Pratiquement cinq ans après sa toute première annonce, ça y est, Replaced est enfin disponible, et doit faire sauter de joie les gamers qui l’attendaient impatiemment. Par les Biélorusses de Sad Cat Studios basés à Chypre, il s’agit du premier jeu du studio, comme Fumi Games avec Mouse: P.I. For Hire, qui va sortir aujourd’hui.
Sauf qu’ici, l’ambiance est totalement différente puisqu’elle nous entraîne dans une Amérique cyberpunk des années 80 après une catastrophe nucléaire, et où nous incarnons R.E.A.C.H., une I.A. piégée dans un corps humain par une mégacorporation frauduleuse. Un jeu à l’ambiance cinématographique qui a accroché tout le monde dès les premiers trailers, mais ce titre cyberpunk en 2.5D est-il tout autant captivant manette en main ?
Conditions de test : Nous avons terminé Replaced en 10 heures de jeu sur son mode normal, en faisant toutes les quêtes secondaires, et en cherchant presque toutes les améliorations. Sachez que nous avons joué au jeu principalement sur la version antérieure au patch day one, et que nous supposons que les bugs auxquels nous avons pu assister, ont dû être corrigés. Le titre a été testé avec 32 Go de Ram, une RTX 3070 et un i5 12-400 (2.50Ghz).
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ToggleUne sombre histoire d’IA coincé dans un corps

Replaced nous promettait une narration qui dépote rien que dans ses nombreux trailers, et il faut dire que nos attentes ont été plus qu’assouvies. Vous incarnez Warren Marsh, qui a confectionné une IA nommée REACH. Ce dernier fait partie de Phoenix Corporation, une mégacorporation aux intentions douteuses, et ayant érigé un mur entre ceux qui sont jetables et utilisables (et donc forcément utiles pour cette nouvelle société post-apocalyptique).
Et pas de chance pour notre Warren Marsh, qui, en voulant continuer ses recherches pour la mégacorporation alors qu’il était branché à une machine neuronale connectée à REACH, est pris d’une surcharge émotionnelle intense à cause de la perte d’un ami. Pris de colère, ce dernier provoque un incendie, se fait électrocuter, et se réveille quelques heures plus tard. À ce moment-là, Warren n’est plus et c’est REACH qui prend l’entier contrôle de son corps ainsi que de sa pensée.
Notre protagoniste, après avoir été forcé de passer de l’autre côté du mur, ce dernier étant chassé par la police, devra revenir sur ses pas, et tenter d’inverser le processus pour que tout redevienne comme avant. La narration de départ est intéressante, provoque des moments de tension relativement palpables, et il faut dire que la mise en scène a sacrément du panache. Il n’est pas rare d’avoir des plans tellement dingues que l’on va passer un petit moment à les regarder et s’en délecter tant Replaced fait fort avec sa direction artistique qui flatte la rétine.
Alors évidemment, la narration n’est pas parfaite car sur les premières heures, la production de Sad Cat Studios frise parfois le soporifique. La faute à un rythme qui tire un peu trop en longueur, même s’il y a des passages indéniablement chouettes qui montrent l’envers du décor de ce qu’il se passe vraiment une fois le mur de Phoenix Corporation franchi. On y trouve effectivement quelques personnages hauts en couleurs plutôt sympas et bien travaillés, mais surtout des méchants qui en imposent mine de rien.
Mais Replaced, après ses quelques écueils narratifs, parvient à nous accrocher par le reste de son fil rouge. Pas mal de rebondissements intéressants nous arrivent en pleine face sans crier gare, et les quelques flashbacks sur le passé de Warren permettent d’apporter encore plus de sens et de substance à la narration bien amenée. Nous passons ainsi d’un départ assez hasardeux certes, à une fin en apothéose, relativement suffisante à notre sens. De plus, on apprécie un REACH qui, de fil en aiguille, va passer d’une IA froide et calculatrice à une humanisation définitive, et son évolution est fort plaisante.
Il faut également noter que le titre dispose aussi de choix de dialogues à certains moments, qui ne vont pas aussi loin que ça. Lors de dialogues avec divers personnages, vous aurez parfois l’occasion de leur poser des questions, ou de choisir de continuer vers la mission suivante, mais ce sera tout. Il n’y aura pas vraiment de choix impactants de dialogues, si ce n’est en apprendre plus sur le lore de Replaced, déjà bien fourni rien qu’avec les notes que l’on récupère en cours de route.
