Metro 2035 : Notre avis sur le dernier roman de Dmitry Glukhovsky

Metro 2035 : Notre avis sur le dernier roman de Dmitry Glukhovsky
Avec la récente sortie de Metro Exodus, nous n'avons pas résisté à l'envie de vous parler du dernier roman en date de cette chouette série !
Temps de lecture : 10 min.

Il est de notoriété publique que de nombreux romans sont adaptés au cinéma. Et c’est une bien belle chose, en un sens, puisque cela permet d’offrir de nouvelles perspectives aux univers de fiction, de leur ouvrir les portes d’un public plus vaste. C’est aussi un moyen de leur faire vivre une seconde vie, et parfois de les amener à s’étendre au-delà de leur auteur initial. Mais saviez-vous qu’il arrivait aussi aux œuvres d’encre et de papier d’être d’abord adaptées en jeu vidéo ? C’est par exemple ce qu’il s’est produit avec la licence Metro.

Du papier au clavier

Metro-2035

Avant de devenir la licence de jeu vidéo que l’on connaît tous ou presque, engendrant récemment le très chouette Metro Exodus sur PC, PlayStation 4 et Xbox One, Metro 2033 était un roman de science-fiction écrit par Dmitry Glukhovsky. Un grand monsieur qui n’était pas à son coup d’essai dans l’écriture, puisqu’il a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste dans divers journaux et chaînes de télévision. Talentueux, ce Russe qui n’a pas peur de partir bosser à l’étranger a décidé, du jour au lendemain, de mettre ce pan de sa carrière en pause. À l’heure où nous écrivons ces lignes, celle-ci est toujours au point mort, et Dmitry ne semble guère intéressé par sa reprise potentielle. Et il ne faut que peu de jugeote pour comprendre pourquoi : son premier roman a fait un tabac ! Au point qu’en 2015 il publiait le troisième opus de cette série désormais culte, Metro 2035. Comme beaucoup, si ce n’est tous les auteurs à succès, il aura aussi écrit plusieurs autres œuvres. Mais comme vous vous en doutez, ce n’est pas ce qui nous intéresse ici.

Initialement apparu en ligne en 2002, Metro 2033 fut officiellement publié en Russie dans le courant de l’année 2005. Il faudra cependant attendre 2007 pour que le roman quitte son pays natal et commence à s’exporter aux quatre coins du monde, et 2010 pour que L’Atalante le publie en France. Un long chemin qui n’aura toutefois retardé en rien son adaptation en jeu vidéo. Le premier titre de la trilogie sortait en effet en mars 2010 sur Xbox 360 et PC, et aura subi près de quatre longues années de développement. Ce qui signifie qu’avant même que Metro 2033 traverse les frontières moscovites, 4A Games et THQ étaient déjà à l’œuvre sur cette adaptation vidéoludique. Une preuve supplémentaire du succès monstrueux des ouvrages papiers de monsieur Glukhovsky. Depuis, l’auteur original a laissé libre court à plusieurs autres pour étendre son univers fétiche, publié deux nouveaux romans, et permis la publication de deux jeux supplémentaires. Il était aussi question, pendant un temps, de l’arrivée d’un film. Toutefois il n’en sera finalement rien.

Sur papier comme derrière un écran, Metro 2033 prend place dans un univers post-apocalyptique, dans lequel la guerre froide a laissé place à des confits bien plus énervés. Tellement virulents même, que le pire arriva : le fameux holocauste nucléaire, qui rappellera de bons souvenirs aux amoureux de Fallout. Mais ici, oubliez de suite les étendues désertiques du wasteland, et même la simple évocation d’une surface habitable. Son nom l’indique clairement, l’aventure se tiendra principalement au cœur du métro. Et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de celui de Moscou, l’un des métros les plus fréquentés au monde. Un contexte qui laisse imaginer, avant même la première page, l’ambiance oppressante dépeinte par Glukhovsky, qui n’épargne pas le lecteur de détails crus. Que ce soit clair, si le premier jeu est certes quelque peu angoissant et impressionnant, il ne choquera toutefois pas grand monde à une heure où des titres ultra violents pullulent. Nonobstant, l’œuvre papier ne conviendra pas à n’importe quel public, et mieux vaudra avoir le cœur bien accroché avant de se lancer à l’abordage de son monde rude.

