Avant même sa sortie, Zero Parades: For Dead Spies occupe déjà une place assez singulière dans le paysage vidéoludique. Issu du studio ZA/UM, à qui l’on doit l’excellent Disco Elysium, ce nouveau RPG narratif semble avoir toutes les cartes en main pour réussir avec un tel héritage. Seulement, le studio a été vidé d’une grande partie de ses talents à la suite de nombreux conflits internes. L’équipe restante a donc dû composer avec un contexte particulièrement compliqué, mais aussi avec des fans très sceptiques vis-à-vis de ce successeur spirituel de Disco Elysium. L’occasion pour eux de faire leurs preuves, même si l’ombre du premier succès reste malheureusement un peu trop présente.
Conditions de test : Nous avons terminé le jeu sur PC via Steam (en anglais).
« Spy facile »

Zero Parades: For Dead Spies
Tout d’abord, comme ce fut le cas pour Disco Elysium avant l’arrivée de sa traduction française, Zero Parades: For Dead Spies n’est actuellement accessible qu’en anglais (ainsi qu’en allemand, russe et chinois pour les rares personnes maîtrisant parfaitement ces langues). Toutefois, soyez rassurés, car les développeurs promettent une mise à jour d’ici la fin de l’année afin d’ajouter de nouvelles langues, dont le français.
En partant de ce constat, il reste difficile de conseiller pleinement le titre à l’heure actuelle. Même en n’ayant aucun problème pour jouer habituellement en anglais, le RPG fait partie de ces rares exceptions où l’on doit constamment garder un dictionnaire à portée de main tant l’écriture est extrêmement dense, littéraire et sophistiquée. Les dialogues sont longs, remplis de formulations abstraites, d’ironie, de jeux de mots et de concepts idéologiques. Bien que cela ne soit absolument pas un frein à la progression, il y a cette impression de se gâcher un peu le plaisir en ne saisissant pas toujours le sens profond des formulations.
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Même s’il est difficile de juger avec une barrière de la langue aussi imposante, la plume du studio semble en tout cas conserver une certaine qualité. On le ressent surtout à travers les différents PNJ souvent excentriques et/ou brillants, mais toujours fascinants d’une certaine façon. On ne peut tout de même s’empêcher de constater certaines longueurs, ainsi qu’une prose parfois assez lourde pour pas grand-chose.
Dès le début, Zero Parades nous prend au dépourvu avec une ambiance étrange et intrigante. On se réveille dans une chambre située dans la ville portuaire de Portofiro en tant que Cascade, une espionne qui reprend du service. À peine réveillé et disposant de souvenirs flous, on découvre un partenaire plongé dans un état comateux inexplicable.
Cette courte description ne rend toutefois pas hommage à cette introduction volontairement mystérieuse et empreinte d’un certain malaise. En commençant par enquêter sur ce qui est arrivé à votre « double » (comme elle l’appelle) et en parcourant les recoins de Portofiro, vous allez petit à petit plonger dans une sorte de roman d’espionnage ponctué de sujets politiques, d’absurdités, d’humour et de réflexion, notamment celles sur le poids des échecs du passé.
Des choix en Cascade

Zero Parades: For Dead Spies
Le gameplay de Zero Parades: For Dead Spies reprend largement les bases de Disco Elysium en mettant l’accent sur les dialogues, les compétences psychologiques et les jets de dés qui déterminent les actions possibles. Cascade peut être façonnée selon différents archétypes orientés vers l’intellect, le charisme ou la force physique.
Chaque compétence influence directement la manière dont on perçoit le monde et la façon dont on interagit avec les autres personnages. Certaines aptitudes permettent par exemple d’analyser les émotions des interlocuteurs, tandis que d’autres renforcent les instincts ou les réactions impulsives du protagoniste.
Chaque conversation devient donc une sorte de casse-tête où les statistiques ne servent pas seulement à réussir des actions mais également à construire une personnalité cohérente. Le jeu introduit également plusieurs nouveautés dans ces mécaniques de RPG. Le système de « Conditioning », inspiré du « Thought Cabinet » de Disco Elysium, permet d’équiper différentes pensées qui modifient le comportement du personnage et renforce ainsi la personnalisation de son comportement.
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Ces idées fonctionnent comme des lignes de conduite psychologiques qui nous poussent vers des attitudes précises ayant des avantages, mais aussi des limites à ne pas franchir. Elles ne sont pas déterminantes, mais ont le mérite de renforcer le roleplay durant notre périple. On ne sera pas aussi élogieux concernant le système d’états mentaux, qui est un élément mis en place pour gérer les conséquences néfastes de nos actes. Ils reposent sur trois états psychologiques : la fatigue, l’anxiété et le délire. Chaque situation peut affecter ces paramètres et certaines actions permettent même de sacrifier temporairement sa stabilité mentale pour augmenter ses chances de réussite lors d’un jet.
Certains évènements permettent de réguler (ou de renforcer en cas de malchance) ces différents malus, mais la gestion de ces états se fait surtout via les consommables que l’on ramasse un peu partout ou que l’on peut acheter dans les distributeurs de la ville. Car si vous dépassez la limite dans l’un des trois états, vous perdez un point de statistique au hasard dans l’un des trois archétypes que nous avons mentionnés plus haut. Contrairement au reste, nous sommes ici face à une mécanique très utilitaire qui n’apporte finalement pas grand-chose à l’immersion, si ce n’est l’ajout de contraintes relativement artificielles.
Il joue sur tous les tableaux

Zero Parades: For Dead Spies
En parlant des items, il faut souligner que le jeu souffre néanmoins de plusieurs défauts hérités de Disco Elysium. L’inventaire reste peu pratique à utiliser, notamment lorsqu’il faut changer fréquemment d’équipement afin d’optimiser ses statistiques. Nous avons également essayé de jouer à la manette par curiosité et il faut reconnaître que l’expérience n’est pas très convaincante. Les déplacements et la sélection des objets manquent de fluidité et de précision. On espère que cela sera amélioré d’ici la sortie des versions consoles.
Le doublage est également de très bonne facture, mais il met surtout en lumière l’un des plus gros problèmes de Zero Parades: For Dead Spies : sa dépendance à Disco Elysium. Cette proximité constitue sans doute à la fois sa plus grande qualité et sa plus grande faiblesse. D’un côté, les fans retrouvent immédiatement ce mélange unique de philosophie, de politique et d’humour noir. De l’autre, le titre donne souvent l’impression de rejouer une formule déjà connue sans prendre suffisamment de risques pour s’en détacher véritablement.
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Le principal domaine dans lequel le jeu parvient à prolonger l’héritage de Disco Elysium tout en affirmant sa propre identité reste son aspect visuel. Malgré l’absence d’Aleksander Rostov, principal artisan de la direction artistique de Disco Elysium, Zero Parades bénéficie d’une esthétique picturale particulièrement marquée.
Chaque décor semble peint à l’huile, au point de donner l’impression d’évoluer en permanence dans une galerie de tableaux animés. Les environnements débordent de détails et se montrent étonnamment colorés malgré cette plongée dans un univers d’espionnage souvent sombre et désenchanté.







