Test Deer & Boy – Une pépite indé mystérieuse et pleine d’émotion

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Un duo improbable, un conte poétique et une grande dose d’amitié, c’est la recette de Deer & Boy, signé Lifeline Games, avec à sa tête Jayson Houdet. L’histoire d’un petit garçon et d’un faon, tous deux esseulés et devant s’unir devant l’adversité pour aller au bout de leur chemin ensemble et affronter leurs pires démons.

Après plus de six ans de gestation, deux participations à l’AG French Direct et plusieurs interviews dans nos colonnes, Deer & Boy s’apprête à sortir de son cocon. Le jeu indépendant édité par Dear Villagers sort ce 23 juin sur PC, PlayStation 5, Nintendo Switch et Xbox Series X/S au prix de 19,99 €. Nous avons pu le terminer et profiter de cette aventure tout à fait singulière et toute mignonne, mais à l’heure de faire le bilan, est-ce vraiment la pépite attendue ?

Conditions de test : Nous avons terminé l’aventure deux fois sur PC via Steam, en qualité graphique élevée, le tout à la manette. Bien que nous nous efforcerons de ne pas inclure de spoiler narratif majeur, la mise en contexte nécessite quelques précisions sur l’histoire. Nous omettons volontairement de vous montrer la toute fin du jeu pour ne pas vous gâcher la découverte.

Quand la poésie rencontre l’aventure

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Ces deux-là se sont bien trouvés – Deer & Boy

Nous ne sommes pas égaux face aux événements que la vie nous réserve. Partant de ce postulat, le petit garçon que nous incarnons dans Deer & Boy s’apprête à vivre un grand voyage initiatique, quittant le logement familial en faisant le mur de nuit. L’introduction ne nous donne pas davantage de contexte et nous laisse diriger ce petit être fragile au cœur de vastes espaces pouvant offrir mille et un dangers, avec un objectif qui semble clair : partir aussi loin que possible de cette vie. Pourquoi ? Nous ne le saurons pas tout de suite. En effet, Deer & Boy nous entraîne à travers une aventure très mystérieuse, qui ne révélera ses secrets les plus enfouis que dans la toute dernière partie.

C’est sans doute l’un des rares points faibles du jeu : mis à part au début, un peu au milieu et surtout à la fin, il y a peu d’éléments reliant vraiment ce qui se déroule à l’histoire du petit garçon, ce qui peut être frustrant. Sans révéler les moments clés menant à la conclusion et à la réflexion globale, le scénario assez court (environ quatre heures) nous entraîne dans une histoire de rédemption, un parcours initiatique. Celui d’un petit garçon forcé de devenir un homme un peu trop tôt, par la force des événements, pour ne pas sombrer et affronter sa part d’ombre. Mais nous aurions adoré picorer parfois une petite révélation narrative pour maintenir l’intérêt et nous rappeler les raisons de cette aventure.

Pour l’aider dans cette transition de vie, le petit garçon, muet et sans prénom cité, sera accompagné d’un petit faon, rencontré au début de son parcours en forêt. La relation entre les deux nouveaux amis sera probablement l’un des temps forts de l’aventure Deer & Boy, entre l’évolution de chacun, leurs doutes et leurs compétences, mais aussi la manière dont ils apprennent à se faire confiance et à compter l’un sur l’autre pour avancer plus loin. Un faon, victime d’événements dramatiques puisque sa propre mère subira un sort funeste, à l’instar de Bambi. Les deux êtres vont alors évoluer en parallèle et on remarque, de manière subtile, les similitudes entre leurs deux histoires à plusieurs reprises.

Alors que la police recherche le jeune homme disparu, vous allez donc devoir procéder logiquement à des phases d’infiltration, pour ne pas vous faire attraper. En cela, Deer & Boy s’inspire de jeux comme Little Nightmares, où une petite seconde peut compter pour la réussite de ces séquences. Se cacher derrière des poteaux ou des palissades, courir, sauter et même interagir avec le décor, vous devrez souvent faire marcher vos méninges pour progresser, d’autant plus que le jeune garçon pourra compter sur les pouvoirs cachés du petit faon devenu jeune cerf.

