La dernière fois que l’on a vu un jeu 007 c’était en 2012, avec le piètre 007 Legends. C’est donc plus de quatorze ans plus tard que la franchise refait surface avec 007 First Light, qui va sortir ce 27 mai sur PC, PS5 et Xbox Series. Cela fait plus de cinq ans que le soft est en développement et piloté par IO Interactive, que l’on connait notamment pour l’excellente franchise Hitman.
On imagine que le studio suédois doit avoir une sacré pression de redorer le blason de la licence en jeux vidéo, ce dernier s’étant souvent résulté par des titres tantôt bons, tantôt moyens (il y a toutefois GoldenEye voire 007 Nightfire qui sont un peu à part de par leur qualité). En tout cas, maintenant que nous l’avons fini, sommes-nous en face d’un excellent jeu James Bond qui pioche un peu partout et qui le fait bien ? Dans un sens oui, même si vous allez voir qu’il n’y a pas que des réussites incontestables dans l’ensemble.
Conditions de test : Nous avons terminé 007 First Light en 15 heures de jeu dans son mode recommandé, soit le mode normal du jeu. Nous avons ensuite fait quelques missions dans le mode Tactisim et réalisé quelques défis durant une petite heure. Le titre a été testé sur PC avec 32 Go de RAM, une RTX 3070 et un i5 12-400 (2.50Ghz). Nous avons joué notamment avec le DLSS en mode performance durant tout le jeu.
Bond in the Light

Les débuts de James Bond – 007 First Light
Dès la première image du jeu il n’y a pas de doute, IO Interactive a bel et bien capté toute l’essence de la licence d’Amazon MGM. Tout y est fidèle que ce soit dans son introduction, jusque dans toute l’histoire qui va suivre l’ascension de notre James Bond. Car oui, ce sera justement un James Bond encore inexpérimenté que l’on incarne, et qui se fait enrôler par le MI6 au début de sa première mission en tant que simple Navy en pleine Islande. Après de multiples entraînements en compagnie d’autres agents fraîchement recrutés, notre agent britannique devra suivre la trace d’un certain 009, un ex-agent de la firme qui réapparaît soudainement, et semblant préparer un très sale coup.
Grossièrement, voila comment résumer toute l’histoire de 007 First Light, tant cette dernière est pétrie de surprises et de rebondissements tout le long. En effet, que ce soit dans l’explication de comment a été recruté James Bond en passant par la découverte des coulisses du MI6 que l’on ne voit pas de manière si profonde que ça dans les films, le titre de IO Interactive surprend tout le temps.
De même, tous les personnages que l’on rencontre dans le jeu qu’ils fassent partie du MI6 ou non, n’en restent pas moins intéressants. On retrouve déjà un James Bond magnifiquement interprété par Patrick Gibson qui se met largement au niveau d’un Sean Connery ou Daniel Craig. De plus, le protagoniste ne manque pas de repartie, d’arrogance et de punchlines qui prêtent à sourire. Nous avons également le personnage de John Greenway joué par Lennie James qui se dote d’un background assez profond et bien traité, que vous allez d’ailleurs autant apprécier que détester tout le long du jeu.
Vous l’aurez compris, le titre est franchement bien écrit dans l’ensemble. Il n’hésite pas à être super généreux dans une mise en scène pop-corn et cinématographique de grande qualité, tout en n’oubliant pas de brosser dans le sens du poil les fans de la franchise avec quelques clins d’œil bien placés. Très franchement, on peut dire sans crainte que nous avons là une excellente narration. Certainement parce qu’IO Interactive a eu l’intelligence de délivrer une histoire inédite mêlant des moments poignants, sombres mais aussi drôles à certains moments. D’ailleurs, la fin laisse présager une suite. Soit quelque chose de logique, le développeur prévoyant déjà d’y faire une trilogie.
Qui plus est, on apprécie tout particulièrement cette esthétique ultra variée qui nous fait voyager. De la ville fictive de Mauritanie en passant par le Vietnam voire le monde de la nuit de Londres, autant dire qu’IO Interactive nous a bien gâtés. Une chose pas très étonnante, le studio suédois ayant déjà eu l’habitude de nous faire visiter diverses destinations avec les Hitman. Il y a également cette capacité du studio à nous faire revivre d’une certaine manière, par les décors ou quelques gadgets, la plupart des films de James Bond. Cela est inclus subtilement, sans trop de chichi, pour un résultat plus que concluant.