Metro, un univers solide

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À l’approche des bombes, la population moscovite n’eut que deux choix : s’enfuir par la route, ou tenter de se réfugier dans le métro. Tandis que le premier choix se révéla fatal pour une bonne partie de la population, quelques milliers de privilégiés eurent la chance de survivre sous la surface. Parmi eux, Artyom, jeune garçon dont les parents n’ont pas eu la chance d’atteindre à temps la porte du souterrain, adopté par l’homme à la tête de la modeste station VDNKh. Car bien que le gouvernement russe semble avoir été démantelé, et plutôt que de s’unir pour faire face à cette situation terrible, les nouveaux résidents du métro se sont appropriés ce dernier au point de créer de véritables camps, et parfois même d’engendrer des guerres. C’est dans cet univers unique que le héros susnommé va grandir. Un monde dans lequel Glukhovsky fait se chevaucher politique, récit épique, détails poignants de réalisme, et parfois même étrangetés surnaturelles…

Devenu plus vieux, Artyom va devoir faire face à de nombreux problèmes. En tête de liste : une invasion de créatures menaçant directement la population de VDNKh. Au cours de son périple qui le mènera aux quatre coins du métro, et même à plusieurs reprises à la surface sous une combinaison de stalker, ce héros frêle et pragmatique va faire face à pléthore de périls. Et bien que les horreurs tapies au fond des ténèbres des lignes abandonnées, où les créatures mutantes de la surface sont des adversaires à vous glacer le sang, il ne tardera pas à se rendre compte que son pire ennemi est bel et bien son semblable. Une allégorie que l’auteur n’est pas le premier à utiliser, bien entendu, mais il faut reconnaître qu’il a le mérite de le faire avec une justesse rarement égalée. Sans en dire trop, ce serait gâcher le plaisir aux potentiels futurs lecteurs (à qui j’espère avoir donné l’eau à la bouche), les événements dépeints dans ce roman de plus de 600 pages sont aussi réjouissants qu’oppressants, captivants et effrayants.

Second roman, Metro 2034 (que les joueurs connaissent sous le nom Metro : Last Light) délaisse quant à lui Artyom et ses démons. À la place, Glukhovsky nous emmène plus profondément sous la surface, à la découverte de l’un de ses compagnons d’arme, Hunter. Un homme glacial qui a la gâchette facile, et la levée de coude aussi, du reste. À ses cotés, Homère un vieil homme sage, puis Sacha, une jeune fille perdue. Bien que ce second roman soit lui aussi une pure réussite, nous passerons sur les événements qu’il narre. En effet, bien qu’ils ne soient pas totalement déconnectés de la suite, ils n’auront toutefois pas une incidence si énorme sur ceux dépeints dans Metro 2035, le sujet de cet article. Si ce n’est dans les relations ambiguës qu’entretiennent les trois protagonistes… mais comme vous vous en doutez, à ce niveau rien ne vaut sa propre opinion. Ainsi, je vous invite vivement à la lecture des 400 pages qui composent ce roman, qui se révèle certes un poil plus oubliable que les aventures de Artyom, mais là encore parfaitement immersif.

