Le Sang des Quatre : Présentation et avis sur le roman de chez Bragelonne

Le Sang des Quatre

Écrire un roman n’est pas chose aisée, c’est un fait établi. Mais écrire un roman à quatre mains, c’est pire encore. C’est pourtant à cet exercice que se sont adonnés Christopher Golden et Tim Lebbon avec Sauvage : Les Voyages de Jack London. Visiblement heureux du résultat, et ayant apprécié travailler ensemble, les deux hommes décident de ne pas s’arrêter en si bon chemin, et reviennent ensemble à leur premier amour : la fantasy.

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254 Pages - 08/16/2018 (Publication Date) - Bragelonne (Publisher)
25,00 EUR

Avec Le Sang des Quatre, Golden et Lebbon signent un opus original et mature, édité cette année par Bragelonne, et qui recèle de nombreuses influences. Nous y avons suivi plusieurs têtes marquantes, dans une histoire qui n’a pas manqué de nous captiver de bout en bout. Petit tour d’horizon de ce roman bourré de qualités !

« Dans le royaume de Quandis, tous sont esclaves »

Le Sang des Quatre

Quandis est un royaume bien étrange, sur lequel règne le sang d’une même famille, depuis des dizaines et des dizaines de générations. Un sang issu, dit-on, des Quatre. Des semi-dieux que l’on vénère partout à travers le pays, et qui auraient disposé de pouvoirs inestimables. Depuis cette époque révolue, la magie est devenue taboue. Personne ne s’y intéresse, personne n’en parle, chacun se tient éloigné de cette science disparue (ou presque). À l’exception des prêtres, seuls êtres en droit de s’informer sur ce sujet controversé, dont peu détiennent le réel savoir.

Parmi eux, Blane est un apprenti, et surtout un ancien Baju. Une race d’hommes aux yeux de glace, tenus en esclavage dans tout Quandis. Pourquoi eux, et pas d’autres ? Tout simplement pour expier un péché vieux de plusieurs centaines d’années, commis par leurs ancêtres. Non content d’apprendre aux coté d’hommes et de femmes qui lui étaient auparavant supérieurs dans l’échelle sociale – et qui ne peuvent s’empêcher de le regarder de travers à chacun de ses pas – le jeune homme engrange tout le savoir qu’il parvient à dénicher, afin de préparer la vengeance de son peuple, et la sienne.

Pendant ce temps, la reine Lysandra aspire à des choses illégales, même pour son rang quasiment divin. Elle qui s’était tenue à une vie simple et sobre jusque-là, préférant conserver ses facultés intellectuelles plutôt que de s’abandonner à l’oisiveté, l’alcool et les substances psychotropes, se noie désormais dans l’épissa. Une drogue qui a une fâcheuse tendance à rendre bavard… un point qui risque de lui coûter gros, lorsqu’elle révèle à son amant, le baron Linos Kallistrate, son intérêt récent pour la magie ancienne et proscrite. Mais surtout son désir de la posséder.

La princesse Phela, qui prend un plaisir malin à se balader dans les recoins les plus sombres du château et à écouter aux portes, est l’unique témoin de cette conversation dangereuse. Il n’en fallait pas plus pour que la jeune femme, discrète et intelligente, commence à comploter contre sa propre mère, dans l’espoir de mettre la main sur le pouvoir. Seulement voilà, le baron Kallistrate est rapidement exécuté en place publique, tandis que sa famille est livrée en pâture aux esclavagistes, qui la revende aux plus offrants. Mais que signifie tout ceci ?

Cela ne manque pas de faire exploser de rage la princesse Myrinne, seconde fille de Lysandra, promise à Demos Kallistrate, fils de Linos et marin reconnu pour ses hauts faits de guerre. Dans son coin, la jeune femme prépare elle aussi un coup d’éclat. Tandis que Aris, l’unique prince, se noie dans l’alcool, l’épissa et la sueur de femmes Baju, indignes de son rang, qu’il cajole chaque soir jusqu’à ce que sommeil s’en suive. Cet homme que les habitants de tout Quandis apprécient, n’est en réalité qu’un pleutre passionné par la chair et le vin.

