Ubisoft : de nouveaux témoignages dénoncent un « climat de terreur »

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Si l’Ubisoft Forward a présenté de nombreux jeux à venir, ce n’est pas le catalogue de l’éditeur qui a été au centre des discussions ces derniers jours. Les enquêtes de Libération et de Numerama ont levé le voile sur la culture toxique d’entreprise qui règne au sein de plusieurs studios d’Ubisoft, où plusieurs employés haut gradés trempaient dans des affaires de harcèlement sexuel et moral, ainsi que dans des affaires de drogues. Cette prise de parole des victimes a visiblement permis de libérer celle d’autres personnes victimes elles aussi de ses comportements.

Des nouveaux témoignages importants

Cette fois-ci, c’est le Journal de Montréal et l’AFP qui ont enquêté sur le sujet, en recueillant notamment le témoignage anonyme d’une personne qui travaillait sur la série Far Cry. Elle déclare avoir reçu déplacées des remarque sur son physique et sur sa vie privée, en plus de décrire un « climat de terreur » au sein du studio.

« Quand de simples artistes comme nous essayons de nous défendre contre des directeurs, c’est quasiment impossible que notre voix soit entendue »

Les témoignages révèlent aussi l’existence d’une mailing-list partagée entre plusieurs employés, qui notaient et jugeaient le look et les vêtements des femmes au sein de l’entreprise, jour après jour, « pour que les hommes puissent se promener (dans les locaux) et aller les regarder« . L’impuissance des RH, ou la complicité, est une nouvelle fois soulignée :

« Malheureusement, chez Ubisoft, les gens qui agissent mal sont protégés. C’est souvent les gens qui sont haut placés, et si on va voir les ressources humaines ou nos managers, habituellement ils ne font rien […] S’il y a un souci, la personne visée reçoit une promotion. Et si tu poses des questions sur l’équité salariale, on te dit simplement qu’on peut baisser tes responsabilités, pour que tu aies moins de stress« .

Une nouvelle preuve, s’il en fallait une, que le renvoi de trois personnes ne suffira par pour qu’Ubisoft corrige ses erreurs.

Des changements à venir

Cependant, les choses commencent à bouger chez l’éditeur. On apprend par exemple par le site La Presse que Christophe Derennes, cousin d’Yves Guillemot, prendra dorénavant la place autrefois occupée par Yannick Mallat, qui a démissionné ce week-end. Les studios de Montréal, Québec, Toronto, Saguenay et Halifax seront sous la houlette d’Ubisoft Paris.

Christophe Derennes a un pied dans l’entreprise depuis plusieurs années, et était jusqu’à présent vice-président exécutif à la production, c’est à dire l’une des personnes prenant des choix décisifs lorsque la deadline de l’un des jeux en cours arrive pour que ce dernier puisse sortir à temps.

Ce changement ne fait pas forcément l’unanimité chez les employés, même si Christophe Derennes n’est pas le problème en lui-même. Il est reproché à Yves Guillemot d’avoir pris cette décision trop rapidement sans consulter d’autres avis. Pour certains, Christophe Derennes a surtout été nommé pour asseoir le contrôle d’Yves Guillemot, qui souhaite cependant sincèrement changer les choses selon un employé qui a témoigné anonymement :

« Je sens Yves Guillemot sincère, dit un employé du studio montréalais depuis plusieurs années. Le vocabulaire dans ses communications me semble authentique. Il nous garde à jour. Je sens chez lui un désir profond de changement et de conserver la santé financière de l’entreprise. »

Décrit comme le choix de sûreté, Christophe Derennes devra donc encore convaincre beaucoup d’employés, qui voient d’un mauvais oeil le fait d’avoir choisi une personne proche du CEO, et qui pourrait être amenée à ne rien bousculer :

« Ubisoft, c’est français et hiérarchique, c’est du sang bleu, décrit le même employé. Le pouvoir vient de Paris, qui mène tout. Elle met le même type de gens au pouvoir, le même type de personnalités. Des gens qui n’aiment pas se faire contredire, veulent faire aller leur vision, quitte à écraser. »

Dans le même temps, le STJV (Syndicat des Travailleurs et Travailleuses du Jeu Vidéo) annonce créer un syndicat au sein d’Ubisoft Paris, qui prendra la défense des employés.

Il n’y a maintenant plus qu’à attendre pour voir si le changement est réel chez Ubisoft, et qu’il ne s’agisse pas d’un énième écran de fumée. Certaines mesures prises vont en tout cas dans le bon sens, en espérant que le climat au sein de l’entreprise change rapidement.

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