Test Overwhelm – Die and Retry et angoisse font bon ménage

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Jeu indépendant paru sur PC en 2018, il revient cette année sur Nintendo Switch via l'eShop.

Tandis que la majorité des développeurs tâchent de rendre leurs jeux plus aisés, afin de convenir au plus large public possible, d’autres prennent totalement la tendance à revers, et c’est parfois ce qui fait leur notoriété. C’est notamment le cas de From Software avec ses Dark Souls, ou plus récemment le sympathique Sekiro, mais surtout c’est une particularité que l’on retrouve chez de nombreux indépendants. Laissez-moi vous présenter le travail de Ruari O’Sullivan, qui publiait en juin dernier un certain Overwhelm, petit jeu qui revient ce mois-ci sur l’eShop de la Nintendo Switch.

Amoureux du rétro, bonsoir

TEST-Overwhelm-Switch

Les images parlent d’elles-mêmes, Overwhelm est un jeu résolument pensé pour paraître old school. Visuellement, le titre de Ruari O’Sullivan se présente comme un véritable plateformer 2D à l’ancienne, époque 8Bit, ne cachant pas ses similarités avec la licence Metroid. Un aspect qu’il nuance toutefois en étant plus uniforme dans sa couleur, puisqu’il n’en proposera qu’une à l’écran, se déclinant en plusieurs teintes. Par ailleurs, vous aurez le choix entre l’aspect rouge, jaune, vert et bleu. Le résultat est assez étrange, et ne plaira sans doute pas à tout le monde, même chez les plus grands amateurs de rétro-gaming. Parce qu’au-delà de son design réussi, le titre impose avec sa direction artistique étonnante un sentiment d’oppression, qui n’est pas sans rappeler ce que l’on pouvait ressentir dans un Metroid Fusion. De quoi dérouter, et peut-être pas forcément dans le bon sens, quiconque est un poil influençable sur les bords.

Overwhelm est un titre angoissant et stressant, et de ce fait, au-delà de son challenge hardcore, il ne conviendra pas à n’importe qui.

Ne vous fiez donc pas à l’aspect mignon de son héros sur la jaquette, ni même à son orientation 2D qui laisserait à penser qu’il ne s’agit que d’un petit jeu sans prétention, destiné à faire passer le temps. Overwhelm, c’est pour commencer une ambiance. Sans véritable explication, le protagoniste débarque à l’écran à cheval, d’on ne sait trop où, et l’action démarre. Il est alors demandé de sauter dans un tunnel sombre, un choix qu’on aurait presque du mal à faire tant le décor semble indiquer une mort certaine. Ce qui est, soit dit en passant, très proche de la vérité. Que ce soit clair, le moindre coup enverra directement au tapis, et l’on a vite fait de se faire toucher par tout et n’importe quoi. D’autant qu’une partie des ennemis est plutôt agile et vive, tandis que l’autre vole… Un avantage certain sur le héros dont la palette de mouvements est bien entendu limitée. Très vite, une sorte de tension se fait sentir, accentuée par le fait que l’on n’ait que trois vies. Et le titre joue beaucoup avec cette angoisse, notamment en affichant des ennemis à coté du joueur lorsque ce dernier appuie sur le bouton pause.

L’aspect sonore n’est pas en reste. Pas de musique à proprement parler au fil de l’aventure de ce plateformer 2D, mais plutôt un ensemble de bruits étranges se superposant de façon différente selon les zones de la map. Cela donne un résultat presque malfaisant, qui ferait scruter régulièrement dans leur dos les plus peureux lors des parties de nuit… Le pire restant, et de très loin, le son terrifiant s’échappant du haut parleur lorsqu’il ne nous reste qu’une seule vie au compteur. De quoi stresser encore plus face à la difficulté grandissante du titre. Si vous ne l’aviez pas encore compris, Overwhelm n’est certainement pas le genre de jeu vidéo à mettre entre toutes les mains. Un seul véritable morceau musical viendra égailler les parties, et il ne fera son apparition que lors des combats de boss… Certainement les phases les plus angoissantes de son aventure. Enfin cela n’engage que moi, mais je trouve que cette unique track est réussie, et presque apaisante.

Dans la droite lignée des Die and Retry

TEST-Overwhelm-Switch

En bon plateformer 2D à l’ancienne, le titre de Ruari O’Sullivan adopte un gameplay en partie intuitif. Bouger, sauter, passer d’îlot en îlot… Tout le monde l’a déjà expérimenté, ne serait-ce que dans un Mario Bros. Le truc, c’est que cette version Switch est contrainte de s’adapter, et pas forcément dans la bonne direction. En effet, si les déplacements ne posent aucun problème, c’est une autre paire de manche pour le reste du gameplay. Les sauts s’effectueront pour commencer avec la gâchette L, un choix contre-intuitif, à une heure où n’importe quel jeu de plateforme adopte l’utilisation des touches A ou B. Juste en dessous, ZL permettra quant à lui de mettre des coups aux adversaires. Une option que l’on utilisera finalement assez rarement au contact de ces derniers, de peur de faire une fausse manipulation et de mourir bêtement. Toutefois, cela permet, lorsque utilisé en l’air, de faire un double saut. Ce qu’il est aussi possible de réaliser en pressant deux fois L.

Certains choix dans l’adaptation du gameplay sont discutables… Malheureusement, en somme, il était nécessaire d’en passer par là pour permettre au titre de se frotter à la Switch.

