La franchise Fatal Frame, ou Project Zero, c’est selon, a connu un étrange parcours. Née durant l’âge d’or des survival horror japonais sur PS2, la licence a ensuite migré chez Nintendo pour les 4ᵉ et 5ᵉ épisodes. Pour l’heure, rien ne permet de dire qu’un nouveau Fatal Frame pourrait voir le jour. Koei Tecmo mise plutôt sur ses archives avec un remake de Fatal Frame II: Crimson Butterfly. Nouveau moteur, modification de la prise en main, rythme retravaillé, tout est en place pour offrir aux joueurs une alternative à Silent Hill ou Resident Evil. Si le travail est impressionnant en soi, on ressort de là en se disant qu’il a conservé certaines de ses lourdeurs d’origine.
Conditions de test : nous avons joué sur une PS5 classique durant un peu moins de 20 heures. La version testée ici prend en compte les patchs déployés après la sortie, qui permettent notamment de profiter d’un meilleur équilibrage durant les déplacements et de désactiver l’effet de grain.
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Ils ont le sens du timing chez Koei Tecmo ! Sortir un remake de Fatal Frame, licence appréciée mais très loin d’être aussi connue que Silent Hill ou Resident Evil, deux semaines après le mastodonte de Capcom a quelque chose de culotté. Pourtant, Fatal Frame a quelque chose de spécial. Ici, l’accent est mis sur le fait de contrôler des personnages fragiles, constamment sous pression. Non pas par des créatures faites de chair et de sang ou des humains peu recommandables, mais par des esprits. L’ambiance des Fatal Frame (ou des Project Zero, c’est la même chose) est mise au cœur de l’expérience. Au sein de cette licence, pas question de jouer avec une arme blanche ou une arme à feu.
Dans Fatal Frame II: Crimson Butterfly Remake, votre seule arme sera la fameuse caméra Obscura, capable de faire des dégâts aux adversaires lorsqu’elle est déclenchée. Elle fonctionne à l’aide de pellicules de différents types. Certaines permettent de faire des dégâts importants mais le délai entre deux clichés est long, d’autres sont plus rapides mais moins efficaces. Il y a aussi des pellicules très efficaces et rapides à utiliser mais, évidemment, elles sont rares. Le titre, ainsi que les autres opus, ajoute de la pression en forçant le joueur à prendre des risques.
Il faut regarder les esprits en face et, idéalement, attendre le dernier moment pour effectuer un cliché très efficace, occasionnant donc le maximum de dégâts. Pour vous aider, des marqueurs rouges s’affichent. Plus il y en a, mieux c’est. Autrement dit, la prise de risque est récompensée. Le fait de combattre des esprits change tout de même la donne car ces derniers n’hésitent pas à traverser les murs, les meubles ou à se téléporter pour surprendre le joueur. Le rythme est donc plus lent que dans d’autres jeux du genre, mais ça permet de maintenir une tension de chaque instant, renforcée par le côté angoissant des environnements.
Fatal Frame II : Crimson Butterfly a quelque chose à raconter

C’est donc le moment de parler de ce qui permet au titre d’offrir une ambiance particulièrement réussie. Fatal Farme II: Crimson Butterfly Remake repose sur une histoire intéressante à suivre, ignorant totalement le concept nanardesque d’un Resident Evil et s’éloignant du côté très psychologique d’un Silent Hill. Ici, l’horreur est réelle, les esprits sont là et l’endroit… bien présent. La narration est ici une véritable carotte pour le joueur. On incarne donc Mio, une jeune fille explorant les bois tranquillement avec sa jumelle Mayu.
La bascule intervient très vite puisque cette dernière est attirée par un étrange papillon, menant les jumelles aux portes d’un village perdu, Minakami. Tout le monde le connaît, mais la légende raconte qu’aucune des personnes y étant entrées n’en est ressortie. À de rares moments, on pourra jouer avec les deux sœurs mais on ne contrôle réellement que Mio. Mayu, elle, peut venir nous tenir la main à quelques occasions, régénérant notre santé et nous permettant de la protéger d’une attaque venue de l’arrière.
La plupart du temps, on est seul, aux commandes de Mio. L’occasion de découvrir le passé du village, un vaste puzzle qui prend forme par l’intermédiaire d’apparitions, de documents et de narration environnementale. Ce passé est particulièrement intéressant et on a pris un grand plaisir à chercher chaque document pour en apprendre plus, d’autant qu’on apprend très vite qu’un rituel impliquait deux jumelles et que celui-ci n’a pas pu avoir lieu. Le bon pari de ce Fatal Frame II, dont l’histoire reste presque identique à l’épisode original, est de ne pas se concentrer uniquement sur nos jumelles du présent. On tombe rapidement sur les traces d’un certain Seijiro Makabe, un spécialiste du folklore, invité au village pour documenter ses traditions et son fonctionnement. C’est d’ailleurs lui qui a introduit la caméra Obscura et heureusement pour Mio.
Allez, bouge !

