Il est fascinant de constater les nuances qui apparaissent au sein des différents genres qui composent le jeu vidéo. S’il fut peut-être un temps où, se formant sur des bases brinquebalantes, le FPS, le RPG ou le Plateformer rentraient dans des clous précis, aujourd’hui rien n’est moins sûr. Ainsi, le jeu de tir en vue subjective, d’abord appelé DOOM-like, a doucement glissé vers des formules dites cinématographiques, avant de connaître, à l’orée des années 2010, un début de changement prometteur. Depuis, nous avons eu droit à toutes sortes de titres repensant le genre, l’adaptant à de nouveaux paradigmes, lui offrant de nouvelles fonctionnalités pour le rendre plus complexe, ou simplement pour toucher des publics variés. C’est dans cette mouvance que l’on peut inscrire un certain Boomerang X, édité par Devolver Digital et développé par le méconnu studio DANG.
Un studio qui, autant le dire tout de suite, n’a produit qu’un seul et unique jeu, avant de mettre la clé sous la porte faute de financements pour un autre projet. Une information qui ne surprend guère aujourd’hui, puisque même les plus grandes boîtes cherchent, par de grosses coupes dans tous les domaines, à pérenniser leurs revenus, mais qui attriste d’autant plus remise dans son contexte : DANG n’était composé que de cinq personnes, qui ont accouché d’un titre particulièrement solide et original en 2021. Un titre auquel j’ai décidé de rendre hommage aujourd’hui, dans l’espoir de lui offrir un brin de la lumière qu’il méritait à sa sortie, et peut-être de ramener de nouveaux joueurs vers sa proposition singulière. En plus d’éviter autant que faire se peut que Boomerang X tombe bêtement dans l’oubli, lui qui mérite une place de choix dans toute ludothèque.
Conditions de test : Partie réalisée sur Nintendo Switch première du nom, via une version dématérialisée achetée plein tarif sur l’eShop de la console. Environ deux heures et trente minutes auront été nécessaires pour voir le bout du titre une première fois, ceci d’une traite, et l’auteur de cet article a pris le temps de boucler par la suite un New Game +.
Robinson des mers du sud

Boomerang X // Source : ActuGaming
La première chose qui frappe quand on débute notre aventure sur Boomerang X, c’est l’étrange bond de géant que réalise notre personnage lorsqu’on appuie sur le bouton de saut. Une fonction dont on va abuser dans les premiers instants, puisque le titre de DANG n’a, à première vue, rien du Fast-FPS qu’on croirait y trouver. Enfin, à première vue seulement. Notre personnage se meut assez lentement, pas de double saut, de course, de dash… rien. C’en est d’ailleurs déroutant, lorsqu’on a acheté le titre en ayant au préalable regardé quelques passages de gameplay. Parce que les premières minutes sont assez molles. Mais ce n’est finalement que pour permettre à tout le monde de s’y retrouver dans ses mécaniques qui seront, dès la première salve d’ennemis abattue, régulièrement abondées en nouveautés.
Le titre débute par le réveil de notre protagoniste sur une plage déserte, et sa découverte d’un boomerang singulier installé sur des pierres ayant été façonnées par des mains expertes. Étrange façon de nous mettre dans le bain, ne laissant finalement deviner qu’une chose : un naufrage nous ayant conduit en ces lieux reculés, anciennement habités par une civilisation énigmatique désormais éteinte. Or, mieux vaut être clair à ce sujet, inutile de vous attendre à bien plus. Boomerang X ne propose pas d’histoire à proprement parler, même s’il se dote d’un personnage récurrent qui distillera quelques bribes d’un maigre lore qu’on peut tout à fait choisir de balayer d’un revers de la main condescendant. Nous ne sommes pas là pour ça.
- Boomerang X
- Boomerang X
Ce qui n’empêche pas Boomerang X de faire quelques efforts en ce qui concerne la construction de son monde, découpé en niveaux, avec des arènes qui semblent toutes raconter quelque chose, et des couloirs menant à de vieilles statues ou des constructions magnifiques. Avec son esthétique Low Poly, le titre part avec un certain capital sympathie, qui ne cessera de grandir à mesure que l’on découvre les lieux géants et variés qui composent son aventure. Dommage que la musique ne suive pas cette petite claque visuelle, qui ne touchera évidemment pas tout le monde de la même manière. On aurait aimé quelque chose d’un peu plus dynamique, peut-être dans des sonorités électroniques comme chez un Ghostrunner… mais on ne retient finalement rien de l’OST.
Flow

