Test Fade to Silence – Survivre au souffle glacial de l’hiver éternel

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L'humanité réduite au froid et au silence.

Fade to Silence nous plonge dans un monde post-apocalyptique chancelant, rongé par un mal omniprésent qui chaque jour, chaque nuit, étend sur le monde la corruption et la désolation. Dans cet univers sombre, le froid éternel sévit sans relâche, empêchant les survivants d’imaginer le moindre avenir. Pourtant, un homme ne baisse pas les bras malgré l’effondrement des preuves, le naufrage du monde ancien. Ash prie dans une tourmente infinie, reste debout et à braver les éléments. Pour sa fille Alice d’abord mais aussi parce qu’il semble entretenir un rapport singulier avec la créature qui rôde frénétiquement dans ces contrées abandonnées…

Une histoire de survie

Fade to Silence

Ce qui saisit d’emblée le joueur, dès les premières secondes, c’est l’atmosphère noire, la guerre perpétuelle et le cauchemar permanent dans lequel est plongé notre héros. Dès les premiers instants, en effet, Ash, aux allures d’un Talion prisonnier d’un Mordor de glace, se réveille en sursaut – comme revenu d’entre les morts – dans une crypte mystérieuse. Tel un rituel satanique, il se présente recroquevillé, placé au centre d’un cercle de flammes qui vacillent, évoquant une cérémonie mortuaire. Un spectre tournoyant au dessus de lui délaye ses paroles venimeuses l’enjoignant d’abandonner la lutte, de se rendre à l’évidence : tout est perdu, le froid et le mal règnent sur le monde et tout a été détruit. Tout est à présent réduit au silence. Pourtant Ash se relève, le regard injecté de sang, frappé de stupeur et d’angoisse. Le spectre n’en a pas fini avec lui. Tel un marionnettiste, ce dernier se gausse de laisser échapper sa proie, une fois encore, pour jouer à nouveau avec elle et la mettre au supplice.

Très vite aux prises avec des créatures corrompues dotées de griffes acérées, bien décidées à en finir, notre héros se défend avec sa torche, la seule arme dont il dispose lors des premiers instants. Puis il entend la voix de sa fille, au loin, cernée par des tentacules géantes qui déchirent le sol et la menacent, elle aussi, d’une fin brutale. Après une lutte acharnée servant de prélude à une quête longue et rude, vous vous rendez compte que tout est à feu et à sang, tout est en ruines. Il faut tout reprendre : l’approvisionnement en bois, en nourriture pour contrer le gel, l’empreinte indélébile du froid. Mais les rares plantes qui résistent encore à l’avancée de la corruption ne permettent pas de subvenir aux besoins fondamentaux. Il faut donc trouver d’autres zones, éloignées du camp de base, pour chasser et glaner toute sorte d’objets.

Toutefois, sur le chemin, tapis dans l’ombre, des éventreurs (lents, maladroits mais puissants), des cracheurs qui tels des Ghouls de The Witcher 3 régurgitent des ampoules de corruption explosives ainsi que des faucheurs (rapides et sournois) n’attendent que votre passage pour vous occire. Il faut donc se déplacer avec méthode, cibler les besoins et parer au plus pressé. C’est sans compter le blizzard, les tempêtes de neige, les tornades, les températures glaciales et tous les éléments qui se déchaînent contre vous. Le gel qui, patiemment, progressivement atteint votre corps, réduit votre santé. Parfois, il vous faudra presser le pas, trouver un abri, veiller à ne pas mourir de faim et de froid. Pour cela, de nombreuses mécaniques de jeu assez bien huilées orienteront le joueur dans ses premiers pas.

Une approche globale

Fade to Silence

La première d’entre elles consiste à garder en permanence un œil sur l’état de santé de notre héros. Le froid entrave grandement ses déplacements. Inutile d’imaginer parcourir en une fois toute la map sans prévoir un point d’escale pour se réchauffer et lutter contre le gel. Côté alimentation, toutes ces marches dans la neige, toutes ces esquives pour éviter les attaques ennemies finissent par tirailler grandement votre estomac. Cela se sent, cela s’entend. L’exploration, comme on l’a dit, doit être réfléchie et méthodique. Un coup d’œil rapide aux ingrédients nécessaires pour alimenter le feu du camp, concocter les premières recettes de base constitue une priorité. Intuitivement, vous comprendrez également qu’un arc, une pioche et une hache sont autant d’outils qu’il faudra construire dès les premiers moments du jeu. D’autant qu’au départ, tout devra se faire à pied, via un inventaire restreint. Mieux vaut ruser, anticiper. Votre endurance se trouve vite entamée, nous conduisant à soupeser l’intérêt d’une course sans nécessité absolue. De même, en plein combat, même face aux adversaires lents et maladroits, les esquives et déplacements de côté exigent de la prudence car les contre-attaques nous coûtent également en énergie. Dès lors, si dans la même action vous courrez, esquivez et contre-attaquez, votre jauge est quasiment à zéro, vous plaçant à la merci d’autres assaillants.