Ces pouvoirs serviront la plupart du temps à détruire de la matière noire mystérieuse et gluante, provoquant votre mort si vous y restez trop longtemps. En concentrant les pouvoirs du cerf contenus dans ses bois majestueux et magiques, vous allez pouvoir débloquer des passages et même repousser des créatures émergeant de cette matière gluante. Mais, d’ailleurs, que représente-t-elle vraiment ? Jouez et vous vous ferez votre propre idée. Le game over peut donc rapidement arriver si vous ne réagissez pas au quart de tour. L’équilibre est d’ailleurs bien dosé entre phases de marche, d’infiltration et même d’action, où fuir une horde de loups ou ces mystérieuses apparitions métaphysiques dynamisera l’aventure.

Petit garçon deviendra homme

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Une amitié indéfectible – Deer & Boy

Le petit garçon, lui, n’obtiendra pas forcément de nouvelles compétences au fil de l’aventure, mais progressera par le biais d’interactions avec le décor (éléments à pousser, leviers, tas de neige pour amortir vos chutes), aussi bien de manière horizontale que verticale, à la manière d’un Heart of Darkness, toutes proportions gardées, et en donnant des ordres au faon pour diverses interactions. Deer & Boy arborant une esthétique en 2,5D, il vous suffira de lire le décor pour remarquer les différents éléments nécessaires à votre progression, les chemins possibles ou les objets avec lesquels votre petit faon pourra interagir.

Grâce à un curseur, vous pourrez cibler un tronc d’arbre pour qu’il aille le faire tomber et vous fabriquer un pont, ou bien une ouverture dans un mur pour aller activer un bouton derrière une grille fermée. Des énigmes inspirées, suffisamment renouvelées pour ne pas lasser, et qui comportent toutes de nouvelles mécaniques en fonction des lieux traversés, qu’ils soient urbains, industriels, champêtres ou même montagneux. Ces séquences seront entrecoupées de scènes de complicité totale entre nos deux héros qui nous ont littéralement fait craquer.

Mentionnons tout de même la fin de l’aventure, qui casse les codes alors établis pendant plus de trois heures. Le jeu nous surprend en utilisant des séquences bien plus dynamiques qu’à l’accoutumée, dans une course folle vers la résolution finale et les dernières révélations narratives. C’est un choix ambitieux et audacieux pour Lifeline Games qui plaira à celles et ceux qui cherchent de la rupture de rythme, et qui arrive d’ailleurs juste après des séquences très calmes où notre héros se retrouve seul face à son destin.

Concernant sa réalisation, Deer & Boy fait le pari risqué de proposer son aventure en 16:9 forcé avec de grandes bandes noires qui viennent encore se renforcer lors des cinématiques et que l’on ne peut supprimer. Troublant au début, ce choix s’avère finalement malin puisqu’on a l’impression de jouer à un film d’animation, puisque visuellement, le jeu arbore une esthétique très feutrée, comme dessinée à la main, animée avec goût et inspiration, rendant l’ensemble vivant et évolutif, sans oublier de véritables séquences absolument sublimes. Développé sous Unity, Deer & Boy fascine par la qualité de ses animations et de ses effets visuels qui rendent service à la patte artistique aussi singulière que colorée.

Côté technique, c’est quasiment un sans-faute. Lifeline Games nous livre une prestation peaufinée jusqu’à l’extrême, même si quelques bévues restent encore, comme des mouvements de caméra erratiques et quelques ralentissements à la marge. Rien de grave pour un jeu indépendant qui reste, hormis ces éléments notés, extrêmement propre. Un mot sur la musique, absolument sublime, parvenant à se faire discrète lors de phases plus graves mais qui s’envole quand cela est nécessaire, avec notamment le morceau entraperçu dans la bande-annonce diffusée à l’occasion de l’AG French Direct 2026, interprété par Louise Diffus, qui signe ici l’une des plus belles séquences du jeu, entre complicité et nostalgie. Le sound design n’est pas en reste : jeu muet oblige, la plupart des émotions utilisent la narration environnementale, les expressions de visage, les onomatopées ou les silences évocateurs. Du très bon travail d’immersion qui montre qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des milliers de lignes de dialogue pour transmettre des émotions.