et jeu vidéo ne fait plus aucun doute.
Sommaire
TogglePetits Meurtres entre Ennemis
Si vous l’ignoriez, John Wick c’est actuellement une prolifique franchise cinématographique débutée en 2014 et mettant en scène, dans le rôle éponyme, Keanu Reeves. L’acteur s’offrant là un très beau retour sur le devant de la scène après avoir marqué plusieurs générations dans le rôle de Neo. Les quatre films pour le moment sortis – il existe également un spin-off, Ballerina (2025), ainsi qu’une série, The Continental (2023) – se revendiquent ouvertement comme des films d’action et d’arts martiaux, voire de gun fu pour reprendre le terme couramment désigné depuis le début des années 90. Des films décomplexés dirigés par une équipe suffisamment confiante dans sa proposition pour l’embrasser sans fioritures ni digressions narratives. Seront tolérées quelques scènes calmes, pour souffler déjà, mais aussi dans le but de s’étendre sur le lore de la franchise.
Un constat évident se fait au visionnage du Chapitre 4 qui se veut davantage bavard – c’est aussi l’opus le plus long –, film après film l’univers de John Wick ne cesse de s’épaissir. Un univers avec ses propres règles se dessine et plus que jamais dans cet épisode le code de l’honneur est primordial. Mais ralentissons la cadence pour s’attarder sur quelques noms importants. Il faut savoir que derrière la caméra, nous retrouvons Chad Stahelski, anciennement cascadeur ayant notamment doublé Brandon Lee dans l’adaptation The Crow (1994) suite à la mort de ce dernier. Stahelski est épaulé sur le premier film par son comparse David Leitch, cascadeur et chorégraphe aperçu dans les crédits de Matrix Realoaded et Revolution, avant de continuer seul.
Si nous ne sommes pas explicitement dans une simulation provenant de Matrix, et au sein de laquelle Neo s’entraînerait sous les traits de John Wick, il va sans dire que les deux œuvres partagent des influences. En plus des noms au générique, on notera l’importance du cinéma d’action asiatique des années 80 et 90, notamment. Rapidement devenue populaire, elle-même instigatrice d’une mode, la franchise va se décomplexer toujours plus jusqu’à atteindre l’absurde. Nous en voulons pour preuve John Wick Chapitre 4 et le retour d’un Wick pourtant tombé d’une dizaine d’étages à la fin de l’opus précédent. Un retour tout de suite plus difficile à croire, même si dès le premier film il était dépeint comme une sorte d’entité inhumaine.
Et puis, le déclic, survenu en découvrant l’intéressante séquence dans l’appartement filmée en vue isométrique et faisant fortement penser à Hotline Miami. Il s’agit, en réalité, d’une reprise du jeu The Hong Kong Massacre que cite ouvertement le réalisateur en interview. Il n’en fallait pas plus pour que notre cerveau commence à tisser des liens vidéoludiques dans d’autres moments de la franchise comme du quatrième film. C’était évident que la licence puisait dans le médium vidéoludique. Donc, plutôt que de parler des films John Wick en s’attardant sur les influences cinématographiques qui les irriguent, rappelons seulement qu’il s’agit surtout d’œuvres mises en scène par des fans d’arts martiaux et de cascades.
Keanu Wick

Le but initial des équipes créatives était de construire les films autour de moments marquants, de moments capables d’exploiter ingénieusement les talents martiaux des acteurs et actrices, ainsi que la scénographie. Dans la veine des films des années 80 et 90 dans lesquels se retrouvaient Jackie Chan, Sammo Hung, Michelle Yeoh et d’autres, Hong Kong étant à l’époque la référence mondiale dans le cinéma d’action grâce aux talentueux chorégraphes, artistes martiaux et cascadeurs, cascadeuses qui peuplaient l’industrie. Dans ce type d’œuvre, le scénario sert surtout de prétexte et de mise en contexte pour impliquer un minimum les spectateurs, spectatrices.
La franchise John Wick suit clairement ce fonctionnement, se posant alors comme un sympathique hommage à tout un pan du cinéma d’action, pas seulement hongkongais d’ailleurs. Et si l’on pense jeu vidéo en regardant John Wick, ce n’est pas si nouveau. En réalité, beaucoup de films d’arts martiaux peuvent rappeler un bta. En effet, le genre vidéoludique, y compris le jeu de combat par la suite, s’est construit grâce à ces films. Des films où l’on mise d’abord sur l’action, comme un jeu de baston privilégierait le gameplay, au détriment de véritables intentions narratives. Le film Enter The Dragon (1973) de Robert Clouse, avec Bruce Lee, inspira littéralement les premiers beat’em all à défilement horizontal, et des jeux de combat.
A l’instar de ces derniers, un John Wick se construit en reprenant les principaux piliers de leur game design. À savoir la direction artistique, la scénographie des arènes de combat et, bien entendu, le gameplay. Ce qui va se traduire, au cinéma, par les séquences d’actions et les chorégraphies. Ainsi, outre le costard par balle qui, habilement, vient nous justifier les rafales de tirs subis par notre héros tout en rappelant une barre de vie de jeu vidéo, il y a les rechargements que la franchise n’hésite pas à insérer plus que de coutume au sein de l’action. Cela peut renvoyer à ces parties de jeux où l’on a rarement des chargeurs illimités.
