Pourquoi on aimerait voir un reboot de Advance Wars ?

Advance Wars

Alors oui, on vous voit venir à des kilomètres : une compilation remasterisée des deux premiers épisodes de Advance Wars est bel et bien en préparation. C’est une réalité plutôt enthousiasmante, qui fut annoncée à l’occasion de la conférence de Nintendo à l’E3 en juin dernier, alors que tout le monde pensait la licence complètement morte. Mais, sans mauvaise foi aucune, ce n’est pas vraiment le retour tant attendu par les fans. Parce que ce qu’on nous propose grossièrement, c’est une refonte en 3D des deux premiers volets, les favoris des amoureux de la licence, dont le style visuel n’a pas convaincu grand monde lors de sa présentation.

Ainsi, bien que cela puisse sentir bon quant à l’avenir de Advance Wars, c’est peut-être aussi un moyen pas très honnête de rappeler aux fans que la licence existe toujours, et de vendre un produit franchement peu coûteux à développer pour 50 euros pièce… Vous voyez où je veux en venir ? Bref, dans cette chronique nous allons faire comme si Nintendo n’avait rien annoncé du tout, puisque dans les faits la série ne s’est véritablement offert aucun nouvel épisode depuis Dark Conflict en 2008… soit un sacré paquet de temps ! Et les fans de la première heure seront certainement d’accord sur le sujet : on aimerait voir un reboot de Advance Wars.

Un passé dont vous ne savez peut-être rien

Advance Wars - Super Famicom Wars

Pour les petits européens que nous sommes, la série a débuté en janvier 2002 sur une Game Boy Advance toute fraîche. Mais il existe en réalité une toute autre histoire qui se cache sous celle que l’on connaît. En effet, Advance Wars ne s’appelait pas, à l’origine, Advance Wars. Si la série a pris ce nom, c’est bien évidemment pour coller avec celui de son support. Mais alors, me direz vous, où et quand a-t-elle commencé ? Eh bien pour le savoir, il faut remonter dans le temps jusqu’à une console mythique : la Famicom, renommée la Nintendo NES par chez nous.

Parce que c’est bien en 1988 que Famicom Wars débarque au pays du soleil levant, sur une Famicom qui a déjà pris de la bouteille. Dans l’absolu, ce premier épisode pose les bases immuables de ce que deviendra la série telle qu’on la connaît. Il s’agit donc de stratégie militaire au tour par tour, enrobée par un direction artistique colorée et des designs presque parodiques de tanks et autres engins de mort. D’ailleurs, l’aspect visuel du titre, en particulier de ses maps, rappelle beaucoup celui du tout premier Fire Emblem. Ce qui est loin d’être une coïncidence, puisque les deux jeux sont développés par les petits gars de Intelligent Systems.

Entre ce premier volet et celui que l’on connaît sur GBA, ce ne sont pas moins de cinq épisodes différents qui débarquent, exclusivement au Japon. Il faut dire que Famicom Wars est bien reçu par la critique de l’époque et se vend plutôt bien, de ce que l’on en sait. Ainsi, quatre opus verront le jour sur Game Boy première du nom, et un de plus sur Super Famicom, que l’on connaît chez nous comme étant la Super Nintendo. C’est avec ce dernier que Intelligent Systems va commencer à définir ce que deviendra la série par la suite, du moins au niveau des designs de ses unités, et de la façon de bâtir des cartes, jusque là d’une austérité évidente.

On est alors sur une esthétique plus proche de ce que l’on imagine d’un jeu estampillé Nintendo, à savoir quelque chose de très mignon, des personnages qui ne meurent pas mais qui disparaissent de l’écran… bref une recette tout public d’un jeu de stratégie guerrière. Et si l’on pouvait en dire de même du tout premier épisode sur Famicom, force est de constater que Super Famicom Wars pousse le vice du tout public à son paroxysme. Jusqu’à des généraux militaires aux designs volontairement caricaturaux, histoire que l’on sache au premier coup d’œil qui sont les méchants, et qui sont les gentils.

Advance Wars, la consécration

Advance Wars

Bien sûr, le marché de l’import de jeu vidéo étant très peu développé à l’époque, notamment parce que les consoles de salon étaient zonées, l’Europe et l’Amérique du Nord n’auront pas vent des opus parus avant la Game Boy Advance. Il faudra donc attendre septembre 2001 pour voir débarquer Advance Wars premier du nom de l’autre coté de l’Atlantique, et janvier 2002 pour pouvoir y toucher sur le vieux continent. Quoi qu’il en soit, cette première incursion sur le marché occidental reçoit un accueil critique dithyrambique, et se vend comme des petits pains. La suite, vous la connaissez, Advance Wars est devenu un véritable classique de la GBA.

