Tandis que la norme était aux modes coopératifs et compétitifs en écran séparé au cours de la sixième génération de consoles, il y a une grosse vingtaine d’années, depuis les choses ont énormément évolué au point que le online est très majoritairement privilégié. Au détriment de ceux qui ne possèdent pas de bonne connexion internet, d’une part, mais aussi, plus important, du contact humain, le vrai. Un changement de paradigme qui va finalement de pair avec une société de plus en plus individualiste. Mais il reste une lueur d’espoir, une communauté d’irréductibles qui pensent leurs titres pour être joués à deux dans le même canapé, pour recréer du lien social. Orbitals est de ceux-là !
Orbitals, c’est la rencontre assez improbable entre le concept d’un It Takes Two et l’univers d’un Capitaine Flam. Pas au sens littéral, entendons-nous bien, puisque le titre de Shapefarm déploie son propre univers. Cela dit, celui-ci est très largement inspiré des séries d’animation japonaises des années 80/90, avec en tête des programmes de science-fiction. D’où son nom finalement. Première production d’un tout jeune studio tokyoïte, Orbitals est une exclusivité Nintendo Switch 2 qui a fait pas mal de bruit à son annonce en raison d’un aspect visuel particulièrement réussi. Mais a-t-il autre chose qu’une direction artistique pour nous faire vibrer ?
Conditions de test : Nous avons réalisé ce test à deux, en couple plus précisément, dans le même canapé. L’un utilisant une manette Pro, tandis que l’autre se cantonnait aux Joy-Con et leur socle. Il nous a fallu un peu plus de six heures pour voir le bout de l’aventure, et nous avons passé près de trente minutes supplémentaires sur les différents mini-jeux. Cet article est garanti sans spoiler majeur.
Du caviar pour les esthètes

Orbitals // Source : Kepler Interactive
Ne passons pas par quatre chemins, vous avez vu les mêmes images que nous, Orbitals est une sacrée baffe graphique. Non pas qu’il se révèle particulièrement impressionnant, réaliste, ou ce genre de choses. Mais disons plutôt qu’il ambitionne de nous faire jouer à un dessin animé des années 80, et qu’il en donne la ferme impression tout du long de son aventure. Celle-ci démarre par une longue et belle cinématique faite d’animation à l’ancienne, pour nous mettre dans le bain, nous laissant découvrir un casting de voix plutôt bien choisi.
En français, parce que le titre de Shapefarm fait l’effort de proposer différents doublages dans les langues européennes, le résultat est plutôt convaincant. Premier bon point. Nous avons toutefois rapidement privilégié le japonais, langue natale du jeu finalement, ce qui se sent ne serait-ce qu’au niveau de la synchronisation labiale durant les cinématiques. Là encore, cette langue nous a semblé fort bien travaillée. Il faut dire ce qui est, les premières minutes passées sur le jeu nous ont très fortement accrochés, et ce uniquement via son habillage.
Tout le monde n’y sera probablement pas réceptif de la même manière, mais le filtre façon écran cathodique fera assurément son petit effet chez ceux qui ont connu ces moniteurs d’un autre temps. Mais surtout, dès que la cinématique d’introduction est terminée et qu’il est temps d’enfin prendre les manettes, difficile de ne pas être soufflé par le rendu visuel. Tout donne l’impression d’évoluer au sein d’un animé nippon, des personnages nous entourant aux décors, et même les animations de nos protagonistes sont raccord avec cette volonté assumée. Aucune texture n’est laissée au hasard, tout se fond dans un ensemble esthétique d’une justesse surprenante.
- Orbitals
- Orbitals
Un véritable sans-faute qui, certes, cessera d’impressionner un peu plus loin, mais ne cessera jamais d’émerveiller à mesure que l’on progressera dans l’aventure. D’autant que cette dernière propose un joli lot d’environnements variés, de quoi renouveler régulièrement son attrait graphique. Carcasses de vaisseaux spatiaux, décors gelés, vide intersidéral bariolé… malgré une aventure globalement cloisonnée et taillée en forme de couloir, on a tout de même la ferme impression de voyager, et aucun moment ne nous a fait hausser les sourcils en signe de lassitude vis-à-vis du choix des décors.
Au contraire, nous avons été assez surpris par la constance d’Orbitals. On est relativement habitués aux jeux qui donnent tout dans les premières heures, avant de s’essouffler par la suite, et de connaître éventuellement un regain d’intérêt sur la fin. Mais le titre de Shapefarm est loin de tout cela : son aventure surprend constamment, du début à la fin, et elle ne connaît aucune chute d’intérêt. Ce qui, malheureusement, va de pair avec sa durée de vie un peu maigre, tournant entre six et huit heures, selon votre manière de jouer, ainsi que vos facultés de réflexion face à ses énigmes.
- Orbitals
- Orbitals
- Orbitals
Une durée qui nous a semblé un peu courte, il est vrai, parce qu’on en voulait plus. Mais à bien y regarder, même si cela fait un peu cher l’heure de jeu, le titre étant vendu une cinquantaine d’euros sur l’eShop, il faut aussi reconnaître qu’Orbitals ne traîne pas, qu’on ne s’ennuie jamais, et qu’il renouvelle par ailleurs constamment son expérience, ne serait-ce qu’au niveau de ses mécaniques. Ainsi, un peu comme chez un Boomerang X dont on vous parlait récemment, la durée n’est pas vraiment un défaut. Le titre s’est juste terminé avant que ses développeurs ne tombent à court d’idées, ou ne commencent à recycler pour meubler.