Quand Bond se la joue presque agent 47

On peut aussi trouver des déguisements, même si c’est léger – 007 First Light
La licence Hitman étant depuis toujours dans l’ADN d’IO Interactive, il n’est pas vraiment anodin d’y retrouver cet aspect dans 007 First Light. Car oui, James Bond va devoir s’infiltrer dans certains niveaux en usant de son côté manipulateur, mais également de ses gadgets. Contrairement à l’agent 47, James Bond n’utilisera ses armes qu’en dernier recours dès que vous passez, en l’occurrence, en alerte permis de tuer. À la manière d’un Hitman, les niveaux d’espionnage et d’infiltration seront découpés par zones. Vous aurez ainsi des endroits que vous serez libres de parcourir, et d’autres qui seront interdits avec des chances de vous faire refouler gentiment par des agents de sécurité ou employés d’un hôtel par exemple, sauf si vous trouvez des subterfuges (on y reviendra après).
Justement, la liberté proposée dans 007 First Light est beaucoup plus soft et simplifiée comparée à Hitman. Déjà parce que vous n’êtes pas un assassin, qu’il sera impossible d’y cacher des corps de gardes sonnés et que vous ne pourrez pas utiliser votre arme de service sauf cas de force majeure. Mais aussi parce que même si le côté déguisement est de la partie, cet élément ne sera qu’effleuré durant tout le jeu. Qu’à cela ne tienne, vous aurez quand même cette sensation de liberté en explorant le niveau et en trouvant des opportunités à la Hitman pour parvenir à vos fins. Toutefois la finalité sera la même, en plus d’être logiquement scriptée.
Cela dit, cette progression est cohérente dans la mesure où nous incarnons juste un agent secret novice dans le métier, et non un assassin chevronné. Pour parvenir à vos fins, plusieurs possibilités seront de la partie. Vous pourrez très bien passer les gardes avec un système de bluff qui va user votre jauge d’instinct qui se remplit en neutralisant des gardes. En effet, moyennant des points de votre jauge d’instinct, vous aurez l’occasion de baratiner les PNJ dans les zones interdites, et ainsi vous donner un peu de répit pour faire rapidement ce que vous avez à faire sur cette zone restreinte, vu que l’effet du bluff sera limité sur les PNJ. D’un autre côté, vous pouvez avoir tout à fait le choix de simuler le fait de vous rendre face à un garde moyennant cette jauge d’instinct, puis le neutraliser sur le coup.
Concrètement, cette mécanique de jeu permet de simplifier les choses, et reste dans le jus d’un jeu James Bond (même si le fait de se rendre était aussi possible sur Hitman). Évidemment, sachez que le bluff ne sera pas une partie intégrante du gameplay, étant donné que les gadgets seront aussi très utiles pour vous faufiler de manière subtile. IO Interactive a au passage beaucoup emprunté à Watch Dogs avec le Q-Lens. Ces lentilles de contact vous permettent d’utiliser vos gadgets, dont la Q-Watch donnant la faculté de pirater à distance des éléments, et de faire diversion auprès des gardes afin de traverser une pièce gardée, voire de vous la jouer pickpocket sur un PNJ afin de récupérer un précieux pass si vous voulez passer par la porte, et non par les toits pour mener à bien votre objectif. Bien évidemment, les gadgets vont utiliser de la batterie ou des composés chimiques, trouvables en fouillant les niveaux.
Lesdits gadgets seront donc à utiliser avec parcimonie si vous ne trouvez pas les composants à l’instant T. Par ailleurs, L’écoute de conversation sera aussi un système plutôt bien pensé afin de vous simplifier la vie. Vous avez effectivement la possibilité d’écouter des conversations indiscrètes, ce qui vous donnera justement une opportunité afin d’atteindre votre objectif de mission, comme aller dans une salle de vidéosurveillance. En somme, même si le niveau sera scripté, il y aura quand même pas mal de cheminements différents pour le joueur pour parvenir à progresser à sa guise. Certes, ce n’est pas du niveau d’un Hitman en matière de liberté d’approche, mais cela reste franchement plaisant de bout en bout et très franchement, on ne s’ennuie pas une seconde.
