Avec l’explosion des budgets, la pression des investisseurs et un secteur qui pardonne peu l’échec (parfois même le succès), il est rare de voir de nouvelles licences ambitieuses émerger du côté des gros acteurs du jeu vidéo, sans que celui-ci soit un jeu-service ou multijoueur. Avec Pragmata, Capcom nous ramène à une époque où l’on avait encore des jeux solo action/aventure qui n’avaient pas pour ambition de devenir un phénomène produisant des suites sur plusieurs années. Sans avoir la prétention de créer un nouveau Resident Evil ou Devil May Cry, le jeu propose une sorte de one-shot très élaboré, mais parvient-il à convaincre pour autant ?
Conditions de test : nous avons terminé deux fois le jeu sur PS5 classique quasiment à 100% pour la première run. Nous avons joué principalement avec les voix françaises, mais aussi en japonais et en anglais.
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L’intelligence artificielle est désormais un sujet omniprésent et les inquiétudes autour d’un avenir où elle viendrait remplacer l’humain dans de nombreux métiers sont de plus en plus fréquentes. Lors de son annonce en 2020, on ne se doutait pas que Pragmata se montrerait aussi visionnaire sur ce point, sans doute malgré lui. Précisons toutefois que l’intrigue ne se concentre pas directement sur ce thème, mais on imagine que Capcom a fait preuve d’un bel opportunisme pour y inclure des références aux questionnements actuels.
Pour resituer brièvement, l’histoire de Pragmata se déroule dans un futur proche, plusieurs années après la découverte du lunum par l’humanité. Cette ressource est à l’origine d’une avancée scientifique majeure : la lunafibre, un matériau révolutionnaire capable de reproduire n’importe quel objet à partir de simples données. Mais lorsque tout contact est brutalement perdu avec une station de recherche lunaire dédiée à son développement, une équipe d’intervention est envoyée sur place pour élucider la situation.
À peine arrivée, la mission est frappée par un violent séisme lunaire. Hugh Williams, l’un des membres de l’expédition, se retrouve grièvement blessé et séparé de ses coéquipiers. Inconscient, il est secouru par Diana, une androïde à l’apparence d’une petite fille. Il s’agit d’une Pragmata, une entité créée à partir de cette fameuse lunafibre. Ensemble, ils vont tenter de contacter la Terre et découvrir ce qui a bien pu se passer dans la station.
Le voyage ne sera évidemment pas de tout repos puisqu’une IA malfaisante, appelée IDUS, a pris le contrôle de la station et compte bien stopper les intrus. Capcom ne cherche pas ici une narration très élaborée, cependant ce cadre lunaire de science-fiction et les mystères autour de Diana et de la station suffisent amplement à nous tenir motivés pour avancer.
La lunafibre paternelle

Ce qui pourra sans doute vous freiner vis-à-vis de Pragmata, c’est la durée de vie relativement courte du titre. Comptez environ 15 heures pour boucler l’histoire principale, un format idéal pour une expérience solo maîtrisée, mais qui limite forcément les ambitions narratives.
Malgré cela, les développeurs parviennent à rendre le duo attachant grâce à de nombreux échanges lors des phases d’exploration. Diana est une enfant qui découvre le monde et se pose plein de questions, tout en gardant quelques réflexes « robotiques ». Hugh, quant à lui, est simplement un bon gars qui va jouer les précepteurs, mais grâce à la curiosité incessante de la petite fille, on va en apprendre plus sur lui petit à petit.
Ce qui est assez surprenant, c’est que Capcom a mis le paquet pour faire de Diana une sorte de mascotte de la fille idéale. « Le Refuge », le HUB central où l’on se prépare avant chaque sortie dans la station, en est le meilleur exemple. Il est rempli d’interactions avec l’androïde. On peut lui offrir des souvenirs terrestres (un coin TV, une balançoire, un set de plage…) que l’on ramasse dans le décor pour ensuite être recréés dans le Refuge grâce à la lunafibre.
La dynamique de ce duo atypique fonctionne étonnamment bien et parvient régulièrement à nous arracher des sourires attendrissants. Même dans le gameplay, on ressent cet attachement paternel à travers de nombreux petits détails, comme lorsque Hugh jette immédiatement Diana au loin pour la protéger lorsqu’il se fait agripper par un ennemi. Pour retranscrire vocalement cette relation, le doublage français se révèle de très bonne facture, même si l’on a encore du mal avec la voix française de Diana. Rien de catastrophique, mais la performance donne moins l’impression d’une voix d’enfant comparée au japonais ou à l’anglais.
Je deviendrai le roi des piratages

