Clair Obscur: Expedition 33 : L’équipe de Sandfall Interactive vient d’être décorée de l’Ordre des Arts et des Lettres
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Rédigé par Fauchinou
2025 fut l’année de Clair Obscur: Expedition 33, sans aucun débat possible, à l’image des résultats des AG Awards de la communauté. Le succès du RPG français a été tel que des récompenses ont été acquises dans tous les sens, notamment aux Game Awards, tout en restant grand favori aux futurs DICE Awards, BAFTA, et bien évidemment Pégases. Mais une distinction toute particulière vient s’ajouter au palmarès de l’équipe montpelliéraine, et celle-ci nous vient directement de l’État.
Un autre degré de récompense
Si on leur avait dit cela il y a à peine neuf mois, ils ne l’auraient pas cru et on ne peut que le comprendre. L’équipe de Sandfall Interactive s’est vue remettre une distinction prestigieuse pour chaque membre, faisant désormais d’eux des Chevaliers de l’Ordre des Arts et des Lettres. Des médailles remises par la Ministre de la Culture, Rachida Dati.
Si on garde les mots de la ministre bien au chaud pour la suite de l’article, nous avons bien entendu eu une réaction de Guillaume Broche, heureux et désireux qu’un tel succès puisse donner confiance à toute la scène créative française et internationale :
J’espère que notre trajectoire donnera de l’espoir aux milliers de game designers, artistes, programmeurs et musiciens qui souhaitent se lancer, mais hésitent parce qu’on leur dit que leur projet est hors norme ou ne correspond pas aux standards du marché. Et tous ceux qui viendront après, je l’espère, pourront à leur tour ouvrir de nouveaux horizons.
Le succès de Clair Obscur: Expedition 33 aura donc eu son écho jusqu’au sommet de l’État, objective consécration pour un studio encore méconnu il y a un an. Mais malgré la louable opportunité d’en profiter pour faire passer un message motivant pour l’ensemble des créateurs et créatrices, il ne faut pas mettre de côté le biais du survivant.
Un biais caché derrière le constat que la meilleure volonté ne peut lutter face aux conditions d’un marché impitoyable, aux circonstances défavorables et aux absences de financement faute d’intérêt d’un éditeur. A fortiori lorsqu’en l’espace de 24 heures, le média que l’on récompense se voit sali par celui capable d’œuvrer pour renforcer sa considération et pourtant jadis très prompt à féliciter l’initiative d’un ZEvent ou à recevoir des représentants d’eSport.
Une bien étrange façon de traiter le jeu vidéo
Les félicitations méritées mises à part, difficile en effet de ne pas avoir un goût très désagréable en bouche. Tandis que la France déplore la tragique agression subie par une professeure d’arts plastiques à Sanary-sur-Mer, l’éprouvant débat autour du fait que le jeu vidéo rende violent a poussé Emmanuel Macron à demander une nouvelle étude à ce sujet.
Une démarche appuyée par certaines parties de sa déclaration auprès de Brut, dont celle-ci :
Quand vous passez 5 ou 6 heures par jour à tuer des gens, à être dans cette logique là de prédation, bah c’est clair qu’à un moment donné ça ça conditionne des jeunes
Un poncif largement combattu et nuancé par un consensus scientifique nourri de nombreuses études, responsabilisant directement le média plutôt que, ente autres, l’éducation ou l’encadrement autour de la consommation de jeu vidéo chez les jeunes.
Une défiance vis-à-vis d’une industrie qui ne cesse pourtant d’accueillir de nouveaux joueurs et de nouvelles joueuses, et qui cause le plus beau des sourires jaunes devant le discours de la ministre Rachida Dati, à l’occasion de la décoration de Sandfall, soulignant que le jeu vidéo a « trouvé sa place, naturellement, dans nos vies culturelles » et affirme au nom de la République que « le jeu vidéo est une industrie essentielle et un art majeur, qui ont toute leur place au cœur de notre politique culturelle. »
Une performance acrobatique menée en duo qui n’aura pas échappé à Nicolas Vignolles, délégué général du SELL (le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs), dont la réaction livrée à France Info vaut mille mots :
On ne peut pas se féliciter des succès du jeu vidéo français le matin, décorer et célébrer le secteur le midi, dénigrer et insulter la première industrie créative et culturelle de ce pays le soir.
Alors restons sur la bonne nouvelle du jour, récompensant un très grand jeu vidéo ayant rassemblé énormément de monde, et espérons, qu’un jour, le média cesse d’être injustement déconsidéré lorsque cela le vaut bien.
