Test Yerba Buena – Un folklorique cocktail d’énigmes au potentiel grisant mais ambivalent

Publié le :

Par :

Pas de commentaire
0
6.5

Note des lecteurs

Partagez votre avis (0)

Les jeux de puzzle et d’énigmes environnementales tiennent la barre ces dernières années, avec plusieurs productions qui ont réussi à se faire un nom comme Portal ou encore The Witness, The Talos Principle ou, dans un registre différent, Blue Prince. Mad About Pandas, le studio derrière des jeux assez anonymes comme Hitchhiker, Forever Forest ou encore Laika, revient sur nos écrans avec un tout nouveau projet, Yerba Buena, un jeu de réflexion basé sur la physique et le déplacement des objets, avec une histoire originale : vous incarnez une PNJ qui doit tout faire pour se sortir d’un jeu vidéo laissé à l’abandon. C’est l’éditeur français Focus Entertainment, derrière l’édition de MIO: Memories in Orbit, de la saga A Plague Tale ou encore de Banishers: Ghosts of New Eden, qui a choisi de faire confiance aux allemands de Mad About Pandas pour leur nouveau jeu tout juste sorti en ce 26 mai sur PC, PlayStation 5 et Xbox Series X/S. Entre puzzle-game, enquête et réflexion, que penser de ce jeu à l’ambiance funky ? Nous l’avons terminé pour vous.

Conditions de test : Nous avons parcouru les rues de San Francisco équipés de notre appareil magique pendant une petite dizaine d’heures, le temps de voir le bout de l’aventure de Yerba Buena, le tout sur PC via Steam.

C’était pas que du tabac

Yerba buena test screenshots 6 1

L’une des énigmes de Yerba Buena

Votre épopée dans Yerba Buena débute aux commandes d’une jeune femme, Barbara – Barb pour les intimes – au cœur des rues de San Francisco en 1976. La cycliste vient de rater son entretien d’embauche prometteur à cause d’une roue crevée. Semblant habituée à ce genre de péripéties, Barb se voit raccompagnée chez elle par un ami qui passait par là, Russell. Mais tout ne se passera pas comme prévu lorsque l’homme va se faire prendre en otage par un dangereux criminel et braqueur de banque de surcroît, Bear, appartenant au gang de motards Bay Angels. La jeune femme va alors mettre la main sur un outil particulier laissé là dans la précipitation, l’Oscillateur, lui permettant de manipuler les objets et décors présents autour d’elle, et qui sera le cœur du gameplay de Yerba Buena, qui se jouera exclusivement en vue à la première personne.

Entre les tentatives de faire avorter des projets immobiliers menaçant la ville et autres sauvetages périlleux, le ton est donné. En effet, le géant de la tech Om Technologies aspire à construire très rapidement une immense tour en plein milieu du parc Yerba Buena, au même moment où la ville semble frappée par un « bug », un virus faisant disparaître mystérieusement des objets aléatoires et qui est intrinsèquement lié au destin même de la ville et de Barb.

L’Oscillateur en poche, la jeune femme va pouvoir étudier ses fantastiques capacités, à savoir copier tout déplacement d’un objet en mouvement pour reproduire celui-ci sur un objet fixe environnant. Un ventilateur devient donc une source de rotation à copier et à coller sur une bétonnière, par exemple, pour l’activer. Il en va de même pour la vapeur de ce café trop rugueux qui vous permettra d’invisibiliser tout objet bloquant votre passage ou celui d’une plateforme en mouvement que vous venez de déplacer. De vraies bonnes idées en somme, qui vont venir muscler une progression pas si aisée que cela.

En mettant les mécaniques de la physique au centre de son intérêt ludique, Yerba Buena ouvre les portes à toutes les expérimentations, aussi infructueuses ou couronnées de succès soient-elles, mais développe aussi une certaine complexité quant à l’attente des développeurs lors de certaines énigmes, l’absence d’indication précise pouvant parfois vous faire tourner en rond de longues minutes. La faute à une mise en scène parfois brouillonne desservant une narration quelque peu décousue, hormis lors des moments narratifs majeurs.