On a aussi beaucoup aimé la bande-son, qui colle parfaitement à l’ambiance générale, sans en faire trop. On ne l’écoutera pas hors contexte, mais certains morceaux font mouche. Quant au scénario, histoire d’en finir avec les considérations artistiques, il ne révolutionne rien, mais se suit avec plaisir. Il s’agit plutôt d’un prétexte à nous faire partir à l’aventure. Mais un prétexte très joliment mis en scène, et se donnant les moyens d’accrocher les joueurs. Il bénéficie d’un petit mais très sympathique casting de personnages, plutôt attachants, et parvient à conserver l’intérêt sur la durée via des enjeux marqués et un retournement de situation prévisible mais bien senti. Clairement pas le plus grand atout d’Orbitals, mais un aspect qui fait le café, et permet par ailleurs de bénéficier de cinématiques régulières, demeurant sublimes.
Plus qu’une réussite artistique

Orbitals // Source : Kepler Interactive
Mais si l’on retiendra Orbitals, ce n’est assurément pas uniquement grâce à son aspect graphique et musical de haute volée, même si cela y contribuera évidemment beaucoup. Non, si le titre nous a personnellement marqué, c’est avant tout pour son aspect ludique, et sa pléthore de bonnes idées. Pour commencer, notez que le titre se veut aussi peu frustrant que possible, quand bien même il ne manque pas de challenge. Aucun Game Over n’est à prévoir, et chaque « mort » renvoie le personnage concerné quelques mètres plus loin, sans temps de chargement, sans arrêt de l’action pour son compagnon. Lors des combats de boss, ou de certaines séquences spécifiques, la mort vous renvoie à un checkpoint jamais placé bien loin, là encore sans temps de chargement.
Bon point pour un titre se voulant accessible, et s’adressant à des duos de joueurs et joueuses, impliquant des capacités et habitudes potentiellement différentes. Rappelons qu’il est bien nécessaire d’être deux pour jouer à Orbitals. Dans notre cas, le testeur ci-présent était plutôt à l’aise manette en mains, tandis que la joueuse l’accompagnant manquait de précision durant les séquences de plateforme. Ce qui ne nous a pas empêché de bien nous en sortir, globalement, malgré quelques séquences plus compliquées. Mieux, nos différences de vision et d’habitudes ont même été des atouts dans la résolution de certaines énigmes, nous procurant un sentiment de satisfaction décuplé.
Et des énigmes, il y en a un paquet dans Orbitals. Si l’aventure commence par des séquences assez basiques, le temps de nous permettre de prendre bien en main ses contrôles et de nous faire une idée de ce qui nous sera demandé par la suite, elle ne tarde toutefois pas à se montrer plus sévère. Jamais à l’excès, toujours avec une certaine justesse, mais assez pour que chaque duo bute au moins de temps en temps sur les actions à réaliser. On vous le concède, ça ne semble pas bien précis dit comme cela, mais on s’en voudrait de vous en divulguer trop, tant les mécaniques proposées par le jeu de Shapefarm sont originales.
- Orbitals
- Orbitals
On commence bien sûr l’aventure en choisissant son personnage entre les deux disponibles, un jeune homme et une jeune femme. Chose qui n’aura aucune incidence sur le déroulé des événements, dans l’absolu, mais pourra influer sur certains dialogues, selon qui a réalisé quelle action. Parce que, comme tous les jeux de Hazelight Studios, dont Shapefarm s’est énormément inspiré, il faudra pour chaque situation choisir quel membre du duo se charge de quelle tâche. Par exemple, face à une pièce remplie de lave en fusion, l’un devra faire durcir le sol à coup de jet d’eau, tandis que l’autre se chargera d’avancer tant bien que mal avant que les flammes ne reprennent le dessus.
Simple, mais efficace, à l’image de toutes les mécaniques que le jeu propose, la plupart du temps axées autour de deux outils précis, parmi une petite liste. Ce qui veut dire, par ailleurs, que le choix vous sera réservé : prendrez-vous le pistolet à eau ou le lanceur de cordes ? Vous battrez-vous pour savoir lequel de vous prendra l’outil le plus convoité ? Rien de très neuf sous le soleil pour ceux qui ont déjà bouclé du It Takes Two ou du Split Fiction, par exemple, mais l’exécution est, là encore, absolument inattaquable. Non content de s’inspirer de Hazelight, on a parfois l’impression que Shapefarm a dépassé le studio suédois, notamment via sa gestion du rythme, soutenu de bout en bout, et le renouvellement de ses situations. Un exploit, à n’en point douter.
D’autant que de notre point de vue, tous les voyants sont au vert, aucun élément ne semblant moins travaillé ou moins intéressant que le reste, à l’exception peut-être du scénario, comme dit plus tôt. Pas de défaut majeur, et seules quelques toutes petites imprécisions dans le gameplay, lors de phases nécessitant une visée précise, viendront ternir la fête. Pas de quoi s’affoler, surtout si vous possédez deux manettes pro. Parce qu’il est vrai que jouer avec les Joy-Con de la Switch 2 révèle, comme trop souvent, la finition perfectible des contrôleurs de base, pourtant meilleurs en tous points que ceux de la précédente console hybride du constructeur.
Enfin, on a personnellement beaucoup apprécié qu’il soit possible de débloquer différents mini-jeux en explorant les décors. Bien que tous ne se valent pas, on a tout de même bien bataillé sur chacun d’entre eux une fois rentrés au vaisseau, sorte de hub pendant l’aventure. Orbitals permet même, autre excellente idée, de relancer un chapitre « ultime » une fois l’histoire bouclée, dans le seul but de se la donner sur ces petites activités sympathiques. Un bon moyen de donner envie d’y revenir de temps en temps.
- Orbitals
- Orbitals
- Orbitals
- Orbitals
- Orbitals
- Orbitals
- Orbitals













