Test Mordhau – Plus sanglant qu’une foire à la saucisse

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Écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes.

Voilà plusieurs jours maintenant que des centaines de milliers de joueurs s’étripent joyeusement sur Mordhau. Passé par la case Kickstarter en 2017 et principalement développé en Slovénie chez les bons gens de Triternion, ce Battelfield au Moyen-Âge a de très nombreux atouts à faire valoir. S’il rappelle fatalement Chivlary Medieval Warfare pour l’œil non averti, Mordhau est en réalité bien plus qu’un simple copycat.

L’art de la guerre

Mordhau

S’il est complètement passé sous votre radar, sachez donc que Mordhau est un FPS compétitif qui prend place au Moyen-Âge. Oubliez donc les surreprésentés AK47, M4a1 et autre Desert Eagle et faites place aux épées longues, aux arcs et arbalètes, aux haches de combats et aux Zweihanders. On peut compter sur le jeu pour faire le spectacle grâce à une vraie maîtrise visuelle du sujet et un sens inné du spectacle.

Il y a quelque chose de glorieux à charger tête baissée avec 30 personnes à ses côtés pour prendre d’assaut un point défendu par l’ennemi. D’ailleurs, une partie de vos camarades est tombé sous une première salve de flèche alors que d’autres ont été écrasés par un tir de catapulte. Des bras sont arrachés par les premiers coups de lames. Et alors qu’on découpe quelques têtes à l’aide de swings bien placés, la sanction tombe. Une lance nous transperce l’estomac et ne nous laisse aucune chance. Encore plus triste, c’est le lancer hasardeux d’un de nos hommes qui a porté le coup fatal.

Comment lui en vouloir face au chaos ambiant. Des dizaines d’hommes s’entretuent avec d’immenses hallebardes dans un bain de sang qui fait qu’on ne distingue plus l’ennemi de l’ami. Ceci est à prendre au sens littéral. Mordhau est un jeu particulièrement violent et pas seulement pour retranscrire la brutalité des affrontements de l’époque. Il n’est pas rare que les éclaboussures de sang recouvrent des joueurs de la tête au pied si bien qu’il devient très difficile de distinguer les bleus des rouges. Il va falloir accepter le teamkill comme un élément de gameplay presque à part entière.

Sacré Graal

Mordhau

Ah oui, n’oublions pas que dans cet assaut il y a aussi ce mec en slip avec une poêle et 3 types qui jouent Darude – Sandstorm au luth pour accompagner les affrontements. Oui, on peut jouer du luth sur le champ de bataille, et oui, bien que fidèle dans sa reconstitution de l’époque, Mordhau n’en reste pas moins une source sans fin de rires. Le tutoriel, complet et très bien conçu, est à féliciter pour la façon dont il accueille les joueurs. Le ton est tout droit sorti d’un sketch des Monthy Python, l’humour est absurde et communique un message primordial au joueur : tu es avant tout là pour t’amuser. Tant de fps multijoueur sont hypers premier degré et trop sérieux pour leur propre bien que le simple fait de rappeler cette évidence met l’ensemble des joueurs dans un état d’esprit positif.

Et dans l’ensemble, force est de constater que ça semble fonctionner. Comme tout jeu multijoueur il y a le lot de trolls et d’imbéciles qui essayent de gâcher le plaisir des autres, et plus le temps passe plus ils semblent nombreux (succès oblige). Néanmoins, ils ont été minoritaires sur la grosse vingtaine d’heures passées sur le jeu pour le test. On a vécu de véritables moments de complicité avec de parfaits inconnus pour des séquences assez mémorables. Et puis, Mordhau a pour lui cette force d’être un jeu particulièrement jouissif. Difficile de retenir son esprit bestial en maniant une immense épée qui d’un seul coup décapite deux adversaires. Comment ne pas rugir quand on enchaîne trois, quatre voire cinq duels à la suite en ne laissant aucune chance à nos adversaires en spammant l’emote Come at me”.

Pesé, mesuré, et jugé insuffisant

Mordhau

C’est tout ça Mordhau. Des batailles d’une proportion remarquable qui laissent tout de même la place à des duels haletants tirant pleinement partie des mécaniques de jeu. Car il ne faudrait pas croire que le chaos est une excuse pour un jeu foutraque où tout passe un peu au pif, très, très loin de là. A vrai dire, Mordhau est même particulièrement complexe si bien qu’il peut facilement intimider le nouveau venu. Reprenant des idées chez les évidentes influences que sont Chivalry et Mount & Blade, Mordhau propose différents types et angles d’attaque ainsi que de nombreuses options défensives.