On pourra cependant regretter très amèrement l’IA, qui n’a jamais été le réel point fort des jeux de IO Interactive. Autrement dit, 007 First Light propose tout ou rien sur l’IA des ennemis. Y aller en mode infiltration sur certains niveaux dédiés sera la majeure partie du temps un véritable chemin de croix. Les divers adversaires pourront être tantôt aveugles, tantôt avoir des yeux de lynx et ainsi déclencher une alerte générale. Cet aspect aura la facheuse tendance à nous sortir quelquefois du jeu et de tuer dans l’oeuf l’inftration, qui est quand même le coeur d’un titre comme 007 First Light.
Toutefois, nous avons au moins un système de corps à corps plus que décent, et au moins largement jubilatoire. Avec ce feeling Batman Arkham, vous pourrez ainsi donner des coups de pied et de poing, saisir votre ennemi pour le balancer dans le décor et interagir avec pour lui faire très mal, ou bien esquiver les attaques rouges et contrer les attaques jaunâtres. Au moins, le sentiment prédominant dans les combats est le fun pur et dur, avec un côté Daniel Craig pour la brutalité des affrontements. Vous serez même autorisé à balancer à la tête des ennemis tout ce qui vous passe sous la main que ce soit des bouteilles, et j’en passe. Il y aura peut-être la caméra qui viendra jouer les troubles-fêtes, venant rendre confus l’ensemble.
Explosif et dynamique, du 007 quoi

Les gunfights à la Uncharted qui fonctionnent – 007 First Light
Il n’y aura évidemment pas que des phases d’espionnage et d’infiltration, car James Bond oblige, ce dernier va nous offrir quelques séquences de courses-poursuites assez intenses niveau mise en scène. Elles seront en général relativement courtes, mais seront suffisamment ébouriffantes pour diversifier l’expérience de jeu. Qui plus est, ces dernières auront le mérite de faire office de clin d’œil à divers films James Bond. On prendra ce fan service avec plaisir, le titre étant censé un minimum faire plaisir aux nouveaux venus certes, mais aussi aux fans de la franchise avant tout.
Reste que 007 First Light va aussi faire parler la poudre en s’inspirant très grandement d’Uncharted. Sur certaines séquences une fois de plus scriptées, c’est ici que vous pourrez vous défendre pétoire à la main, étant donné que vous serez en alerte permis de tuer (et encore, cela est aussi scripté). Et très franchement, dans le sensations de tir jusque dans le feeling global, IO Interactive a fait un travail formidable. Le système de couverture est soigné, et on retrouve quelque chose de différent d’un Uncharted dans l’approche. Vous n’aurez jamais de munitions à outrance, et il vous faudra faire avec vos munitions que vous avez, ou bien ramasser les armes des ennemis si vous le pouvez, mais avec également des munitions limitées.
Cela forcera le joueur à être malin dans l’approche des affrontements, ce qui apporte une tension certaine. Pour le fun, vous pouvez aussi balancer les armes à la tête des ennemis si vous êtes à sec de munitions. D’ailleurs, l’approche de ces phases de shoot n’est pas tout le temps la même, le titre parvenant à un minimum à varier les plaisirs, et à ne pas trop en faire. On ne peut pas trop en dire, mais dans le fond, 007 First Light, dans les phases de gunfights comme dans les petits moments d’infiltration, maitrise son sujet malgré une IA capricieuse que nous avons pu noter plus haut. Qu’on soit clair, même dans la neutralisation des ennemis, le titre bénéficie d’animations soignées, prouvant qu’IO Interactive n’a pas fait les choses à moitié. On notera également la possibilité d’activer un bullet time stylé via la jauge d’instinct, afin d’apporter un plus supplémentaire non négligeable aux gunfights.
La plateforme sera aussi l’une des parties du jeu, bien qu’elle ne soit pas aussi bien ficelée que ça. Grossièrement, IO Interactive ne s’est pas trop embêté et a directement repris la mécanique de « plateforme » de Hitman à base de touches qui s’affichent quand nous devons grimper, nous laisser tomber ou monter une plateforme, voire sauter. On ne va pas se mentir, le système de plateforme marche bien au premier abord, bien que nous restions sur ce côté Uncharted, et les divers éléments colorés avec lesquels nous pouvons interagir ou non. Ceci n’est pas véritablement gênant, même si les légères imprécisions sur ce que l’on peut faire peuvent vite agacer. Mais pour le reste, cela permet d’offrir quelques moments un peu plus calmes.
