Conan le Cimmérien – Présentation et avis sur le recueil de chez Bragelonne

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Chez ActuGaming, on vous parle beaucoup de jeu vidéo, et un peu de livres. Parmi ces derniers, on trouve plus souvent des ouvrages traitant de jeu vidéo, justement, ou de la fantasy, voire du manga. Il est finalement assez rare que l’on vous parle de classiques de la littérature. Certes, nous vous avons présenté quelques nouvelles de Lovecraft, à l’occasion de la réédition des Montagnes de la Démence par exemple, ou encore de L’affaire Charles Dexter Ward. Mais c’est tout ! Alors histoire d’équilibrer un peu plus la balance du coté de la littérature, permettez moi de vous écrire aujourd’hui au sujet de Conan le Barbare, qui a eu droit à une réédition de ses aventures dans un ouvrage sobrement intitulé Conan le Cimmérien, aux éditions Bragelonne.

Un grand homme tombé dans l’oubli

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Il est assez étrange de constater combien Conan le Barbare, ou Conan le Cimmérien pour les intimes, est tombé dans ce que l’on pourrait décrire comme la culture populaire risible. Comprenez par là qu’avec ses adaptations filmiques très kitch, parfaitement ridicules aujourd’hui, ainsi que toutes les œuvres l’ayant allègrement pastiché, voire simplement parodié, il nous apparaît finalement comme un personnage sans grand intérêt. Et c’est bien dommage, parce que les amoureux du barbare savent qu’il est loin de l’image de guerrier écervelé qu’on veut lui coller sur le front. Il est même à l’origine d’un genre entier, l’heroic fantasy, et a aidé à démocratiser la fantasy à une époque où le paysage littéraire était bien différent de celui que l’on connaît aujourd’hui.

Finalement, sans Robert Ervin Howard et son célèbre barbare, difficile de dire si nous aurions eu droit à des œuvres mondialement connues comme Donjons et Dragons ou Le Seigneur des Anneaux. Si l’on attribue aujourd’hui la popularité de la fantasy et de l’heroic fantasy à Howard, Tolkien et Lovecraft, ce n’est pas pour rien ! Sans l’un des trois maillons de cette chaîne littéraire, peut-être n’aurions nous jamais connu de The Witcher 3 : Wild Hunt, de The Elder Scrolls V : Skyrim, ou même de World of Warcraft, de Dark Souls et de The Legend of Zelda : Breath of the Wild. Parce que, de près ou de loin, tous ces succès du jeu vidéo, et beaucoup d’autres encore, puisent une part non négligeable de leur inspiration dans l’héritage de ces trois auteurs.

Ces exploits, c’est à son créateur que Conan les doit, un certain Robert Ervin Howard. Un personnage qui commence très tôt à écrire, puisque c’est à l’âge de 19 ans qu’il publie sa première nouvelle dans une revue spécialisée qui édite déjà Howard Phillips Lovecraft. Autre figure emblématique de la littérature du siècle dernier, mais aussi de la fantasy, avec lequel le géniteur de Conan le Cimmérien entretiendra une longue correspondance jusqu’à sa mort. En effet, l’écrivain torturé de Providence est un grand amoureux du travail de Robert Ervin Howard, à qui il fait part de différentes notes, et réciproquement. Howard rentre même dans un club très fermé que l’on nommera plus tard le « cerle lovecraftien ».

Howard écrit un grand nombre de nouvelles à destination de revues spécialisées de l’époque, et cela marche plutôt bien. Cependant, seuls quelques uns de ses personnages accrochent vraiment le public et les éditeurs. Parmi eux, Kull d’Atlantis (ou Kull le Conquérant), Solomon Kane et bien sûr Conan le Cimmérien. C’est ce dernier qui fera l’objet du plus grand nombre de récits. Il faut dire que les éditeurs de l’époque l’ont à la bonne, préférant publier une de ses aventures plutôt que celle d’un autre personnage. Au point que quantité de nouvelles de l’auteur finissent retravaillées pour que Conan en soit le protagoniste, quitte à dénaturer le travail de Howard. Une pratique à laquelle Lovecraft fait aussi face, du reste.

Une compilation pour les gouverner toutes ?

