Souvent, les adaptations de l’œuvre de H.P. Lovecraft peinent à capturer pleinement ce qui fait toute la force de son univers. Notamment cette peur diffuse, presque insaisissable, qui repose davantage sur l’inconnu que sur ce que l’on voit réellement. Avec Cthulhu: The Cosmic Abyss, Big Bad Wolf Studio semble justement vouloir prendre ce problème à bras-le-corps en proposant une expérience qui s’éloigne des codes classiques du survival-horror pour se rapprocher d’un thriller narratif bien plus fidèle aux romans. Une démarche plus ou moins réussie malgré quelques écueils.
Conditions de test : Nous avons terminé le jeu sur PC via Steam avec la difficulté par défaut (sans aide). Notre configuration est la suivante : AMD Ryzen 7 5800X3D, 16 Go de RAM DDR4 et AMD Radeon RX 6700 XT.
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ToggleUne ambiance tombée du ciel

Cthulhu: The Cosmic Abyss
Malgré un style assez classique dans l’univers des jeux narratifs, on ne peut nier un certain talent au studio bordelais Big Bad Wolf pour retranscrire fidèlement les univers empruntés comme celui du World of Darkness avec Vampire: The Masquerade – Swansong.
Avec Cthulhu: The Cosmic Abyss, nous sommes face à une nette amélioration de la formule avec une ouverture bien plus prononcée et qui évite un dirigisme souvent frustrant. Cerise sur le gâteau, le studio a parfaitement compris comment nous immerger dans cette approche de l’horreur façon Lovecraft.
Pour rappel, l’histoire nous transporte en 2053, dans un futur où les ressources de la planète s’amenuisent tandis que les catastrophes inexpliquées se multiplient. On incarne Noah, un enquêteur appartenant à l’Ancile, une organisation secrète spécialisée dans les phénomènes occultes. Une mission va rapidement l’amener à explorer la mystérieuse cité engloutie de R’lyeh, lieu mythique associé à l’entité cosmique Cthulhu.
Accompagné de « Key », un assistant IA personnel intégré à son équipement, notre protagoniste devra démêler une série d’événements dont les implications dépassent l’entendement. Ici, pas de monstre terrifiant nous pourchassant ou de « jump scare » pour nous faire sursauter. L’ambiance de Cthulhu: The Cosmic Abyss s’inscrit dans la droite lignée des romans et est sans doute le plus gros point fort de ce jeu d’enquête.
Même si, en tant que jeu, il ne réussit pas tout, il incarne ce qu’un fan souhaite ressentir dans un jeu vidéo dédié au mythe de Cthulhu. Nous sommes ainsi plongés dans une atmosphère dérangeante grâce à ses ruines englouties, ses cultes occultes et une perte progressive de repères. Le titre parvient également à instaurer un sentiment d’isolement et de tension constante grâce aux enregistrements audios, aux documents et aux indices disséminés dans le décor.
Un Unreal Engine vraiment Unreal

Un monstre marin dans Cthulhu: The Cosmic Abyss
On peut critiquer l’utilisation parfois générique de l’Unreal Engine sur certaines productions, mais force est de constater qu’il peut faire des merveilles sur des jeux AA comme celui-ci. Cosmic Abyss peut ainsi s’exprimer pleinement visuellement à travers la qualité des environnements, l’architecture, les jeux de lumière et la présentation des différentes créatures.
La direction artistique est capable d’être à la fois belle, étrange et repoussante. Les fonds marins, que nous sommes amenés à explorer de temps à autre, font leur petit effet et renforcent cette impression de solitude. Encore une fois, ce thriller horrifique n’est pas là pour vous faire ressentir de la terreur comme bon nombre de survival horror, mais plutôt pour vous mettre mal à l’aise et jouer sur la peur de l’inconnu.
Même sans être un habitué des univers lovecraftiens, cette originalité peut être une excellente porte d’entrée vers un autre style d’horreur vidéoludique. En revanche, nous avons constaté quelques soucis techniques : des bugs mineurs, de rares crashs et un système d’auto-sauvegarde qui manque de précision (il nous est arrivé de recommencer une petite étape en continuant notre partie).
Cela n’empêche pas de progresser de manière fluide, mais les soucis sont suffisamment présents pour être signalés. On imagine que cela sera réglé avec un patch peu de temps après la sortie. En ce qui concerne l’optimisation, nous sommes sur un rendu plutôt correct, mais perfectible.
Avec notre configuration, l’activation du FSR a suffi pour offrir un rendu stable la plupart du temps, mais nous avons tout de même noté quelques chutes de FPS par moments (même après l’activation de la génération de frames).
L’enquête sans compromis