R.E.A.C.H., l’homme à tout faire comme Reacher

Ce qu’il faut savoir avec Replaced, c’est qu’il tente pas mal de phases de jeu, avec à la clé un résultat très convaincant au premier abord. Rien que l’intro du jeu nous donne le ton sur ce que sera le soft avec des moments narratifs/contemplatifs, mais surtout énormément de plateformes. Car en dehors de quelques séquences de course-poursuite ou de filature où il va falloir raser les murs pour ne pas se faire repérer par des drones ou véhicules de pillards ou de police, le titre va mettre notre dextérité à rude épreuve.
Ces phases de grimpettes se jouent mine de rien avec un bon timing, mais aussi en dosant les sauts assez lourds de REACH. C’est le premier point qui va peut-être faire tiquer, tant les sauts peuvent paraitre à la fois imprécis, tout en ayant cette peur de rater son saut alors que finalement, on est pile poil dans le timing d’exécution. Cette sensation nous a au début laissé une impression assez frustrante, bien que l’on finisse finalement par s’adapter à cette mécanique de saut « réaliste » dans l’animation.
Par ailleurs, sachez que l’aspect plateforme ne va pas vous demander bêtement de vous balancer de plateformes en plateformes, et se dotera de beaucoup plus de mécaniques que ça. On ne va pas tout énumérer évidemment, mais dans l’absolu, le titre va jouer avec la verticalité du level-design, mais aussi avec la plupart des pièges mortels qu’il faudra éviter. La frustration viendra d’ailleurs d’une hitbox parfois abusive, ce qui nous forcera à recommencer la séquence si l’on se rate une seule fois.
Vous l’aurez compris, Replaced propose un challenge quand même généreux sur son côté plateformes, mais notre REACH national va devoir aussi se battre. Et sur le système de combat, quelle chouette surprise de se retrouver avec une vibe Batman Arkham dans les affrontements. Alors soyons clairs, tout n’est pas parfait car des pics de difficulté viennent parfois jouer les trouble-fêtes et qu’il y a quelques coquilles dans la lisibilité, mais les trois quarts du temps, les phases de baston fonctionnent.
Effectivement, il faudra être dans le bon timing pour frapper nos ennemis, les contrer quand la jauge de danger de ces derniers vire au jaune, ou carrément esquiver lorsque vos adversaires passent au rouge. Oui, Sad Cat Studios s’est énormément inspiré de la licence de Rocksteady qui reste à ce jour le pionnier de cette mécanique de gameplay. Mais soyons honnêtes, Replaced n’est pas ridicule et propose un feeling ô combien jouissif dans les affrontements.
Par ailleurs, REACH n’aura pas seulement un simple bâton électrique pour se défendre face à ses assaillants, et se dotera encore et encore de nouvelles mécaniques, qui viendront enrichir les combats. Rien qu’avec notre pétoire que l’on ne peut utiliser une seule fois après avoir chargé la jauge grâce aux contres et coups portés, le côté tactique des affrontements est déjà plus palpitant. De même, la possibilité de couper les armures des ennemis spéciaux via une pioche apportent un peu plus de piquant au gameplay, et le tout reste soigné dans l’exécution.
Des exécutions qui d’ailleurs sont bougrement stylées avec notre flingue, montrant que Sad Cat Studios nous a fourni une chorégraphie des combats de qualité sur sa production. Hormis évidemment ce côté fouillis et quelques cafouillages dans les contrôles, force est de constater que Replaced peut s’imposer comme l’une des meilleures mécaniques de combat dans un jeu en seulement 2.5D, surtout que nous n’avons pas énuméré toutes les autres features qui viennent s’incorporer aux combats. De plus, les boss sont plutôt coriaces à combattre, et offrent aussi un challenge intéressant. Ils auraient pu être encore plus impressionnants mais pour un jeu de cette trempe en 2.5D, on prend avec plaisir.
R.E.A.C.H., on ne peut pas le Replaced

Dans les autres séquences de jeu, sachez que nous aurons le piratage qui fera son entrée en matière dans Replaced. Ce petit joujou permet de pirater notamment des tourelles ou mécanismes, et le tout se fait même via un petit mini-jeu. Un peu confus au début, celui-ci se révèle finalement facile à réaliser par la suite, et va vous permettre de vous sortir de situations chaudes car si vous vous faites toucher par la moindre tourelle, vous êtes bon pour recommencer.