Il faut dire que Intelligent Systems a eu le temps de parfaire sa recette déjà bien huilée depuis Famicom Wars. On se retrouve ainsi avec une version de son jeu de stratégie au tour par tour qui fonctionne du feu de dieu, avec des graphismes encore un peu plus orienté cartoon, et des maps qui se départissent de leur quadrillage. Un détail qui change tout de même beaucoup l’aspect visuel des affrontements, plus jolis et colorés que jamais, des termes qui pourraient tout autant servir à qualifier le design des nombreuses unités militaires.

La petite particularité, c’est que passer d’une armée à l’autre (pour un total de cinq) ne change pas seulement la couleur des unités. En effet, chaque faction possède ses propres designs, dont la différence semble assez flagrante de l’une à l’autre. Mais notez aussi la présence de généraux militaires, embarquant chacun des spécificités singulières. Comme Grit et la portée décuplée de ses unités de tir à distance, qui seront à contrario plus vulnérables aux attaques ennemies. À ceci s’ajoute un pouvoir spécial, là encore différent selon le général choisi, qui fonctionne avec une jauge se remplissant à mesure que l’ennemi tue nos soldats, ou détruit nos véhicules.

Avec au compteur trois modes de jeu solo (Entraînement, Q.G. et Campagne), une difficulté cachée, un multijoueur, une fonctionnalité de création de maps, un magasin excessivement bien rempli, un système de classement évolutif… On peut dire que Advance Wars premier du nom dispose d’un contenu tout simplement gargantuesque pour la taille minuscule de sa cartouche. Notez que le mode Campagne propose un scénario agréable, mais pas transcendant, mettant l’accent sur le caractère des différents généraux, mais aussi que sa difficulté expert offre un challenge sacrément relevé !

Quant à la recette précise de ce premier volet, elle n’est pas compliquée à comprendre. Nous sommes sur de la stratégie où les factions jouent chacune à leur tour. Pour gagner, il faut réduire l’armée adverse à néant ou bien capturer son quartier général. Là où cela se complique un brin, c’est qu’il faut aussi gérer des revenus, générés par les propriétés qu’il est possible de capturer, grâce auxquels il est possible d’acheter des unités. Ainsi, l’aspect stratégique du titre passe autant dans le positionnement de nos troupes que dans les décisions financières, qui ont un impact direct sur nos chances de gagner.

Un petit point sur le multijoueur de ce volet, qui fera office de modèle pour les suivants. Il est question de câble link à connecter entre deux consoles Game Boy Advance pour échanger des maps de notre cru, et évidemment pour s’affronter. Cela fonctionne, il est vrai, mais il est nécessaire d’avoir deux GBA sous la main, et deux cartouches de Advance Wars. Or, une autre solution permet, quant à elle, de jouer jusqu’à quatre sur la même console. Une possibilité très appréciable, véritable argument de vente à l’époque, plus simple encore à mettre en place qu’en utilisant un câble, et ne requérant que de se passer la GBA de main en main. Un souvenir qui fleure bon les joutes dans la cour de récrée.

Une suite glorieuse ?

Advance Wars : Dual Strike

Avec le succès monstrueux que connaît Advance Wars sur le marché occidental, et fort d’une implantation de près de quinze ans au Japon, Intelligent Systems ne met pas de temps à préparer la suite. Celle-ci voit le jour en 2003, toujours sur Game Boy Advance, sous le nom Advance Wars 2 : Black Hole Rising. Et puisqu’on ne change pas une équipe qui gagne, la recette est point pour point la même. Ce second volet (qui est en fait le huitième si vous suivez bien) apporte seulement des nouveautés, et ne se montre d’ailleurs pas avare à ce niveau. Nouveaux généraux, nouvelles unités, nouvelles cartes à débloquer, un mode campagne moins austère, un système de Super-Pouvoir… le tout pour un contenu une nouvelle fois immense, et un mode multijoueur toujours aussi sympa.

Nintendo décide alors qu’il est temps de capitaliser de manière plus agressive sur la licence, et édite Battalion Wars sur Gamecube en 2005. Un titre développé par Kuju Entertainment qui n’a plus grand chose à voir avec Advance Wars, si ce n’est son esthétique. Il s’agit ce coup-ci d’un jeu d’action en vue à la troisième personne, avec quelques composantes tactiques à la Brother in Arms. Loin d’être mauvais, le titre marquera beaucoup moins les esprits, et laissera une trace bien plus éphémère dans le paysage vidéoludique. Une suite débarque toutefois sur Wii en 2007.

