Après avoir excellé dans les domaines du RPG au tour par tour et du Tactical RPG, la Team Asano et Claytechworks (à qui l’on doit notamment Bravely Default II) s’attaquent cette fois au genre le plus populaire du jeu de rôle avec The Adventures of Elliot: The Millennium Tales. Un action-RPG profitant de l’esthétique HD-2D a de quoi faire rêver, d’autant que la démo publiée le jour même de son annonce officielle s’est révélée particulièrement prometteuse. Après l’avoir terminée, il est temps de dresser le bilan de cette aventure pleine de charme, mais plus nuancée qu’il n’y paraît.
Conditions de test : Nous avons terminé le jeu sur Switch 2 quasi à 100% en mode de difficulté normal. Nous avons joué autant en mode portable qu’en mode docké. Nous avons effectué toutes les quêtes annexes et complété la majorité des défis proposés. Autre information importante : nous avons aussi collecté tous les chats.
88 Millennium Tales à l’heure

The Adventures of Elliot: The Millennium Tales – « Il suffira d’une étincelle »
Dès son intrigue, The Adventures of Elliot: The Millennium Tales prend un gros risque en s’appuyant sur le concept du voyage dans le temps. Les aventures d’Elliot se déroulent en effet à travers quatre Âges de l’histoire du royaume de Philabieldia. Depuis des siècles, le continent est ravagé par des créatures hostiles appelées les Hommes-bêtes. L’humanité ne survit plus qu’au sein du royaume de Huther, protégé par une barrière magique alimentée par les pouvoirs de la princesse Heuria.
Lorsque cette dernière est frappée par une mystérieuse malédiction, Elliot doit traverser les portes du temps et explorer différentes époques afin de trouver un moyen de la sauver avant qu’il ne soit trop tard. Tout au long de son périple, il est accompagné de Faie, une fée amnésique dont le soutien se révèle précieux, même si elle peut être aussi énervante à la longue (heureusement une option dédiée permet de réduire ses dialogues).
Contrairement à la majorité des JRPG qui reposent souvent sur un groupe de personnages récurrents et des scénarios remplis de complots, de trahisons et d’intrigues politiques, The Adventures of Elliot opte pour une approche plus minimaliste. Cela se ressent notamment à travers son protagoniste qui évolue la majeure partie du temps en solitaire.
- The adventure of elliot test 20
- The adventure of elliot test 19
Même si Faie est présente pour éviter que ce voyage ne paraisse trop isolé, cette approche centrée sur un unique protagoniste apporte une certaine fraîcheur au genre. Bien qu’Elliot soit incontestablement un acteur majeur de l’aventure, il occupe aussi fréquemment le rôle d’observateur extérieur venant prêter main-forte. Le titre ne s’attarde pas sur les paradoxes temporels ou sur les règles habituellement associées aux voyages dans le temps. On comprend toutefois qu’Elliot choisit volontairement de rester en retrait afin de ne pas trop interférer avec le cours de l’histoire.
C’est particulièrement vrai lorsqu’il explore les Âges précédents. Malgré un casting de PNJ relativement restreint, le jeu parvient progressivement à tisser des liens intéressants entre les personnages, leurs descendants et le rôle qu’ils occupent à travers les différentes époques. Elliot incarne également l’archétype du « good guy » par excellence. Un aventurier altruiste, humble et animé par de bonnes intentions. Même s’il manque peut-être d’un ou plusieurs traits de caractère réellement marquants, il n’en demeure pas moins sympathique et attachant.
Le jeu doit aussi beaucoup à l’excellent chara-design de Naoki Ikushima qui permet de distinguer facilement les différents personnages au fil des Âges tout en les ancrant visuellement dans leur époque respective. Sans oublier l’apport non négligeable du doublage japonais, qui se révèle exemplaire, ainsi que celui de la bande-son. L’OST parvient à capturer avec justesse aussi bien les atmosphères féeriques que les moments plus dramatiques qui jalonnent le périple.
Faie pas ci, Faie pas ça

The Adventures of Elliot: The Millennium Tales – Faie met le feu
Malgré une intrigue principale assez prévisible dans ses grandes révélations, The Adventures of Elliot: The Millennium Tales développe habilement son univers en dévoilant progressivement les causes et les conséquences qui ont façonné l’histoire de Philabieldia. Nous vivons ainsi directement les événements clés ayant défini le destin du continent. On découvre par exemple comment une civilisation aussi prospère durant l’Âge de la Magie a pu laisser place à un Âge de la Reconstruction où l’humanité se retrouve au bord de l’extinction.