Côté progression, il faut reconnaitre que Replaced est particulièrement équilibré. En oscillant entre des moments narratifs plus posés et composés de missions secondaires en passant par de la plateforme, quelques énigmes légères et mécanismes à activer ainsi que du combat pur et dur, le schéma de progression n’est jamais monotone. Il y a bien quelques répétitions sur quelques éléments certes, mais ce n’est pas suffisamment gênant pour souffler fort d’exaspération.
De plus, et on va encore revenir dessus, la construction globale du jeu est saisissante. En plus d’offrir des décors qui parviennent plus ou moins à se diversifier, nous trouvons justement suffisamment de verticalité et de passages vertigineux pour rester pantois. Concrètement, pari réussi pour Sad Cat Studio, qui propose un level-design vachement solide du début à la fin. Par contre, s’il subsiste parfois une lisibilité un poil approximative sur où aller et quelle plateforme à laquelle s’accrocher, le reste est tout simplement soigné et bien ciselé.
D’ailleurs, sachez que de nombreuses améliorations se cachent dans les niveaux. Vous pourrez y trouver de quoi améliorer votre santé, la charge que vous accumulez pour utiliser votre arme lors des combats, voire avoir un peu plus de Stim-express, qui vous servira à vous soigner lors de vos phases de castagne. Décidément, le studio a pensé à tout, même aux divers documents que l’on peut trouver ça et là dans chaque tableau.
L’autre élément chouette de Replaced n’est autre que les passages à la fameuse gare. Faisant office de QG géré par la Matriach, c’est par ici que vous allez pouvoir vadrouiller dans cette petite ville, et y accomplir des missions secondaires. Il n’y en aura pas énormément, mais ces dernières permettent de varier les plaisirs, mais surtout d’offrir des récompenses intéressantes. Dans le lot, des améliorations pour votre pioche, bâton électrique, voire votre arme, rien que ça.
Ce côté organique des améliorations avec la réalisation de ces quêtes secondaires fonctionne lui aussi du feu de dieu. Bien qu’il y ait dans le lot des tâches annexes pas très intéressantes et n’effleurant que trop peu le lore, d’autres se révèlent à la fois mignonnes, mais aussi particulièrement touchantes et risquant de très certainement vous marquer. Alors certes, ce sera beaucoup de quêtes fedex, aussi pas mal d’allers-retours dans les quartiers de la gare, mais dans l’absolu, l’expérience est suffisamment condensée pour ne pas devenir redondante.
On notera aussi notre petit journal électronique nous indiquant ça et là quoi faire, mettre de la musique ou lire les divers documents récoltés, pour un côté encore plus immersif dans le monde cyberpunk post-apo de Replaced. Enfin clin d’œil oblige, vous pouvez aller dans une salle d’arcade où il est possible de jouer à des jeux rétros rendant hommage à quelques titres old school, rien que ça (avec un pseudo Space Invaders qui plus est).
Un bijou artistique et sonore

S’il y a encore des gens dans la salle qui doutent de l’habillage artistique, eh bien, sachez que Replaced risque de bien vous surprendre, le titre étant une pure merveille dans son esthétique. En voulant mélanger graphismes réalistes avec un soupçon de pixel art bien prononcé, le titre tournant sous Unity est superbe. Que ce soit par la variété des environnements jusqu’aux plans de caméras fascinants que l’on peut voir durant tout le jeu, le travail de Sad Cat Studios a été plus que titanesque.
Très franchement, même la réalisation graphique globale de Replaced arrive à nous en mettre plein la vue. Que ce soit dans les effets de lumière jusqu’à son optimisation vraiment aux petits oignons, il faut bien avouer que le titre est aussi sublime techniquement qu’artistiquement.
Bien entendu, quelques bugs subsistent et il y a pas mal de choses à corriger, notamment vers la fin du jeu mais qu’importe, le plaisir de jeu et l’expérience proposée sont juste dingues, et vous donneront envie d’y retourner même une fois terminé. Il n’y a pas à dire, tout a été soigné dans les animations jusque dans les nombreuses textures qui animent le soft.
Et si nous n’avons pas encore parlé de la bande-son, c’est normal, il n’y aura que la musique à juger. Faute de budget très certainement, Sad Cat Studios s’est beaucoup plus focalisé sur les thèmes musicaux, et grand dieu que ça fonctionne bien aussi. On y retrouve de la synthé et de l’électro soft, pour un aspect assez mélancolique qui marche super bien sur Replaced. Alors, ce type de musique peut paraitre timide, il est vrai, mais cet ensemble apporte une douceur logique au titre, qui ne se veut pas aussi bourrin et frénétique qu’un Ghostrunner par exemple.
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