Boomerang X // Source : ActuGaming
Difficile d’aborder le sujet de Boomerang X sans en dire trop. D’abord parce que sa découverte manette en mains est la meilleure façon d’apprécier le titre de DANG, cela va sans dire. Mais aussi parce que ce First Person Shooter singulier est extrêmement court. Sans nous presser, et malgré quelques morts, on a mis à peine deux heures trente lors de notre première run. Une durée de vie effectivement décevante, tant le titre regorge d’idées lumineuses. Sa fin arrive d’ailleurs de manière assez abrupte, après une énième arène particulièrement difficile, et un boss final peut-être un poil trop simple en comparaison. S’il est appréciable de tomber sur un jeu qui ne fait pas durer inutilement son aventure, on sent toutefois que Boomerang X aurait facilement pu doubler son temps de jeu, ne serait-ce que pour nous permettre d’expérimenter plus pleinement ses mécaniques.
Oubliez l’obsession pour les flingues qui anime la grande majorité des FPS de tous temps, puisqu’ici vous n’aurez droit qu’à un boomerang, celui-là même que le protagoniste découvre après quelques pas dans le sable. Une arme qui rappellera de bons souvenirs aux amoureux de Mad Max 2, et qui est ici utilisée de plusieurs manières. Il est évidemment possible de lancer ce boomerang sur nos ennemis, ce qui, dans un premier temps, les tue instantanément. Plus tard, des points faibles grossièrement affichés en rouge seront à viser. Mais on peut aussi charger son lancer, pour l’envoyer plus loin, ce qui peut permettre de toucher plusieurs adversaires en une fois. Enfin, d’une pression de gâchette on rappelle notre boomerang qui revient presque instantanément dans notre main, prêt à être relancé.
- Boomerang X
- Boomerang X
Des mécaniques auxquelles on s’attendait, en somme, mais qui fonctionnent très bien manette en mains, même si l’on conseillera quand même d’augmenter la sensibilité de la caméra qui, de base, est assez molle. La jouabilité est réussie, coulant de source lorsqu’on connaît bien le genre du FPS, de quoi éviter de se perdre dans les commandes, du moins dans un premier temps. Parce que Boomerang X ne tarde pas à complexifier son expérience, et le fera graduellement, toutes les cinq à dix minutes, jusqu’au terme de son aventure.
On gagne ainsi la capacité de ralentir le temps en visant, dont on abusera très largement ; la possibilité de bondir en direction de notre boomerang, un moyen de se déplacer qui n’est pas évident à appréhender mais se révèle rapidement jubilatoire ; enfin des attaques spéciales rejoindront notre moveset, avec d’une part un puissant et large jet façon fusil à pompe, et d’autre part un tir concentré en un point transperçant tout ce qu’il touche, rappelant une arme de sniper. Ces deux dernières capacités seront à usage unique, et se renouvelleront chaque fois que l’on tuera un certain nombre d’ennemis d’un seul coup. De quoi pousser à la réflexion constante, au calcul permanent… un autre des aspects assez grisants de ce Boomerang X.
D’autres capacités rejoindront notre arsenal, augmentant encore des possibilités déjà vertigineuses, et faisant naître une certaine rejouabilité. S’il est parfaitement possible de terminer le jeu en ne se servant que du tir classique, du bond et du Bullet Time, on peut aussi s’amuser à se lancer des défis précis. Défis qui prennent encore plus de sens lors d’un New Game + bien pensé, augmentant la difficulté en faisant cohabiter, dès les premières arènes, des adversaires de fin de jeu avec de petites créatures presque inoffensives. En somme, c’est dans ce mode que le jeu montre toute l’étendue de ses possibilités.
Des lendemains qui scintillent

Boomerang X // Source : ActuGaming
Boomerang X est donc découpé en arènes, nous confrontant chaque fois à un nombre donné de vagues d’ennemis. Il ne faudra toutefois pas vous frotter à l’intégralité d’entre eux : seule une poignée, indiquée par des halos dorés, sera à démettre pour progresser. Les autres ne sont là que pour vous mettre des bâtons dans les roues, ou pour vous permettre de renouveler vos attaques spéciales. De la chair à canon en somme.
S’il ne faut donc pas s’attendre à une construction originale, le titre étant finalement ce qui se fait de plus linéaire dans le genre, la découverte de chaque arène fait toutefois son petit effet. Dans un premier temps, elles seront assez minces, il ne sera pas bien compliqué de s’y retrouver ou de s’y mouvoir. Mais rapidement, on aperçoit le vertigineux potentiel du titre : des pièges vont commencer à apparaître, nous forçant à réfléchir nos déplacements, tandis que la forme et la taille des arènes vont beaucoup évoluer.
- Boomerang X
- Boomerang X
Le titre devient alors très vertical, proposant des plates-formes à différentes hauteurs, et il va falloir s’habituer à user de la fonction de bonds en direction de notre boomerang, qui sera notre seule manière d’atteindre certains adversaires. Si l’on commence l’aventure avec un seul point de vie, on en gagnera d’autres à mesure que l’on progressera, et il sera possible de récupérer dans certains coins spécifiques des arènes… qui seront évidemment sous le feu ennemi le plus nourri.
Ce qu’il manque finalement le plus à Boomerang X, c’est un système de scoring, ou bien quelques petites choses à débloquer. Parce qu’il faut dire ce qui est, en dehors du simple plaisir d’améliorer notre maîtrise de son excellent gameplay, relancer le titre en mode New Game + n’a objectivement que peu d’intérêt. C’est dommage, car comme dit plus tôt Boomerang X est très court, et ce n’est que lors de sa seconde run que l’on pourra profiter au mieux de ce qu’il a à offrir.
Parce qu’on ne peut pas faire l’impasse sur les considérations financières, il est à noter que Boomerang X coûte un peu moins de 20 euros, même s’il est régulièrement en promotion. Un tarif qui peut faire grincer des dents au regard du temps de jeu annoncé, frôlant les deux heures en ligne droite. À chacun de déterminer si cette somme paraît, ou non, trop importante pour une durée de vie si mince.