Grâce à ces voyages entre les époques, Elliot peut également résoudre des quêtes nécessitant des informations enfouies dans le passé ou l’acquisition de ressources disparues depuis longtemps. Certains donjons exploitent aussi intelligemment cette mécanique : l’activation de mécanismes dans une époque donnée permet parfois d’ouvrir de nouveaux chemins ou d’accéder à des trésors dans le futur. Toutefois, l’exploitation du voyage temporel ne va malheureusement pas beaucoup plus loin et finit par montrer ses limites sur la durée.
Même si les développeurs insistent sur le fait que The Adventures of Elliot: The Millennium Tales puise avant tout son inspiration dans Final Fantasy Gaiden (le premier opus de la série Mana), la marque des Zelda en 2D est extrêmement forte ici. On peut aussi retrouver quelques bribes de Ys à l’ancienne. Le gameplay repose ainsi sur une formule d’action-RPG centrée sur l’exploration, la progression et la maîtrise d’un arsenal évolutif.
- The adventure of elliot test 11
- The adventure of elliot test 25
Contrairement aux RPG au tour par tour qui ont popularisé le style HD-2D chez Square Enix, le titre adopte ici un système de combat en temps réel qui demande un bon sens du positionnement, des timings d’esquive précis et l’utilisation judicieuse des compétences liées aux armes ainsi qu’aux pouvoirs de Faie. D’ailleurs, l’un des piliers du gameplay est la gestion de l’équipement. Elliot peut découvrir sept catégories d’armes différentes, en plus de son bouclier. On débute avec une simple épée, puis l’on débloque progressivement de nouveaux types d’armes adaptés à différentes situations de combat comme l’arc ou le boomerang pour attaquer à distance.
Deux armes peuvent être équipées simultanément et il est possible de passer rapidement de l’une à l’autre grâce à une roue de raccourcis. Chaque famille d’armes possède des versions plus puissantes à découvrir dans les grottes et les donjons et celles-ci améliorent drastiquement l’attaque de l’arme, mais également les capacités spéciales associées.
L’autre élément central du gameplay repose sur Faie, que l’on contrôle directement avec le stick droit. La petite fée est bien plus qu’une « Navi bis », étant donné qu’elle participe activement à l’exploration et aux combats. Faie peut par exemple utiliser un pouvoir de « portail » pour déplacer Elliot instantanément sur des plateformes lointaines ou durant un combat pour esquiver ou se replacer plus efficacement.
Le nerf de la guerre

The Adventures of Elliot: The Millennium Tales – Minou en détresse
La variété de l’équipement et des pouvoirs de Faie constitue sans doute l’un des plus grands points forts de The Adventures of Elliot: The Millennium Tales. Le jeu offre une grande liberté dans la manière d’aborder les affrontements contre les Hommes-bêtes et encourage constamment l’expérimentation. Il y a d’ailleurs une réelle satisfaction à éliminer de larges groupes d’ennemis grâce à des combinaisons bien pensées.
À titre d’exemple, l’un des pouvoirs de Faie permet d’invoquer une gigantesque tornade capable d’emporter tout ce qui se trouve sur son passage. Il est alors possible d’y aspirer des jarres afin d’infliger de lourds dégâts avec le choc, ou encore de regrouper plusieurs ennemis au même endroit avant de lancer une bombe ou de déclencher l’attaque spéciale du boomerang (qui prend la forme d’une énorme scie circulaire stationnaire).
Cette liberté de personnalisation est renforcée par le système de Magicites. Il s’agit de pierres magiques pouvant être équipées sur les armes afin de modifier leurs propriétés et d’accorder divers bonus passifs. Chaque arme dispose de ses propres emplacements, ce qui permet de multiplier les combinaisons et d’adapter son équipement à son style de jeu.
- The adventure of elliot test 4
- The adventure of elliot test 21
Les effets proposés vont des bonus les plus classiques, comme l’augmentation du taux de coups critiques, à des modifications bien plus originales. Certaines Magicites permettent par exemple aux bombes de rebondir avant d’exploser ou de laisser derrière elles une traînée de magma. Chaque pierre possède toutefois un coût précis, ce qui nous oblige à faire des choix et à construire des configurations cohérentes plutôt qu’à tout cumuler.
En dehors de coffres rares à dénicher, l’acquisition des Magicites repose également sur une mécanique de gacha relativement légère. Au fil de l’aventure, on récupère des fragments que l’on peut ensuite apporter à une boutique afin de créer de nouvelles pierres aléatoirement.