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Ce qu’il y a d’intéressant avec cette compilation exhaustive des nouvelles mettant en scène Conan le Cimmérien, c’est qu’elle ne se contente pas de les regrouper bêtement. On notera pour commencer que l’habillage de l’ouvrage est très élégant, mais ce n’est pas le plus important. Ce qui nous a le plus interpellé, et qui nous a plu le plus aussi, c’est la volonté de l’éditeur de rendre un bel hommage à Robert Ervin Howard. Une longue préface est là pour nous expliquer en quoi il était nécessaire de publier le présent recueil. Et les raisons sont à la fois surprenantes, mais diablement compréhensibles. Le résultat, par ailleurs, est une franche réussite.

En réalité, les nouvelles de Howard ont été beaucoup retravaillées par les différents magasines les ayant publiées. Il n’était pas rare, on peut même dire qu’il était carrément habituel, que ses écrits se voient changés pour finir par être édités, ou non. Ainsi, quand les magasines ne modifiaient pas le protagoniste pour assurer un succès certain à leur format, ils mettaient parfois au placard des histoires qui ne leur semblaient pas assez vendeuses. Ce qu’il faut retenir de tout ceci, c’est que nous n’avons jamais eu l’occasion de connaître pleinement l’œuvre de Howard, et les aventures du Cimmérien telles qu’elles avaient été pensées initialement. Cet ouvrage a été conçu dans ce but !

Ainsi, on y trouve les aventures de Conan telles qu’elles ont été écrites, ainsi que dans l’ordre dans lequel elles ont été rédigées à l’origine par Howard. Un ordre intéressant, puisqu’il permet d’une part de découvrir l’évolution de sa propre perception de son personnage, qui est tantôt un roi, tantôt un voleur, tantôt une âme errante ; d’autre part de constater la progression de son style littéraire. Là où les premières nouvelles sont parfois assez lourdes, ou semblent vides de sens, à mesure que l’on s’enfonce dans l’ouvrage on découvre un personnage plus complexe qu’il n’y paraissait à l’origine, et des situations le mettant en difficulté de belle manière.

On ne va pas se mentir, certaines d’entre elles ne sont guère intéressantes. C’est le risque du parti pris par Bragelonne, autrement dit conserver les écrits tels quels. On trouve plusieurs nouvelles très courtes, d’autres qui ne nous apprennent rien sur Conan ou dont l’intérêt ne nous apparaît pas à la première lecture… Bref, on fait face à une œuvre brut, qui se destine aux amoureux du personnage de Howard, ou aux fans de littérature de fantasy. Ceux-ci seront probablement heureux de pouvoir découvrir Conan sous un jour qu’ils ne soupçonnaient peut-être pas ; de lire les quelques annotations de l’auteur qui avait pensé à beaucoup de choses dans la création de son univers ; de comparer la première aventure de Conan telle qu’elle fut publiée à l’origine, et telle qu’elle fut véritablement rédigée…

Les autres auront probablement plus de mal, habitués des recueils de nouvelles ou non. Parce qu’aussi bonnes soient les meilleures d’entre elles, le rythme décousu et l’intérêt fluctuant n’est pas du plus bel effet, malgré l’hommage évident. De surcroît, on parle ici de nouvelles écrites au début du siècle dernier, pour la plupart. Le style n’est donc pas aussi facile à appréhender que ce que l’on peut lire aujourd’hui. On ressent certaines lourdeurs, il n’est pas rare que l’auteur se répète, et quelques phrases sont étrangement tournées. Le résultat est donc à mettre entre des mains averties !

Faut-il acheter Conan le Cimmérien ?

Si vous êtes un amateur d’heroic fantasy ou aimez déjà l’univers de Conan le Barbare, alors la question ne se pose pas : ce recueil est fait pour vous. Pour moins de 17 euros, l’ouvrage édité par Bragelonne embarque un véritable morceau d’histoire à la fois très intéressant à lire et dans ce qu’il représente culturellement. Découvrir l’ordre d’écriture, mais aussi le style original de l’auteur a quelque chose d’assez fascinant, pour peu que l’on soit réceptif évidemment.

Cela dit, tout le monde n’y trouvera pas son compte. Si vous êtes habitués aux romans actuels de fantasy, ou êtes simplement intéressés par le morceau d’histoire que représente le recueil, peut-être aurez vous du mal à passer outre le style pas toujours évident à appréhender, ou le rythme décousu de ces nouvelles. Cela dit, Conan le Cimmérien fait tout de même fort joli dans une bibliothèque, on ne peut guère lui enlever !

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