Evil Empire n’a pas eu le dieu du timing à ses côtés en sortant l’accès anticipé de The Rogue Prince of Persia aux côtés de celui de Hades 2. Deux titres pas fondamentalement si différents, qui partagent un public commun, divisé lors de la sortie de ces deux jeux, à la défaveur de la licence d’Ubisoft. Un an plus tard et quelques mises à jour importantes qui ont autant touché le contenu du jeu que son apparence, The Rogue Prince of Persia se présente à nous dans sa forme finale et nous montre qu’il fallait décidément laisser du temps au temps pour que le nouveau d’Evil Empire n’ait pas à souffrir de la concurrence d’autres gros bonnets du genre.
Conditions de test : Nous avons joué à la version PC de The Rogue Prince of Persia, via le Xbox Game Pass. Nous avons terminé le jeu (crédits compris) en environ 12 heures, puis joué quelques heures supplémentaires avec quelques runs en plus pour effectuer un bon tour d’horizon. Nous n’avions joué au jeu qu’au début de son accès anticipé, sans suivre chaque mise à jour.
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ToggleNogai, vous le comptez comme un Hun ?
Trouver une justification narrative à un roguelike n’est pas toujours aisé, mais la licence Prince of Persia s’y prête sans problème. Avec ses sables du temps, qui changent de forme entre différents épisodes, le point de départ était tout trouvé pour un opus qui reprendrait le cœur de l’expérience Dead Cells tout en y ajoutant l’enrobage de la saga d’Ubisoft.
Ici, cette nouvelle itération du Prince se trouve aux prises avec les Huns et son chef Nogai, qui envahissent le royaume de Perse, aidés par une force mystérieuse. Notre héros tombe vite au combat, mais son bola (son médaillon fétiche) le ramène quelques jours avant sa défaite pour qu’il tente d’endiguer l’invasion tout en sauvant ses proches. Chaque run sera l’occasion de tenter de remettre en ordre le royaume, et chaque échec entraînera un retour à cette case départ.
Evil Empire profite de ce contexte idéal pour le genre en tentant de développer quelques intrigues entre le Prince, sa famille et ses ennemis, mais la narration peine cependant à tirer pleinement profit de cette histoire d’éternel recommencement. Difficile de ne pas évoquer une comparaison avec Hades II qui fait cela avec brio, mais force est de constater que les dialogues peinent à se renouveler entre chaque run là où l’on aurait aimé voir le Prince sortir d’autres répliques à force d’enchaîner les mêmes rencontres. D’autant plus que ce récit trouve sa véritable conclusion assez rapidement, sans jamais nous cueillir. Ce n’est certes pas ce que l’on attend en premier d’un bon roguelike, mais c’est aussi une occasion manquée.
L’ADN Prince of Persia est bien là
Ce que l’on attend en revanche un peu plus, c’est que le studio derrière le support de Dead Cells nous montre qu’il est resté roi de la formule instaurée par le jeu de Motion Twin. Et à ce sujet, le studio s’en sort avec les honneurs, et même encore un peu plus. The Rogue Prince of Persia reprend grosso modo une structure similaire avec différents biomes à traverser jusqu’au boss final, via plusieurs chemins possibles. À ceci près qu’il y ajoute une tout autre dimension avec un aspect plateforme nettement plus prononcé.
Après tout, que serait un jeu Prince of Persia sans un peu de wallrun ? The Rogue Prince of Persia intègre cette mécanique avec brio et nous laisse courir sur les murs tout en sautant d’obstacles en obstacles pour arriver à la fin de chaque niveau, avec un Prince doté d’une souplesse impressionnante.
S’il faut un temps d’adaptation pour maîtriser la palette de mouvements de notre protagoniste, enchaîner les sauts et les courses offre rapidement une sensation grisante qui ne nous quitte jamais malgré les heures qui défilent, bien aidée par des animations d’une qualité irréprochable (ces animations de téléportation !). Le jeu fait d’ailleurs tout pour mettre en avant cet aspect, et pas seulement via son level-design.
Par moments, en arrivant dans certains biomes, le niveau débutera par un sprint pour aller libérer un otage qui est sur le point de se faire aspirer par la source du mal. Le level-design s’adapte en conséquence en vous proposant une série d’obstacles à franchir qui a de quoi faire monter l’adrénaline, tout en changeant la routine habituelle des autres niveaux.
De plus, une mécanique appelée « Souffle de Vayu » vous demande d’effectuer des sauts avec le bon timing afin de vous octroyer un boost de vitesse, ce qui renforce la concentration. On retrouve également ce genre de défis via des zones optionnelles cachées, qui enlèvent le côté urgence décrit précédemment pour des challenges purement orientés vers des sauts d’obstacles, où les pièges sont nombreux. Tout est toujours très précis tout en étant assez permissif, loin de l’aspect retord de certains environnements de Prince of Persia: The Lost Crown.