Plutôt que de limiter le combat à cela, Mordhau propose un système couvrant pas moins de 240 angles possibles ! Rien de plus simple à contrôler, un petit triangle situé autour de notre viseur indique d’où partira votre prochain coup. Un simple coup de souris dans une direction suffit pour déterminer l’angle et varier les swings pour tromper l’adversaire. Et ce n’est pas tout, en jouant des hanches on peut ralentir ou accélérer la vitesse de notre attaque pour constamment prendre notre adversaire de court.

Ce dernier aura alors l’option de se défendre de nombreuses façons. Soit en parant dans le bon timing, soit en levant son bouclier s’il en est équipé, soit en effectuant un chamber. Méthode la plus difficile à contrôler, mais aussi la plus redoutable, le chambering consiste à imiter l’attaque de son adversaire en déclenchant au dernier moment afin de faire glisser sa lame sur la nôtre et de le frapper de plein fouet. Tellement difficile à réussir, mais incroyablement satisfaisant quand c’est bien exécuté. Il y a une variété de possibilités folles peut-être jamais vues dans un jeu du genre.

On peut par exemple feinter une attaque pour forcer l’adversaire à lancer sa parade et le frapper juste derrière. Mieux encore, on peut feinter en faisant mine de lancer un coup d’estoc pour changer au dernier moment sur un coup horizontal. Et on effleure à peine la richesse du système de combat qui propose également des coups de pied (très efficaces contre les boucliers pour briser la garde), des armes à distance, mais aussi un système de combo qui une fois encore nécessite un timing impeccable pour enchaîner les coups. Et je n’ai même pas mentionné les différentes postures et prises de certaines armes. On considérait (à raison) For Honor comme un jeu de combat déguisé, Mordhau n’est clairement pas loin de cette idée.

Duel of the fates

Mordhau

Et quand est-ce que ce complexe, intimidant mais fabuleux système de jeu brille le plus ? Dans les duels. Mordhau c’est un fabuleux jeu de 1 contre 1. On parlait de l’aspect fun, drôle du jeu dans son chaos infernal et ses joutes à 10v10 sur un seul point. Quand on se retrouve en face à face, tout cela disparaît. Soudainement la tension monte de plusieurs crans, le combat se déroule principalement dans la tête. Certains se règlent en un bon gros coup bien placé sous le menton, d’autres sont beaucoup plus disputés et voient les parades et les chambers s’enchaîner dans ce qui ressemble presque à une chorégraphie. Quel que soit leur issu et leur déroulement, les duels sont les moments les plus haletants de Mordhau et sont brillants.

Et alors qu’on commence à prendre la confiance après en avoir remporté 3-4 de suite débarque un type avec une lance qui semble littéralement être dans notre tête. Il anticipe, bloque et évite tout sans problème alors que tous ses coups nous paraissent illisibles. Une fois encore le jeu nous colle une claque et nous prouve qu’il est beaucoup, beaucoup plus profond qu’il ne le laisse suggérer. Le skillcap est immense, et on commence à peine à en prendre la mesure quand on trouve notre arme et notre équipement de prédilection.

Si toutes les armes disposent des mêmes attaques, le ressenti est lui très variable de l’une à l’autre. Même quand on reste dans la même catégorie on sent une différence entre l’épée longue, l’espadon et l’épée de justice qui sont toutes les trois des épées à deux mains. Le poids des coups n’est pas le même, la vitesse d’attaque n’est pas la même, la portée n’est pas la même. Une fois que nos repères sont bien ancrés sur une arme, en changer nécessite un petit temps d’adaptation. Toujours est-il que le feeling arme en main est redoutable. Les coups font vraiment ressentir leur poids, que ce soit grâce aux nombreux feedbacks visuels ou sonore. Ainsi il ne faut pas hésiter à expérimenter et tester un peu tout ce qui nous passe sous la main.

Lettres de noblesse

Mordhau

Pour pousser à la découverte les développeurs ont jugé bon de préparer une dizaine de classes présentant différents archétypes possibles. Le chevalier en armure lourde avec une grande épée mais très lent, l’archer vif avec un simple petit hachoir pour le corps-à-corps, ou encore le raider et ses haches de lancer. Bref, tout ce petit monde c’est idéal pour les premières parties et pour quiconque n’aura pas trop envie de réfléchir avant de jouer. Mais très rapidement nous vient l’envie de créer notre propre classe, et encore une fois Mordhau nous surprend pour la richesse de son éditeur.

On peut se créer un avatar pour les modes horde et BR (sur lesquels on reviendra un peu plus loin) qui lui est purement cosmétique. En revanche, pour le mode Frontline (à savoir le mode central du jeu mais encore une fois, on y revient vite), on peut carrément créer sa propre classe de toutes pièces. Au-delà des options de personnalisation au niveau du visage, de la voix et de la carrure du personnage, assez simple dans l’ensemble, On a quand même envie de souligner l’absence totale de personnage féminin ou encore la palette de teint de peau allant de blanc à très blanc. Sûrement que les plus malins mettront ça sur le dos de la fameuse “fidélité historique”.