L’autre excellente idée liée à ce système concerne la gestion des Tuls, la monnaie du jeu. Celle-ci sert non seulement à améliorer les boîtes à Magicites afin d’augmenter leur capacité d’emport, mais aussi à acheter des consommables et, surtout, à financer vos résurrections en cas de défaite. Plutôt que de vous renvoyer systématiquement à la dernière sauvegarde automatique, Faie peut vous ramener à la vie autant de fois que nécessaire.
Le revers de la médaille, c’est que le coût en Tuls augmente progressivement à chaque résurrection tant qu’aucun nouveau point de sauvegarde n’a été atteint. Cette gestion du portefeuille nous force ainsi constamment à la performance pour ne pas dilapider bêtement notre bourse. Le jeu renforce d’ailleurs cette philosophie à travers plusieurs systèmes de récompense. Par exemple, des bonus de butin sont accordés à différents paliers lorsque l’on enchaîne les combats sans subir le moindre dégât.
« Déjà vu, I’ve just been in this place before »

The Adventures of Elliot: The Millennium Tales- Une avalanche de pierres précieuses
The Adventures of Elliot: The Millennium Tales ne ménage pas ses efforts pour proposer un contenu varié. En plus de l’exploration classique, le titre intègre de nombreuses activités annexes. On retrouve notamment plusieurs mini-jeux reposant sur les pouvoirs de Faie (permettant de gagner des morceaux de l’OST), une quête de collecte de chats disséminés à travers le monde, ainsi qu’un donjon optionnel composé de plusieurs successions de combats. À la clé, on obtient de nouveaux emplacements pour nos accessoires et des Tuls à foison.
Même si nous avons passé un agréable moment dans l’ensemble, le jeu accumule plusieurs défauts importants qui se font ressentir assez rapidement. Pour préciser le contexte, nous avons terminé l’aventure en environ 25 heures de jeu, alors qu’il ne nous restait plus grand-chose à découvrir ou à récupérer.
Le principal problème de cette structure basée sur les voyages temporels réside dans la forte redondance qu’elle engendre au niveau de l’exploration. À l’exception des villes principales, le continent reste pratiquement identique quelle que soit l’époque visitée. On traverse ainsi les mêmes grottes, les mêmes donjons et les mêmes passages, avec seulement quelques variations mineures.
- The adventure of elliot test 13
- The adventure of elliot test 27
- The adventure of elliot test 22
Cela casse un peu le sentiment d’émerveillement. La HD-2D fait encore un magnifique travail pour nous en mettre plein les yeux avec une direction artistique chatoyante, mais le fait que les différentes époques se ressemblent autant visuellement nous a un peu refroidis sur la durée. Le bestiaire souffre également du même problème et évolue très peu d’un Âge à l’autre. On en profite d’ailleurs pour saluer la version Switch 2 qui propose un rendu très satisfaisant en mode docké et en mode portable.
Par ailleurs, malgré toute la liberté offerte par le système de combat, nous aurions aimé que le jeu nous pousse davantage à exploiter l’ensemble des outils mis à notre disposition. The Adventures of Elliot est typiquement le genre de jeu qui multiplie les possibilités, mais où l’on finit par conserver uniquement les quelques options les plus efficaces.
Cette faiblesse apparaît particulièrement lors des combats de boss qui demandent rarement d’utiliser une mécanique spécifique ou une combinaison de capacités particulière. Le constat est similaire du côté de l’exploration qui exploite finalement assez peu les pouvoirs de Faie, notamment ceux obtenus dans la seconde moitié de l’aventure. On a parfois l’impression que le jeu amorce une direction plus stratégique basée sur l’apprentissage des capacités avant d’abandonner cette idée en cours de route. Le titre propose aussi plusieurs mini-donjons qui évoquent les sanctuaires de Breath of the Wild avec de courtes énigmes utilisant justement les capacités de Faie. Malheureusement, ils restent souvent trop succincts pour justifier pleinement le détour.
Malgré un résultat très satisfaisant pour une première incursion dans le RPG HD-2D orienté action, The Adventures of Elliot: The Millennium Tales donne aussi parfois l’impression d’un premier essai qui n’ose pas aller jusqu’au bout de ses ambitions. On espère donc que d’éventuelles suites dans la même veine pousseront davantage ces idées, à l’image de l’évolution entre Octopath Traveler et Octopath Traveler II.