Dans les autres éléments que 007 First Light n’a par contre pas assez exploités, on retrouve les pseudo-choix de dialogues. À certains moments, hormis parler à des PNJ sur les niveaux presque semi-ouverts, vous aurez effectivement des séquences où vous devrez au choix vous sortir d’une situation périlleuse, ou bien gagner du temps sur un interrogatoire. Le premier est plutôt anecdotique puisqu’il n’a que très peu d’influence sur la suite des événements, et est là juste pour ajouter une séquence de jeu en plus. La seconde est un peu plus intéressante puisque vous avez le choix entre provoquer la cible ou gagner du temps dans cette situation précise.
Dans le fond, cette mécanique de dialogue est sympa, mais reste trop en surface et n’offre qu’assez peu de conséquences. Cela peut favoriser la rejouabilité si vous voulez voir quel impact auraient les autres choix de dialogue sur la suite de la progression, mais en vérité, ceci n’est qu’illusoire. Néanmoins, la rejouabilité sera focalisée sur les défis complémentaires à accomplir par niveau, ou par l’intermédiaire des simulations tactiques. En effet, vous pourrez réaliser des missions d’escalade ou des opérations de missions avec des modificateurs (ennemis plus robustes, etc.). Ce mode apporte ainsi une raison de plus de rester sur le jeu, avec la possibilité d’ailleurs de choisir son équipement. Vous pouvez bien le faire sur le mode Histoire, mais uniquement pour les gadgets et à des moments précis.
Il faut bien avouer une chose sur 007 First Light : s’il ne réussit pas tout comme il faut dans chaque compartiment du jeu, l’équilibre dans la progression est franchement bien amené. De même, la diversité des séquences nous surprend un peu plus avec d’ailleurs quelques QTE qui font participer le joueur, et même le level design dans l’ensemble est bien ciselé et intelligent dans l’approche. Il n’y a pas à dire, le titre nous offre un divertissement de grande qualité, mine de rien, avec ce côté cinématographique et pop-corn qui nous fait rappeler que cela fait un sacré bout de temps qu’on avait plus eu un jeu de ce type. D’ailleurs, notez qu’il vous faudra quinze heures pour voir le bout du jeu en difficulté Recommandée. Cette difficulté se dote de moments assez challengeants, notamment sur les gunfights, assez exigeants.
Le glacier Engine, une valeur sûre ?

L’un des plus beaux panoramas du jeu – 007 First Light
Graphiquement, nous l’attendions un peu au tournant, ce 007 First Light. Le titre utilise le fameux Glacier Engine, qui n’est autre que le moteur graphique maison d’IO Interactive. Globalement, 007 First Light reste beau – c’est indéniable – sans non plus casser des briques. S’il y a bien des panoramas qui arrivent parfois à nous décrocher la mâchoire (le niveau à Aleph notamment), on ne peut pas dire que le soft est une réussite totale sur le plan graphique. Certes, il y a de beaux effets d’explosifs, d’arrière-plans et une modélisation globale soignée, mais il faut bien admettre que l’ensemble est sacrément inégal.
Que ce soit sur les visages qui manque parfois d’expressions en passant par quelques freezes et légers bugs d’affichages sur la version PC testée, on espère sincèrement que le patch day one viendra tout adoucir. Le point positif viendra toutefois du fait que nous n’avons eu aucun crash, et que le DLSS fait encore une fois du bon travail dans la fluidité de l’action. Ce n’est pas parfait mais oui, 007 First Light reste un titre franchement beau visuellement, même s’il y a évidemment mieux sur le marché, c’est une certitude.
Enfin viens le sound design, bien dosé pour un jeu James Bond. La plupart des musiques rythment très bien chaque moment, et arrivent à nous emporter facilement. Rassurez-vous et c’est une bonne chose, le thème de James Bond n’est pas non plus mis à outrance, et a été justement placé aux bons moments, sans jamais nous taper sur le système. Même s’il n’y a pas de doublages français (cela a toujours été comme ça sur les jeux IO Interactive), force est de constater que l’acting en VO est fantastique avec cet accent british qui fait le charme des James Bond. Bien entendu, il y a bel et bien des sous-titres et un jeu intégralement en français sur l’interface.