Enfin le moins intuitif reste le tir. Notre personnage est en effet affublé d’une arme à feu, seule véritable défense contre les créatures qui rôdent dans les couloirs. Sur PC, la visée et le tir s’effectuaient le plus simplement du monde avec le curseur de la souris. Mais sur Switch, il n’est évidemment pas question de brancher ce périphérique emprunté à notre ordinateur de maison. Il faudra composer avec le joystick droit de la manette, qui permettra de brandir un faisceau lumineux. Un système qui fonctionne plutôt bien dans des jeux en 3D, notamment dans l’adaptation récente de X-Morph : Defense, mais qui peine à convaincre dans ce plateformer 2D, faute de précision, tout particulièrement en situation de stress. C’est vraiment dommage, parce que Overwhelm demande une bonne réactivité, et saura récompenser les plus acharnés. Mais il est vrai qu’à la vue de cette adaptation difficile de son gameplay, on aurait parfois envie de balancer notre manette…

Overwhelm dispose d’un hub, construit au cœur de cinq zones, renfermant chacune un boss. Venir à bout de son aventure ne prendrait, en ligne droite, qu’une trentaine de minutes, tout au plus. Mais vous l’aurez aisément compris, du haut de son statut de Die and Retry bien énervé, le titre se révélera plus long. Un unique coup sera fatal, et le joueur ne dispose que de trois vies, au terme desquelles il reprend la partie au hub. Inutile de vous préciser que vous allez souvent recommencer, voire même pester. D’autant qu’à l’instar d’un Metroidvania, genre dont il s’inspire beaucoup, chaque boss abattu est synonyme de changement. Cette fois-ci toutefois, il ne s’agira pas de récupérer un nouvel équipement ou bien de débloquer une zone jusque là inaccessible. Là où un Metroid tend à simplifier ses mécanismes au fil de l’aventure, en offrant notamment un armement plus conséquent à Samus, Overwhelm impose quant à lui un challenge qui ne cesse de grossir. Ainsi, chaque fois que vous quitterez victorieux la tanière d’un boss, vous devrez faire face à de nouveaux ennemis, toujours plus puissants et réactifs.

Bien qu’il ne faille qu’une trentaine de minutes en ligne droite pour boucler l’aventure, gardez à l’esprit qu’il s’agit d’un Die and Retry bien énervé, qui vous fera recommencer de nombreuses fois les mêmes séquences.

La grosse nouveauté de cette version Switch, c’est l’ajout bien senti d’un mode coopératif à deux joueurs. Une riche idée qui permettra d’aborder ses couloirs sombres un peu plus sereinement, mais aussi qui fait radicalement chuter sa difficulté. Parce qu’au-delà du fait qu’il est évidemment plus rapide de mettre un terme à la vie d’un boss en lui tirant dessus à deux, le fait est que lorsque l’un des joueurs meurt, l’autre peut le ressusciter. Dommage que, là encore, le gameplay soit un peu mal adapté. Et l’aventure aussi, en somme, puisque les couloirs sont souvent exigus, et les munitions ne sont pas légions. Car oui, contrairement à nombre de jeux du genre, celui de Ruari O’Sullivan s’est encombré d’une arme qu’il faudra régulièrement recharger, sous peine de se retrouver complètement démuni face à sa faune agressive. Un challenge supplémentaire, comme si le titre n’en avait pas déjà suffisamment ! Fort heureusement, il sera possible de simplifier quelque peu l’aventure via les options, en choisissant de jouer avec vies ou munitions illimitées. Un sale coup dans l’ego du joueur, mais un moyen pour les moins persévérants de venir à bout de son aventure malgré tout.

Difficile, Overwhelm est par ailleurs terrifiant à bien des égards. La faute à sa bande sonore, pour commencer, mais aussi à son concept et son design minimaliste. De surcroît, le développeur s’amuse régulièrement avec les nerfs du joueur. Autant de raisons pour lesquelles le titre de Ruari O’Sullivan ne sera pas à mettre entre toutes les mains, même parmi les amoureux de Super Meat Boy. L’expérience est relativement courte, malgré le challenge très corsé et le peu de vies disponibles, mais c’est finalement parfait ainsi. On ne saurait trop à qui conseiller ce titre étrange, toutefois il ne fait aucun doute qu’il s’agit-là d’un excellent jeu vidéo, malheureusement un poil diminué par une prise en main perfectible sur Switch.

La note de l'auteur

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en débutant Overwhelm, que je prenais à l'origine pour un petit Metroidvania au design minimaliste. Et quelle ne fut pas ma surprise en découvrant un Die and Retry pour le moins angoissant et rageant. Pour être honnête, j'ai bien cru que jamais je n'arriverais au bout de son aventure retors, et j'ai bien failli lâcher la manette deux ou trois fois (et même la jeter contre le mur). Mais je ne suis pas mécontent d'avoir persévéré, bien que la fin soit finalement assez décevante de mon point de vue étant donné le mal que j'ai eu à y parvenir. J'en sors quelque peu grandi, et je n'ai plus peur de me frotter à d'autres titres du genre.

itokiry
a
Note du panda
7.5 10

Overwhelm

Points positifs

  • L'ambiance indescriptible
  • Mise en scène originale des boss
  • Le challenge qui grossit régulièrement
  • Possibilité de simplifier son expérience

Points négatifs

  • La bande sonore parfois irritante
  • Gameplay contre-intuitif sur Switch
  • Ce système de visée...

Ce test a été réalisé à partir d'une version éditeur

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