Deux ans plus tard, un héros brisé

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Pour son troisième opus, Dmitry Glukhovsky a décidé de nous propulser une seconde fois dans la station VDNKh. La vie semble y être redevenue paisible depuis les événements d’il y a deux ans, lorsque le protagoniste et ses compagnons de l’Ordre ont débarrassé Moscou des Noirs, créatures étranges que le métro tout entier craignait à s’en ronger les os. Artyom s’est installé avec Anna, qu’il a rencontré dans le premier tome. Grâce à sa condition de « héros », il n’est plus contraint de travailler pour avoir le droit de manger et d’habiter dans la station. Hanté par le souvenir d’une voix entendue à la radio, lors de son dernier assaut sur les Noirs, il se lève désormais chaque matin obnubilé par l’idée qu’il doit sortir du métro, chercher d’autres survivants. Aussi se contraint-il à grimper tous les jours en haut d’une tour, afin d’y planter son émetteur et de sonder les grésillements. Sombrant peu à peu dans la folie, il est montré du doigt par la population de VDNKh qui évite désormais de l’approcher de trop près, rapport aux quantités de radiation auxquelles il s’expose. Même son épouse doute cruellement de lui.

Dans ce contexte débarque Homère, personnage issu de Metro 2034. Toujours à la quête de l’écriture de son fameux livre, le vieillard est venu spécialement pour Artyom. Qui mieux que le héros du métro pour devenir le protagoniste d’un roman ? Il est aussi porteur d’un message qui va chambouler le jeune homme : il n’est pas le seul à être parvenu à capter des voix venues d’ailleurs à la radio. Décidé à en savoir plus, et à trouver un moyen de faire sortir toute la population de ces souterrains sombres et suintants la mort par tous les pores, Artyom décide de quitter VDNKh et d’aller trouver l’opérateur radio dont parle Homère. L’ennui, c’est qu’en deux ans la situation géopolitique du métro a beaucoup changé. Les Communistes et le Reich, deux grandes factions possédant plusieurs stations, ont gagné en puissance, et semblent à deux doigts de céder à une guerre sanglante. Par ailleurs, la Hanse, ligne circulaire à but commercial, a restreint l’accès à ses couloirs. Quant au véritable ennemi du métro, il s’agit peut-être bien d’une moisissure qui s’attaque aux champignons, seule nourriture que ses habitants peuvent produire par eux-mêmes, en dehors des porcs. Ces derniers étant évidemment nourris par lesdits champignons…

Partant du principe que Artyom est peut-être bien fou, et jouant beaucoup sur cette idée au cours des 600 pages qui composent le roman, Dmitry Glukhovsky parvient une nouvelle fois à poser une ambiance pesante et immersive. Son style particulier, et sa volonté de narrer le récit de la manière la plus crue qui soit (sans jamais devenir grivois) offrent à Metro 2035 une saveur un poil différente de ses deux aînés. En tirant définitivement un trait sur tout aspect surnaturel, et en mettant plus encore l’accent sur la dimension politique que par le passé, l’auteur parvient à rendre ce troisième volet plus mature, mais surtout il pousse le lecteur à s’interroger en permanence. Tout dans les souterrains semblent clocher, du comportement des uns aux changements radicaux des autres. Néanmoins, c’est bel et bien à la surface que les yeux d’Artyom vont découvrir les plus grandes étrangetés. Car plus que jamais, ce roman pousse le protagoniste à braver la lumière du soleil, au risque de voir les radiations le ronger de l’intérieur et lui faire cracher ses dents.

Acheter Metro 2035

Bien qu’il soit tout à fait possible de se lancer dans Metro 2035 sans avoir au préalable dévoré les deux premier tomes, on conseillera toutefois aux intéressés de privilégier la lecture de la trilogie. Parce que la montée en puissance est particulièrement appréciable, jusqu’à ce volet extraordinaire qui repousse toutes les limites atteintes par le récit auparavant. Plus que jamais Glukhovsky s’est surpassé pour nous livrer un texte abouti, des protagonistes bien écrits, une situation politique détaillée, mais surtout pour nous faire aller de retournement de situation en coup d’éclat de la première à la dernière page. Un très grand cru. Que dire de plus sinon qu’on attend la suite avec une impatience folle ?!

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