On a déjà expliqué son fonctionnement et, autant elle permet à la licence de se différencier, autant le remake ne va pas au bout de la rénovation. Sous prétexte de rendre les combats stressants, Koei Tecmo nous inflige un gameplay assez lourd. Les animations sont rigides, se déplacer en plein combat est parfois fastidieux et on peste régulièrement sur le décalage entre la réactivité des esprits et celle de Mio. Si vous y trouvez votre compte, tant mieux. Nous, on aurait aimé que ce remake soit l’occasion d’introduire de la souplesse dans les affrontements, ce qui n’aurait pas nécessairement diminué la tension car les esprits sont résistants et peuvent même entrer dans une phase de rage les rendant encore plus violents.
À ce sujet, sachez que si ce test est arrivé en retard, c’est en partie parce que l’équipe de développement de Fatal Frame II: Crimson Butterfly Remake a décidé de rééquilibrer la résistance des esprits pour qu’un affrontement mineur ne prenne pas trop de temps. Un réglage suffisamment important pour nous inciter à recommencer le jeu, ne pas fournir une critique littéralement obsolète et qui permet au titre d’être plus appréciable. Quoi qu’il en soit, Fatal Frame II ne s’offre pas et il faudra bien explorer pour trouver de petites pierres permettant d’améliorer les combats. C’est crucial pour affronter certains boss. Si vous vous présentez sans pouvoir faire de focus manuel, de zoom ou profiter de marqueurs rouges plus nombreux, certains esprits vous gifleront sans tergiverser.
Des boss ou des esprits spéciaux qui peuvent n’être qu’une formalité si on est bien équipé et qu’on a procédé à l’amélioration de la caméra. Caméra Obscura qui, par ailleurs, permet d’explorer, de retrouver des objets cachés, voire même de reconstituer le passé (on vous laisse découvrir comment et pourquoi) à l’aide de divers filtres à utiliser. L’exploration est intéressante car on alterne entre intérieurs et extérieurs, entre navigation dans les ruelles et résolution d’énigmes en tous genres. L’occasion d’ajouter quelques quêtes annexes qui ajoutent du gras à l’histoire de ce Fatal Frame II: Crimson Butterfly Remake.
Un remake qui prend un peu trop en compte le jeu original

Fatal Frame II: Crimson Butterfly Remake est un jeu dont la réception dépend avant tout de la sensibilité vis-à-vis de la manière dont la peur est distillée. De notre côté, on a été séduits par l’histoire, l’ambiance, un village intéressant à explorer qui ne fait pas seulement office de décor et une tension qui est maintenue à tout instant. Maintenant, plusieurs choses ajoutent de l’ombre sur cette grande photo. Tout d’abord, on l’a dit, c’est lourd et ça ne conviendra pas à tout le monde. Ce reliquat de l’ère PS2 pourra rebuter une partie des joueurs qui aiment avoir le plein contrôle des déplacements.
Ensuite, le terrain de jeu reste finalement assez limité et on troque le plaisir d’explorer ce labyrinthe condensé pour le sentiment d’être déjà passé par là 40 fois. Au sein du gameplay, on souffle un peu face aux courses-poursuites qui consistent à fuir, trouver une petite cachette et attendre que l’esprit veuille bien aller voir ailleurs. Enfin, et si le remake permet de profiter d’un rendu moderne, on ne comprend pas pourquoi il a tant de mal à offrir de la fluidité, surtout sur du 30 fps. Les baisses de framerate ne sont pas délirantes, mais elles sont très nombreuses et crispantes. L’utilisation du grain est également maladroitement gérée, au point qu’une mise à jour permet désormais de le désactiver. Ainsi, et malgré un remake total, Fatal Frame II: Crimson Butterfly Remake reste en partie dans son jus et pas pour les bonnes raisons.
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