Ah le Baatar
Même lorsqu’il ne met pas en scène ce genre de défis, on ressent que The Rogue Prince of Persia a été conçu pour que vous profitiez de l’agilité du Prince. Car ce dernier se montre aussi souple lorsqu’il s’agit de combattre les Huns. Que ce soit via un dash, du wallrun ou un saut par-derrière les ennemis, le Prince est vif, de quoi apporter pas mal de dynamisme aux affrontements.
De plus, vous pouvez profiter de ces décors très dangereux pour vous débarrasser de vos adversaires, en les poussant via un coup de pied qui va aussi les déstabiliser et interrompre leurs attaques. Pratique pour vous débarrasser d’un Hun sans vous acharner sur sa barre de vie. Ces ennemis restent classiques pour le genre avec un bestiaire relativement correct qui aura quelques tours de passe-passe en réserve pour vous causer une crise de nerfs. Mention spéciale pour certains boss réussis, qui compensent quelque peu un boss final sans magie.
Au-delà de son habilité à se mouvoir partout, le Prince dispose d’une arme principale et d’un outil, qui agit comme une arme secondaire limitée à une jauge d’énergie. L’arsenal a beau ne pas être immense, il reste d’une bonne taille et donne accès à des armes qui vont différer en style et en vitesse, et dont l’attaque chargée sera propre à chacune. Les outils sont plus limités, mais on ira surtout chercher des builds variés avec les médaillons à équiper. Ces derniers vont vous offrir des bonus passifs ou des effets spéciaux qui vont vous donner envie d’essayer plein de combinaisons différentes.
Un classique pour un rogue-like, même si l’on regrette ici le fait d’en voir un peu vite le tour, ou plutôt de ne pas assez ressentir visuellement les effets de chacun. Ne vous y trompez pas, avoir des bonus passifs de dégâts de +10% peut réellement changer la donne en jeu, mais vous ne trouverez pas de quoi faire des builds complétement extravagants (ou alors, nous n’avons pas eu de chances). Il y a bien la possibilité de combiner un médaillon déclenchant une résine à un autre qui produit du feu pour laisser des flammes partout autour de soi, ou créer un nuage de poison avec la même logique, mais le tout manque peut-être un peu de folie.
Et c’est le Temps qui court
Vous débloquerez ces médaillons via votre camp, le lieu qui réunira tous les personnages croisés. C’est aussi là que vous pourrez vous amuser à crafter tout plein de tenues différentes qui vont du simple color swap aux hommages à toute la série Prince of Persia. Et pas que, puisque vous y retrouverez également des tenues issues d’autres licences d’Ubisoft, et il y en a un paquet à débloquer.
Votre camp vous donnera aussi accès à gagner quelques compétences plus définitives. Plus vous enchaînerez les runs, plus votre Prince montera en niveau. Plusieurs arbres de compétences vous seront ainsi proposés pour rendre l’expérience un peu plus simple. Et on ne va pas se mentir, une fois les bonnes améliorations prises, le challenge devient peut-être même un peu trop aisé pour les habitués du genre. Ce qui n’est pas totalement un mal, puisque The Rogue Prince of Persia apparaît ainsi comme une excellente porte d’entrée vers le genre. Et puis, finir un titre du genre en une quinzaine d’heures, ça fait parfois du bien.
Pour les plus aguerris d’entre vous, rassurez-vous. Vous débloquerez rapidement un système de runes qui rendra chaque run plus difficile. Que ce soit en modifiant le bestiaire de chaque niveau, en augmentant les dégâts des pièges ou en limitant votre regain de santé, vous aurez largement de quoi faire pour vous rendre la vie plus infernale, tout en maximisant les ressources à gagner.
Ravalement de façade pour le royaume
C’est avant tout grâce à ces challenges que l’on reviendra sur le jeu une fois la vraie fin visionnée, quoique… Il faut bien l’avouer, en dehors du fait que The Rogue Prince of Persia offre un véritable plaisir de jeu, l’envie d’y retourner vient également de son enrobage qui tape dans le mille en dépit d’une technique qui souffle le chaud et le froid, avec encore quelques bugs et crashs présents. Et pourtant, Evil Empire revient ici de loin.
Décrié après le lancement de l’accès anticipé, le chara-design du Prince a été modifié pour se débarrasser de sa peau violette, tandis que les décors inspirés par la culture perse et le travail de l’artiste Moebius ont aussi été revus de fond en comble. Nous faisions partie des personnes déjà comblées par la précédente direction artistique du titre (et même le chara-design violet, oui), mais force est de reconnaître que The Rogue Prince of Persia n’a jamais eu un meilleur look qu’aujourd’hui. Comme tout est réussi, on aurait forcément dit oui à encore un peu plus de biomes. Mais le jeu est probablement l’un des rogue-like les plus agréables à regarder du moment.
Et à écouter aussi. ASADI signe ici une bande-son qui vaut de ce que l’on peut attendre d’un jeu Prince of Persia, avec des sonorités issues d’instruments perses, à des morceaux plus étonnants qui donnent une sacrée énergie à l’ensemble. Alors c’est peut-être aussi parce que chaque choix artistique du studio fait mouche que l’on retournera sur The Rogue Prince of Persia le temps d’une run ou deux de temps en temps, plutôt que de véritablement chercher à varier nos builds.
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