Exemple d’indice – Cthulhu: The Cosmic Abyss
Là où Cthulhu: The Cosmic Abyss nous a également convaincus, c’est dans le cœur de son gameplay. Ce n’est ni un survival-horror classique, ni un walking simulator déguisé. Le jeu repose avant tout sur l’observation, l’analyse, la déduction et la reconstitution des événements.
Nous sommes face à un système d’enquête où l’on collecte des éléments pour ensuite les archiver dans une sorte de palais mental, puis relier les informations afin de faire émerger des conclusions. Autrement dit, le jeu nous demande de réfléchir activement plutôt que de simplement suivre des marqueurs.
Et c’est précisément ce qui fait sa force, contrairement à bon nombre de jeux narratifs où l’on suit un fil rouge donnant une illusion de liberté. Ici, les enquêtes peuvent systématiquement être résolues de deux manières différentes, l’une aggravant la corruption mentale de Noah, l’autre la limitant.
Pour notre plus grand plaisir, les investigations sont intelligentes, gratifiantes et demandent une vraie réflexion. Clairement, le jeu ne nous prend pas par la main et nous fait farfouiller des environnements assez vastes. Il introduit d’ailleurs un système de sonar particulièrement ingénieux qui indique les objets à proximité en fonction de la fréquence choisie (composants électroniques, documents, pierres anciennes…). C’est ensuite à vous de faire le tri et de savoir quoi chercher.
En contrepartie, le jeu souffre d’un rythme assez lent qui ne plaira pas à tout le monde. Si vous aimez fouiller, tester et réfléchir longuement, vous serez probablement conquis. En revanche, si vous attendez un guidage plus clair et une progression plus calibrée et dynamique, vous risquez de vous ennuyer à tourner en rond.
Il existe heureusement des options de difficulté à la carte permettant de s’en sortir en cas de pépin. On vous avoue que, malgré la difficulté plaisante des énigmes, les recherches sont parfois frustrantes. Il est arrivé qu’un petit passage ou un objet manquant empêche de résoudre une partie de l’équation. Avant de céder à la solution de facilité en demandant plus d’indices à Key sur une partie de l’enquête, la liste des indices par lieu se révèle être un bon compromis pour ceux qui ne veulent pas une solution toute cuite dans le bec.
On l’a dans le Chtululhu

Le labyrinthe des fonds marins – Cthulhu: The Cosmic Abyss
Malheureusement, le jeu possède d’autres petits défauts et souffre d’une mauvaise exploitation de certaines mécaniques. Les rares phases de plateforme se révèlent pénibles en raison de surfaces assez « savonneuses » (surtout dans un chapitre en particulier).
En outre, la jauge de corruption est mal exploitée selon nous. Elle est cohérente lorsque l’on connaît le prix de la connaissance dans les romans de Lovecraft, toutefois, en tant que joueur, la contrainte est bien moins palpable. Plutôt qu’un arbre de compétences traditionnel, le jeu propose des améliorations indirectes (débloquées grâce à des tablettes dénichées dans le décor), souvent liées à votre énergie (requise pour analyser des indices), à votre sonar et à la corruption elle-même.
On vous avoue qu’étant assez patients et désireux de résoudre les enquêtes de la manière la plus sûre possible, nous n’avons pas vraiment ressenti l’impact de la corruption. Elle peut altérer, voire détruire certaines améliorations, mais cela ne va pas beaucoup plus loin. Peut-être que cela change la donne lorsque l’on choisit la solution de facilité, qui aggrave la santé mentale de Noah. Toutefois, on ne peut pas dire que la rejouabilité soit pertinente, étant donné que l’on a déjà une vision d’ensemble et que l’effet de surprise s’estompe.
En parlant de ça justement, côté durée de vie, The Cosmic Abyss s’inscrit dans une moyenne solide pour le genre avec une quinzaine d’heures environ. Tout dépendra aussi du temps consacré à chaque enquête, mais également de la solution envisagée.
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