2005, c’est aussi l’année de sortie de Advance Wars : Dual Strike qui, comme son nom l’indique subrepticement, débarque sur Nintendo DS. Au programme, une refonte visuelle plutôt sympathique en 3D, bien sûr, mais aussi des nouveautés, là encore. Avec des généraux inédits, deux nouveaux modes de jeu, du multijoueur jusqu’à quatre en connexion locale et un système de Super-Pouvoir combiné. Il est par ailleurs toujours possible de jouer jusqu’à quatre sur la même console. On retiendra enfin l’utilisation plutôt intelligente des deux écrans de la DS.

Pour finir, en 2008 débarque Advance Wars : Dark Conflict. Un opus qui délaisse Andy, Sami et toute la clique des trois précédents volets, au profit de nouveaux personnages moins extravagants. Mais surtout, il se sépare de ses couleurs à profusion pour s’ancrer dans un monde post-apocalyptique, dans lequel les derniers survivants se déchirent pour le partage des ressources. Un Advance Wars qui aurait rencontré Mad Max, en somme, avec un fonctionnement un brin différent des précédents. Les généraux ont un pouvoir bien moins important dans la stratégie des combats, et il est possible de les envoyer sur le terrain pour qu’ils exercent leur influence directement sur les unités.

Beaucoup moins apprécié, ce volet sonne la fin de Advance Wars tel qu’on le connaît. On peut par ailleurs imaginer que ses ventes, probablement moindres par rapport à l’exceptionnel Dual Strike, ont participé à l’arrêt de la série. Ce qui est plutôt dommage, puisqu’il n’était pas mauvais du tout, offrant même un certain challenge bienvenu. Une bonne partie des fans n’a simplement pas supporté de constater ce changement drastique de direction artistique, et cela se comprend. D’autant que nous avons eu trois épisodes pour nous attacher aux charismatiques généraux imaginés par Intelligent Systems…

Quel avenir pour la série ?

Advance Wars : Re-Boot Camp

Une bonne part de l’intention de cette chronique porte sur l’expression d’un mécontentement vis à vis de la politique de Nintendo sur la licence. Aucun nouvel épisode depuis 2008, alors qu’on nous avait habitué à un bon rythme de parution. De quoi pousser des développeurs indépendants à prendre les armes, en réalisant leur vision de cette recette qui fonctionne parfaitement bien. C’est ainsi que nous avions droit au décevant Tiny Metal, ou encore à l’excellent Wargroove. Maintenant, se rendant compte qu’il y a tout de même une demande, et souhaitant tâter le terrain à moindre coût, Big N a fait développer une version remasterisée des opus de la GBA. Une compilation dont on se demande encore à qui elle s’adresse, avec son style visuel moyen, et du haut de sa cinquantaine d’euros…

Ce qu’on espère, maintenant, c’est que les prochaines années voient débarquer un véritable nouvel épisode de la licence. Un opus qui aurait alors le choix entre revenir sur le passé, reprendre les bases établies et les personnages charismatiques que l’on connaît, ou faire table rase. Il nous semble beaucoup plus pertinent d’opter pour la première option, tout en continuant dans la lancée des épisodes avant Dark Conflict : ajouter des généraux, diversifier l’histoire et le contenu, apporter une amélioration graphique significative. Et surtout éviter de vouloir assombrir cet univers coloré. Mais écarter l’héritage du second opus de la DS ne nous semble pas être une bonne chose non plus. Parce que celui-ci apportait quelques idées assez fraîches à la recette, notamment la présence du général sur le champ de bataille. Un système qu’on retrouve d’ailleurs chez Wargroove.

Ce que l’on aimerait, c’est donc un retour des anciens personnages, auxquels se sont forcément attachés les fans de la première heure, et l’ajout de nouveaux, tout aussi charismatiques. C’est le retour de cette formule mêlant stratégie au tour par tour et profusion de couleurs, scénario guerrier mais dialogues rigolos, challenge modulable et contenu conséquent. En somme, un nouvel Advance Wars, comme si Intelligent Systems n’avait pas arrêté d’en produire à la fin de l’ère Nintendo DS, au profit de sa licence désormais phare Fire Emblem. Enfin peut-être faudrait-il réfléchir à un style visuel aguicheur, autant que ne l’était celui des opus GBA, plutôt que de partir sur une direction artistique générique au possible, comme c’est le cas avec Advance Wars 1+2 : Re-Boot Camp.

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