Bien que l’on passe un bon moment, l’aventure principale se révèle tout de même assez sage dans l’ensemble et manque de mises en scène spectaculaires. Même dans ses décors, Pragmata manque cruellement d’audace. Alors que la reconstitution, intentionnellement imparfaite, de Times Square nous avait conquis lors de la preview, on s’attendait à une exploitation plus poussée de la lunafibre, avec des environnements sortant davantage du cadre lunaire. On regrette que ces lieux soient trop peu nombreux, d’autant qu’ils sont assez réussis.
La nouvelle licence de Capcom est heureusement largement portée par un gameplay à la fois original, très bien exploité sur la longueur et qui s’affine avec le temps. On comprend que la trame ne soit pas trop longue afin d’éviter un sentiment de lassitude, car sur 30 à 40 heures, on aurait effectivement ressenti une certaine redondance. Cependant, ce mélange entre shooter TPS et hacking fonctionne à merveille. Si vous avez profité de la démo gratuite et que vous souhaitez davantage de possibilités, vous serez sans doute conquis. En revanche, si le concept ne vous a pas convaincu d’emblée, il y a peu de chances que le jeu complet y parvienne.
Dans ce duo de choc, Hugh joue le rôle de force de frappe grâce à son arsenal et à ses déplacements propulsés par sa combinaison, tandis que Diana affaiblit les adversaires via le piratage. Celui-ci prend la forme d’un panneau qui apparaît en temps réel à l’écran pour affaiblir la cible. L’objectif consiste à déplacer le curseur jusqu’à une destination précise afin de terminer la phase de hacking, tout en évitant les obstacles et en récupérant des cases bonus qui octroient différents effets.
Pragmata pose ainsi une base qui se complexifie au fur et à mesure que les types d’ennemis s’étoffent. Chacun d’eux possède des faiblesses et des patterns uniques qu’il faut prendre en compte dans les affrontements. Cela peut sembler chaotique à première vue, mais la maîtrise des mécaniques est d’une satisfaction rare. La gestion des foules, le fait de se concentrer sur l’ennemi le plus faible ou le plus gênant tout en esquivant les autres, ainsi que la pression du temps lors des phases de piratage, offrent une dose de tension et d’action particulièrement grisante.
Dieu demanda à Prague de mater et…

Grâce à l’exploration et à l’accumulation de ressources, comme les points de compétence servant à améliorer ou débloquer de nouvelles capacités, ou encore la lunafibre qui permet d’améliorer les armes et les modules de hack, l’arsenal de Hugh et les piratages de Diana s’étoffent progressivement.
On peut ainsi se concocter un set sur mesure pour venir à bout d’un combat particulièrement tendu ou d’un boss. L’expérimentation fait aussi partie du plaisir, étant donné que l’on peut mixer les armes et les piratages pour créer des cocktails ravageurs.
Par exemple, lors d’un hacking, si vous activez les cases « piratage multiple » et « confusion », vous créez un combo où les robots s’entretuent. Vous pouvez aussi équiper une poignée de capacités passives, parmi un large choix, pour affiner votre style (améliorer votre attaque, votre défense, le hacking, etc.).
Au début, on pense que la seule approche viable est celle où le hacking sert de support et les armes de Hugh de force de frappe. Mais on comprend par la suite que les possibilités sont bien plus vastes. Le hacking peut notamment devenir votre principale source de dégâts.
On y retourne

Pour vous aider à mieux appréhender les différentes combinaisons possibles, le Refuge propose de nombreux défis que vous devez terminer, le plus souvent en moins d’une minute, avec des objectifs secondaires qui corsent grandement les choses si vous souhaitez obtenir la couronne du 100 % pour chacun d’eux.
Même si l’on vous a dit que l’histoire se bouclait assez rapidement, le jeu reste généreux grâce à sa rejouabilité. Une fois terminé, vous avez ainsi accès à un New Game Plus (où vous conservez pratiquement tout votre équipement et vos améliorations), à un nouveau mode de difficulté et à un nouveau mode de jeu que l’on vous laisse découvrir.
Pragmata peut paraître assez facile dans l’ensemble, mais l’accent mis sur la rejouabilité est une bonne chose. De plus, on ne se sent pas embêté de tout refaire avec davantage de challenge, étant donné que ce n’est pas très long.
Graphiquement, on ne va pas trop s’étendre, étant donné que la démo vous donne un aperçu concret sur chaque support. Sur PlayStation 5, le RE Engine se révèle très solide, malgré un peu d’aliasing par moments. En revanche, la fluidité ne faiblit jamais malgré la quantité d’effets à l’écran, notamment avec cette double couche liée au panneau de piratage. Par contre, la bande-son se révèle assez effacée dans l’ensemble. Plus présente durant les moments de complicité et d’émotion, elle ne brille pas pour autant.
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