The Last of Us Part II : un crunch toujours plus intense imposé par Naughty Dog

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Ce n’est un secret pour personne dans le milieu du jeu vidéo, le crunch, période éreintante contraignant les développeurs à effectuer des heures de travail supplémentaires sur plusieurs semaines et même mois, est monnaie courante dans la plupart des studios depuis de nombreuses années.

Cependant, ce que certaines hautes figures de l’industrie vidéoludique estiment être un mal nécessaire est remis en cause depuis l’affaire Rockstar Games d’octobre 2018 dans laquelle on apprenait notamment que les employés avaient effectués jusqu’à 100 heures de travail par semaine, plusieurs fois dans l’année, afin de terminer Red Dead Redemption 2 à temps. Depuis ce jour, les langues se délient et, cette fois, c’est Naughty Dog qui est épinglé dans le cadre du développement de The Last of Us Part II.

Un coût humain considérable

Selon l’enquête publiée sur le site Kotaku, qui rapporte les propos de plusieurs membres du studio américain, l’un d’eux raconte que le report du survival horror a engendré un crunch encore plus intense alors que cette période de travail exténuante était devenue leur quotidien depuis la fin de l’année 2018 : « Les personnes qui pensent que ce report est pour soulager le stress ou la charge de travail de l’équipe ont tort. La première chose dont ils voulaient s’assurer est que nous ne ralentissions pas le rythme. »

Dans son article, Jason Schreier explique que l’entreprise a réussi à créer une culture du perfectionnisme avec pour seul objectif de produire des titres géniaux peu importe le coût humain.

Selon ses propres termes, « Travailler chez Naughty Dog signifie concevoir des jeux adorés et acclamés par la critique aux côtés d’artistes et d’ingénieurs qui sont considérés comme parmi les meilleurs dans leur domaine. Mais pour beaucoup, cela signifie également travailler plus de 12 heures par jour, week-ends compris, lorsque le studio est en mode crunch, sacrifiant leur santé, leurs relations et leur vie personnelle sur l’autel du jeu. »

Cette mentalité, voulue et assumée par les dirigeants de la société basée à Santa Monica (Californie), se ressent dès l’entretien d’embauche.

C’est ce qu’affirme le témoignage d’un développeur : « C’est l’une des raisons pour lesquelles le crunch se produit toujours ici. Les salariés ont la liberté de continuer à travailler plus longtemps, de repousser les limites, d’améliorer les choses, même si c’est seulement de 10%. C’est ce que le studio recherche lors du recrutement, des personnes qui ont cette motivation pour se consacrer à des heures supplémentaires, pour le meilleur ou le pire. »

Problème, à force d’être des bourreaux du travail, la fierté d’avoir créer un titre majeur, voire le jeu de l’année, d’être bien payé et de bénéficier de congés prolongés à la fin de la production ne suffit plus à convaincre les membres du studio de rester. De nombreux départs ont été enregistrés depuis 2015. Parmi eux, quatorze des vingts concepteurs d’Uncharted 4, ce qui a forcément eu un impact sur le développement de The Last of Us Part II.

Hospitalisé à cause du surmenage

Suite à l’article publié par Kotaku, Jonathan Cooper, employé de la firme entre mars 2014 et septembre 2019, s’est exprimé sur son compte Twitter.

Même s’il n’a jamais vécu personnellement une période de crunch allant au-delà de 55 heures de travail par semaine, il déclare que : « Pour la démo montrée en septembre dernier, les « gameplay animators » ont ‘crunché’ plus que je ne l’avais jamais vu et ont dû prendre des semaines de congés après ça. L’un de mes amis a été hospitalisé à cette époque à cause du surmenage. Il avait encore six mois à tenir. Il y a eu d’autres cas comme ça depuis. »

Alors qu’il a décidé de quitter son poste car le studio préfère recruter des profils juniors pour compenser la perte de membres importants au sein de l’équipe, une autre raison expliquant le report du jeu, on apprend ceci : « Lorsque j’ai quitté Naughty Dog en fin d’année dernière, ils ont menacé de retenir mon dernier salaire jusqu’à ce que je signe un document stipulant que je ne partagerai par leurs méthodes de production. Ils ont finalement fait marche arrière lorsque je leur ai signalé que c’était illégal. »

A la fin de son enquête, le journaliste Jason Schreier dit avoir reçu plusieurs échos sur le jeu. Certains membres de Naughty Dog estiment qu’il s’agit du meilleur titre jamais créé par l’entreprise tandis que d’autres souhaitent que ce soit un échec cuisant afin de montrer qu’un tel niveau de sacrifices n’est pas nécessaire, peu importe le projet. Dans tous les cas, The Last of Us Part II sortira sur PlayStation 4 le 29 mai prochain.

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