Composée de 14 chapitres de longueur différente, l’aventure se terminera en 8 h au total, avec peu de rejouabilité, si ce n’est pour trouver tous les journaux de développeurs cachés un peu partout. Des journaux qui nous indiquent que notre héroïne intervient en réalité dans un ancien jeu vidéo dans lequel les PNJ interviennent pour modifier l’histoire. On a un peu l’impression d’un mix entre Ready Player One et Free Guy en somme, avec plusieurs mondes interconnectés et énormément de moments où le jeu brise le quatrième mur pour rappeler au joueur dans quel monde il a mis les pieds. Nous ne vous en dirons pas plus sur les tenants et aboutissants de cette situation originale, mais il faut quand même louer les prouesses des derniers twists scénaristiques, plutôt bien trouvés et venant sauver ici une narration décousue qui perd de l’importance comparativement au gameplay bien plus engageant.

C’est un parc d’attractions, ça ?

Yerba buena test screenshots 7 6

Un Fakir géant – Yerba Buena

Son Oscillateur en poche, Barb va alors passer par plusieurs phases de tutoriel « hors du temps », pour lui permettre d’apprendre à gérer les différentes mécaniques et touches disponibles, comme donc la copie, mais aussi la réinitialisation de l’objet visé par exemple. Une mécanique bienvenue vu le nombre de fois où vous ferez une boulette suite à une mauvaise lecture de votre environnement. Encore une fois ici, le manque d’indication et une trop grande liberté laissée par moments n’aideront pas à progresser de manière fluide, mais d’aucuns diront que cela permettra de flatter l’égo des joueurs et joueuses réussissant à traquer les énigmes environnementales qui vous attendent. Des phases de tutoriel qui prendront parfois la forme d’un niveau entier au sein d’un parc d’attractions vraiment louche, où vous rencontrerez des personnages très importants. Des niveaux pas toujours lisibles au niveau de leur level design et pouvant demander, une fois de plus, un temps plus long pour les analyser comme il se doit.

Notez tout de même qu’une fonction de scanner vous aidera à mettre en évidence les objets et plateformes avec lesquels vous pourrez interagir : les objets à copier apparaîtront en orange tandis que les objets pouvant recevoir une commande seront plutôt de couleur bleue. Vous ne pourrez d’ailleurs pas mourir à proprement parler dans Yerba Buena, votre personnage retrouvant la position qu’elle occupait un peu plus tôt de manière presque instantanée. Vous débloquez un peu plus tard la possibilité de copier et coller une fonction de rebond, vous octroyant une plus grande verticalité pour progresser. Des évolutions que l’on salue pour ne pas tomber dans une répétitivité qui aurait pu être dévastatrice sinon. Une phase plus ouverte viendra conduire à la fin de l’aventure, mais ne nous a pas spécialement convaincus, nous avons préféré le côté plus linéaire des premiers chapitres.

Néanmoins, on se frotte là aussi à un écueil heureusement compensable par un peu de prudence : les phases de plateforme, parfois imprécises et pouvant provoquer des bugs de collision et des blocages, le tout dû à une physique assez imprécise sur ces phases-là, contrairement aux puzzles plutôt bien huilés et prenant en compte ces éléments de physique de manière très avancée. En effet, au fur et à mesure que vous progresserez dans les chapitres de Yerba Buena, vous gagnerez en confiance, en dynamisme et donc en efficacité, pour combiner quasiment à la volée les compétences de copie, celle de rebond et parfois aussi celle de plateforme associée à la capacité de rendre transparents certains objets, pour plus de satisfaction une fois les puzzles effacés. Notez que les pouvoirs que vous copiez ne peuvent pas vous suivre éternellement et sont limités en termes de distance par rapport à leur point de copie, pratique pour ne pas non plus trop vous disperser.

Visuellement parlant, Yerba Buena a décidé de tout miser sur la ville de San Francisco mais surtout sur son univers bien imbriqué dans les années 70. Les couleurs, les textures décoratives, mais aussi les tenues des personnages, les véhicules et les décors traversés suffisent à donner une identité au jeu, bien qu’un poil répétitive lors des séquences en ville. Côté bande-son, le jeu nous glorifie parfois de morceaux choisis spécifiquement pour coller à l’ambiance, au thème et à l’époque choisis par les développeurs, le tout dans un ensemble très funky disco. Cela colle parfaitement à l’univers, tout comme les dialogues originaux, très immersifs, même si on aurait préféré une version française intégrale. Un mot sur l’interface, bourrée d’informations et de détails sur les lieux, les chapitres et les personnages, mais que l’on pourra quand même qualifier d’assez austère dans l’ensemble. La technique est correcte mais on regrettera tout de même quelques bugs de collision et un chara-design inégal par moments sur certains personnages.