Pensez à l’approche typique d’un beat’em all linéaire, dans lequel on marche/court et se refait une santé entre deux niveaux, entre deux arènes de combat. D’un opus à l’autre, Wick ne cesse de vagabonder aux quatre coins du monde tel Ryu Hayabusa, apportant le chaos dans des décors divers et variés, en termes d’ambiance visuelle principalement, mais sonore aussi – la musique jouant un rôle important en donnant le ton des rixes, comme un game designer va donner le ton d’un affrontement dans un jeu. Certains boss viennent même ponctuer l’aventure de John, chacun s’affrontant dans une situation différente. Le plus souvent ce sont des acteurs martiaux reconnus, de Mark Dacascos à Donnie Yen, en passant par Hiroyuki Sanada et Scott Adkins, entre autres. Des figures de boss à défaire, en somme.
Impasse Mexicaine

Comme mentionné plus haut, la séquence présente dans John Wick Chapitre 4, en pseudo vue isométrique, est clairement référencée. Cependant, on peut s’amuser à voir d’autres situations lorgnant vers le jeu vidéo, si l’on peut dire. Les moments dédiés au changement des armes, dans la zone sécurisée de John Wick 2 par exemple, font immédiatement penser à un hub de repli entre deux vagues ennemies. D’autant plus que Wick et son acolyte de l’instant devront faire face à des vagues successives et de plus en plus redoutables, les obligeant à prioriser un autre arsenal et à revoir leur stratégie. Dans l’opus Parabellum, la présence de Halle Berry accompagnée de son acolyte canin renouvelle les situations fortement dépendantes du style de combat de Keanu Reeves.
L’actrice apparaît un peu comme le précieux PNJ venu nous seconder lors d’une épreuve corsée, tandis que dans le chapitre 4, la longue séquence dans les marches du Sacré Cœurs fait écho à la coopération d’un jeu arcade dans la veine d’un Streets of Rage. Dans cette situation, l’arène n’est autre que les nombreuses marches. Avant-dernier niveau, avant-dernière arène avant la confrontation finale, Wick doit gravir le sommet dans le temps imparti en éliminant les ennemis sur son chemin. Cependant, échouer reconduit tout en bas… ce que notre héros apprendra à ses dépens. Échouer le contraint à recommencer le niveau, pendant que le chrono défile toujours. Un décompte funeste, sans note à la fin du niveau réussi.
Lors de cette séquence éprouvante physiquement pour l’acteur, c’est au moment du second essai qu’intervient le personnage interprété par Donnie Yen. En surgissant de nulle part pour prêter main forte à Wick, et ainsi lui permettre d’atteindre le sommet des marches du Sacré Cœur, on peut y voir l’irruption d’un ami dans notre partie. Une irruption subite suite à la pression de la simple touche start. Et voila que la séquence se déroule en coopération. On notera d’ailleurs que la musique jouée n’est autre qu’un morceau du groupe français Justice, venant habiller l’arène avec la même cohérence que le ferait un jeu de combat ou un beat’em all. Pour rester en France, et donc dans John Wick Chapitre 4 qui y place une grande partie de son intrigue, la séquence over the top autour de l’Arc de Triomphe n’est pas inintéressante non plus dans son aspect vidéoludique.
Lors de cette séquence soutenue par l’agressive musique de Gesaffelstein, John Wick se bat contre ses adversaires entre les voitures défilant à vive allure. En prenant le prisme vidéoludique, on pense à des niveaux de jeux dans lesquels il nous est demandé d’affronter des ennemis dans une arène parsemée de pièges et/ou d’obstacles environnementaux susceptibles d’être utilisés comme armes. Un semblant de combo aérien peut également être aperçu, quand Wick tire sur le corps d’un homme projeté en l’air après avoir percuté une voiture et rebondi dessus. Des exemples parmi d’autres, mais qui ne paraissent finalement pas si déconnants en se replongeant dans les films avec ces considérations à l’esprit. Par ailleurs, suite à l’annonce de Spine se revendiquant du gun fu, la pertinence d’un jeu d’action John Wick, en temps réel, se confirmait (nous omettons volontairement John Wick Hex qui ne reflétait pas les attentes). Puis vint le State of Play du 12 février 2026 et tout est aligné.
John Wick semble donc s’inspirer autant du cinéma que du jeu vidéo, précisément d’un beat’em all centré autour du gun fu. Une franchise qui jouit d’une grande popularité depuis une décennie maintenant, et qui continue d’influencer malgré elle le cinéma, le jeu vidéo aussi. Aura-t-on une œuvre aussi prenante que les films ? Peut-on s’attendre à ce mix fou entre Stranglehold, Max Payne et Sifu ? Il faudra encore patienter pour le savoir. Une chose est sûre cela dit, Sifu a ouvert une voie, la franchise Wick au cinéma a relancé l’attrait pour le gun fu (Spine, Acts of Blood) et le beat’em all, au même titre que les arts martiaux, trouve un nouveau souffle dans un paysage vidéoludique saturé de jeux de tirs et à armes blanches, entre autres. Le chemin est tout tracé pour le AAA John Wick, de quoi légitimer les quelques folies que se permet la franchise, loin du sacro-saint réalisme (trop) cher au cinéma occidental.