On part avec un crédit de 16 pts que l’on va au choix pouvoir répartir dans les armes, l’armure et plus intéressant, des compétences. On peut par exemple choisir l’hilarante compétence égratignure qui permet de se battre quelques secondes après avoir perdu un bras ou une jambe pour peut-être emporter son adversaire avec soi dans la tombe. Autre exemple, sanguinaire permet de récupérer 30 points de vie lors d’un kill, mais coûte 5 points et limite le reste des options. Ceci étant, rien ne vous empêche de faire un mec en slip avec une grosse épée et quelques compétences. Ou encore une classe plus sournoise armée de nombreux pièges et accessoires au détriment d’une vraie arme principale.

On ne marche pas comme ça dans le Mordhau

Mordhau

Il y a donc trois modes de jeux pour découper un maximum de bras, de jambes et de tête. Le mode principal et probablement celui sur lequel les joueurs vont passer la plupart de leur temps c’est le mode frontline. C’est ici que deux équipes s’affrontent à 32 v 32 sur des maps justement proportionné pour permettre aussi bien des affrontements de masse que des duels et des raids solitaires. Si vous êtes familier de Battlefield vous ne serez pas dépaysé. Chaque équipe part avec 1 000 tickets et doit prend le contrôle d’un maximum de points sur la carte. Certains objectifs varient (tuer un roi, escorter un wagon etc…) mais dans l’ensemble c’est essentiellement de la capture et de la défense d’objectif.

Ce mode est une belle occasion pour manier catapultes et chevaux qui sont les “véhicules” du titre. Si les premières vous laissent parfaitement vulnérable le temps de se placer, viser et tirer (et finissent souvent par tuer plus d’alliés que d’ennemis mais passons), les chevaux eux sont un peu plus compliqués. Alors oui ils sont très fort et nul doute qu’un bon cavalier ne manquera pas de trusté le haut du classement. Néanmoins la maniabilité est très rigide et plus souvent frustrante qu’autre chose. On s’amuse finalement plus à tenter de désarçonner les cavaliers ennemis d’une bonne hache de lancer en plein crâne. Pour changer d’air entre deux grosses batailles, on peut se rabattre sur un mode horde un peu bourru bien qu’amusant lors des premières parties. On affronte des vagues grandissantes d’ennemis en achetant de l’équipement au fur et à mesure, mais passer un certain niveau il devient impératif de se cacher en hauteur et de jouer à distance. Idéal pour se faire la main lors des premières heures mais on passera vite à autre chose.

En revanche, le titre propose un battle royal assez unique et vraiment amusant. Pas de drop ou quoi que ce soit, ici on spawn au hasard sur la map et on court à la recherche de coffres contenant de précieuses pièces d’équipement. Ce mode fait la part belle au duel et à des situations au gameplay qui émergent et nous obligent à faire avec les moyens du bord. C’est souvent très drôle, très injuste, et on y retourne avec plaisir. L’absence de vrai mode duel/classé en est d’autant plus regrettable, mais les développeurs ont promis que cela arriverait prochainement.

Mordhau est tout simplement le meilleur de sa catégorie. Aucun autre jeu du genre n’est parvenu à un tel degré de qualité. C’est une invitation à se ruer face à un mur de soldats en relâchant le guerrier qui sommeille en soi. On hurle, on sautille sur son siège, on cogne, on tombe et on y retourne dans la sueur et le sang. On rit aussi, énormément, sûrement trop pour un simulateur de décapitations mais qu’importe. C’est un formidable générateur d’histoire tout en étant un jeu exigeant et tendu. Triternion a tout simplement imposé la nouvelle référence du genre dès leur premier jeu, félicitations. Plus qu’à faire un mode Seigneur des Anneaux maintenant.

La note de l'auteur

Je m’éclate comme un fou à trancher dans le tas, à décapiter joyeusement mes pairs tout en hurlant aussi bien dans le jeu que dans mon appartement. Les voisins sont clairement moins fans mais ils n’ont pas le choix, je compte bien y passer des dizaines (centaines ?) d’heures !

Toothpick
s
Note du panda
8.5 10

Mordhau

Points positifs

  • Un sens inné du spectacle
  • Le feeling des armes impeccable
  • Littéralement jouissif
  • L’exigence et la profondeur du système de combat
  • Le génie des duels
  • À mourir de rire
  • Création de classe hyper complète
  • Le meilleur de sa catégorie

Points négatifs

  • Quelques imperfections techniques
  • Vivement un vrai mode duel
  • On ne cracherait pas sur deux-trois maps de plus
  • La maniabilité hasardeuse des chevaux

Ce test a été réalisé à partir d'une version éditeur

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