Ubisoft : Libération publie une nouvelle enquête qui vise la direction « toxique » de Michel Ancel

Beyond Good & Evil

On pensait avoir tout vu chez Ubisoft ces dernières semaines, mais il faut croire que l’éditeur a encore beaucoup d’histoires dont il préfèrerait se passer. Il y a quelques jours, nous apprenions le départ de Michel Ancel, qui arrêtait purement et simplement sa carrière pour se concentrer sur son autre passion, la nature. Un départ surprise, qui a soulevé de nombreuses interrogations quant à son timing et à la production de Beyond Good & Evil 2, toujours en cours. Après une enquête de la part de Libération, on apprend que ce départ n’est pas forcément anodin, ni le fruit du hasard.

Un développement très compliqué pour Beyond Good and Evil 2

Le journal a ainsi pu recueillir plusieurs témoignages de la part des employés qui ont travaillé avec Michel Ancel, qui est alors décrit comme « toxique« , soit le même mot employé par les différentes témoignages pour la culture d’entreprise qui règne chez Ubisoft :

« Tous témoignent de la même souffrance causée par un directeur créatif que l’on nous dit «toxique», mais aussi par une organisation ubuesque pensée autour de sa personne, et l’impression qu’il agit en toute impunité, protégé par sa relation privilégiée avec le PDG d’Ubisoft, Yves Guillemot. Au point que ce dernier aurait renouvelé sa confiance à Ancel fin août, contre l’avis des équipes, quelques semaines après lui avoir expliqué qu’il faisait l’objet d’une enquête interne dans le cadre de l’opération mains propres lancée à la suite des révélations publiées, début juillet, par Libération. »

S’il est également décrit comme un créateur de talent, unique en son genre, et « qui peut atteindre la légèreté d’esprit nécessaire à produire quelque chose de remarquable« , Michel Ancel ne faisait pas l’unanimité au sein de ses équipes à cause de ses demandes totalement irréalisables pour le jeu, comme le décrit un employé :

« La ville de Ganesha City, qu’Ancel voulait absolument qu’on fasse avec un niveau de détails complètement débile, on vient à peine d’en sortir trois ans après, et on l’a refaite déjà quatre ou cinq fois. Sachant qu’il faut faire plusieurs planètes, vous imaginez l’absurdité de ce type de raisonnement. »

Le problème venait apparemment surtout de ses changements de directives incessants, et son besoin de s’approprier les idées en n’écoutant pas celles des autres artistes :

« Il est capable de vous expliquer que vous êtes un génie, que votre idée est formidable, pour ensuite vous démonter en réunion en disant que vous n’êtes qu’une merde, que votre travail ne vaut rien et ne plus vous parler pendant un mois. C’est quelqu’un qui a un processus créatif qui est à base d’érosion, d’érosion de sa vision et des personnes qui l’entoure. »

Si les changements de direction sont fréquents dans le milieu, le journal explique que c’est surtout le caractère « abrupt » de ces revirements qui étaient difficiles à vivre pour son équipe, car Ancel ne donnait aucune justification. S’enchainent alors des démissions, des dépressions et des burn-out, tandis qu’Ancel est traité comme une « superstar » chez Ubisoft, ne travaillant sur BGE2 que les matins, avant d’aller consacrer ses après-midi à Wild.

Suite à de nombreux problèmes créatifs, Ubisoft s’apprête en 2019 à enterrer le projet BGE 2, avant d’accorder un sursis, tandis que l’équipe a droit à du renfort avec un nouveau chef créatif. Ancel s’efface alors de plus en plus, jusqu’à son départ, il y a quelques jours.

Le droit de réponse de Michel Ancel

De son côté, Michel Ancel s’est aussi entretenu avec Libération pour fournir sa version des faits. Lorsqu’on lui demande s’il était au courant de la peur qui régnait au sein de ses équipes, qui craignaient de voir leur travail réduit à néant par un simple changement de décision, il répond :

« Non, très sincèrement. Après, c’est toujours un curseur à mettre. On sent, bien sûr, que c’est difficile. Mais c’est difficile de résumer ces sept ans à ce que vous venez de dire. Faire refaire des choses, c’est le lot d’une telle création. On y est préparé ou pas, on a déjà vécu ce genre de situations ou pas. Sur des projets de cette envergure, rien n’est acquis. Beaucoup de personnes n’y étaient pas préparées.

Dire qu’il y a des moments de doutes, que la direction que j’imprime n’est pas comprise ou mal expliquée, c’est possible. On se met à nu : moi, je suis évalué comme «pas compétent», comme «le chef qui ne sait pas où il va». Les gens deviennent ceux qui gomment, ceux qui refont, et il y a une impatience. La souffrance est des deux côtés. Oui, c’est difficile et il y a des gens qui sont tristes. »

Michel Ancel a été la cible d’une enquête interne de la part du studio le mois dernier. Il a été prévenu directement par Yves Guillemot lui-même et à répondu aux demandes dès son retour de vacances. Quelques jours plus tard, il quittait Ubisoft pour se consacrer à d’autres projets, mais la coïncidence entre l’enquête et sa retraite interroge forcément. Selon lui, il n’y aurait cependant pas de lien, étant donné qu’il quitte également son propre studio, Wild Sheep.

Dans tous les cas, Ubisoft se retrouve une nouvelle fois plongé au coeur d’une polémique dont l’éditeur n’avait vraiment pas besoin, surtout après un Ubisoft Forward très silencieux sur les affaires en cours, malgré un message dévoilé en catimini avant le show. On espère maintenant que les équipes derrière Beyond Good & Evil 2 pourront avancer plus sereinement sur le projet, et que le jeu donnera bientôt de ses nouvelles.

Nous vous conseillons de lire l’entièreté de l’enquête de Libération sur leur site officiel afin de découvrir toute l’histoire.

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