Daria, quant à elle, est une amirale de la flotte de Quandis, dont la jeunesse n’a d’égale que l’absence de pitié face à ses ennemis. Des pirates, principalement, qu’elle chasse en haute mer avec sa flotte, afin de permettre à la cote et au pays de vivre une vie tranquille, sans crainte d’une quelconque invasion barbare. Seulement, il y a encore quelques années, elle n’était qu’une esclave Baju jetée à la mer par un propriétaire mécontent, échappant à la mort sans trop comprendre comment. Si ce passé éclatait au grand jour, elle pourrait dire adieu à son rang, et sans doute à sa liberté.

Une très bonne pioche

Le Sang des Quatre

Contrairement au dernier roman que j’avais le plaisir de chroniquer, j’ai nommé Le Guerrier des Altaï, Le Sang des Quatre ne commet aucune fausse note dans ses premiers pas. L’exposition de son univers et de ses personnages principaux prend du temps, plusieurs chapitres à vrai dire. Et pourtant, il est difficile de ne pas dévorer avidement ces longues scènes et d’en redemander, tant l’histoire donne envie d’en découvrir rapidement les aboutissants. Écrire à deux n’est pas chose aisée, mais c’est visiblement un art dans lequel Golden et Lebbon sont passés maîtres.

Après cette lente exposition, dont les longueurs sont étonnamment palpitantes, l’histoire prend place et nous révèle petit à petit ses ramifications. Le moins que l’on puisse dire c’est que les deux auteurs ont vu loin, et ce n’est clairement pas pour déplaire. D’une part puisque cette histoire prend du temps pour dévoiler chaque personnage et le sort qui lui est réservé, laissant au lecteur l’opportunité de s’attacher comme il se doit. D’autre part, ce complexe enchaînement de situations allant crescendo vers l’horreur nous offre plusieurs grosses surprises.

S’il donne le sentiment d’un roman convenu, au premier regard, Le Sang des Quatre a pourtant de quoi se démarquer. Son histoire n’est pas linéaire, et suit tour à tour chacun des personnages, changeant plusieurs fois de point de vue dans chaque chapitre. À ce niveau, il faudra bien s’accrocher pour suivre ses événements sans oublier un détail en route. Par ailleurs, ce roman à forte influence fantasy, n’oublie pas de jouer avec l’autre passion des auteurs : l’horreur. Il n’est pas rare que ceux-ci peignent de fabuleuses scènes sanglantes, et ce n’est là encore pas pour déplaire.

Enfin les deux hommes sont surtout excellents pour ce qui est de rendre leur œuvre immersive. C’est d’ailleurs à croire qu’ils en ont pleinement conscience, puisqu’ils ne manquent pas de prendre tout leur temps pour répondre aux questions des lecteurs, qui germent par légion dans la première moitié du roman. S’en suit un récit qui sait où il va, ne donnant jamais l’impression d’être écrit à la va-vite, et qui nous livre presque trop vite sa fin ne manquant pas d’intérêt. Quasiment six-cent pages, c’est décidément trop peu !

Faut-il craquer pour Le Sang des Quatre ?

Le Sang des Quatre

Après un article aussi élogieux, vous devinez probablement la réponse : oui, Le Sang des Quatre est une excellente pioche, qui ravira les amoureux de fantasy, et pas seulement ceux-là. Non contents de très bien écrire, ne laissant aucune tournure de phrase au hasard, Christopher Golden et Tim Lebbon ont pris le temps de mettre en chantier un récit palpitant, qui tient en haleine durant pratiquement six-cent pages. On s’attache par ailleurs rapidement à ses personnages, et leur avenir tantôt funeste, tantôt radieux.

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Reste que, là où de nombreux romans de fantasy peuvent être lus par le plus grand nombre, nous conseillerons plutôt celui-ci aux lecteurs avertis. Pas qu’il s’agisse d’un roman pensé pour les amateurs de récits foncièrement matures et gores, mais on ressent l’amour de ses auteurs pour l’hémoglobine à plusieurs reprises, notamment lors de scènes fort marquantes. Enfin que cela ne vous freine pas si vous lui trouvez un certain attrait, car nous ne pouvons que vous conseiller de vous y pencher au plus vite, bonne pioche pour Bragelonne !

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