L’autre dimension très immersive que propose le titre est la gestion des autres. Votre fille et vos partisans. En effet, au cours de vos pérégrinations, vous rencontrerez d’autres survivants dotés de compétences très appréciables. L’une des belles idées du titre d’ailleurs est de permettre à vos amis d’incarner l’un de ces partisans une fois qu’il a été recruté. Là, la gestion du camp prend la tournure d’un mode coopératif très jouissif. Un chasseur permettra ainsi à votre camp de disposer de suffisamment de nourriture pour survivre. Un bûcheron découvrira les arbres encore saints qui pourront être utilisables pour bâtir des huttes, des chenils à traîneau. Un spécialiste de la forge vous permettra comme on s’y attend d’améliorer grandement votre arsenal de défense et d’attaque, ainsi que la tenue de protection de Ash. Car l’enjeu majeur du titre qui lui donne toute sa spécificité c’est l’aspect gestion indispensable à votre survie.

Ainsi, l’exploration axée sur les combats, la découverte d’autres avant-postes à purifier et la récolte de ressources doit être pensée en adéquation avec la gestion du camp nécessitant de rebâtir ce qui a été détruit mais aussi d’engager la résistance, la riposte. Car votre survie, votre courage, fait enrager les créatures de l’Eclipse rouge qui jette sur le monde cette désolation et cette atmosphère de mort. Pour contrer cette colère, il faudra comprendre comment l’essence corrompue fonctionne et comment se protéger des assauts extérieurs plus fréquents au fil du jeu. Il vous faudra donc saisir ce que ce spectre recherche, son origine, son mode de fonctionnement. D’ailleurs, ce spectre, cette voix intérieure, Ash est le seul à l’entendre, à le voir, à le sentir le harceler à chaque instant. Nous touchons ici au cœur de l’intrigue et cet enchevêtrement de perspectives est parfaitement mis en scène.

Quelques faiblesses ?

Fade to Silence

Dans l’ensemble, le titre est une belle réussite truffée de bonnes idées. Le studio allemand Black Forest Games, filiale de THQ Nordic, réalise avec Fade to Silence un jeu abouti, sérieux et vraiment profond. Certains aspects dérangent parfois et minent parfois le plaisir de jeu.

Graphiquement d’abord, le titre est plutôt correct mais aurait mérité un raffinement plus avancé, des textures notamment. Mêmes les monstres ou l’essence corrompue, teintés de déclinaison de rouge en perpétuelle évolution rendent mal à l’écran, même en ultra. Les environnements, les lieux, les bâtiments, ont bénéficié d’une belle conception, bien mise en images mais finalement peu mis en valeur du fait de couleurs assez fades et parfois peu signifiantes. Certains monstres, comme les faucheurs par exemple, laissent une traînée noirâtre derrière leur passage peu fidèle à l’impression de vitesse et de déplacement sous-terrain rapide. L’effet voulu était intéressant mais là encore mal rendu. Côté bande-son, rien de particulier à signaler si ce n’est un doublage anglais très efficace et réaliste. Le spectre a une voix glaçante qui fait parfaitement son effet au casque.

L’autre point négatif du jeu pourrait se situer au niveau de son rythme général. Le titre en manque certainement et cela se sent, même après plusieurs heures de jeu. La phase d’exploration est assez répétitive et finalement axée sur 2 ou 3 mécaniques assez standards : repérer, chasser/extraire/ou couper, tuer des monstres selon un mode opératoire simple (esquive, deux types de coup disponibles) et on file rapatrier les ressources au camp. Le système de combat aurait d’ailleurs grandement bénéficié d’un rythme plus nerveux, moins figé et stéréotypé. L’histoire est intéressante, le scénario intriguant, c’est indéniable. Toutefois, la mise en scène de tout ceci peine à emporter pleinement l’adhésion. C’est dommage même si l’expérience d’ensemble reste assez positive.

Fade to Silence est une belle réussite. Le titre est bien ficelé, attractif et assez prenant. La juxtaposition de deux logiques de jeux : l’exploration/survie et la gestion des camps est clairement l’atout majeur du jeu. La possibilité, après avoir recruté un partisan, de proposer à l’un de ses amis de l’incarner dans le jeu est une idée grandiose qui plaira à beaucoup.

L'avis de l'auteur

Un vrai plaisir que de découvrir ce titre. La sensation d'incarner une sorte de Talion qui a tout perdu aux prises avec des monstres sans pitié et un spectre qui le hante inlassablement m'a beaucoup plu. Symboliquement, ce mal à la fois intérieur et extérieur est très bien vu. Les séquences de purification sont à la fois une torture et une libération. Tout ceci participe grandement à l'identification. Malgré ses quelques faiblesses, le titre tire son épingle du jeu et met au jour une identité originale qui plaira sans doute à de nombreux joueurs.

Penderflash
a
Note du panda
7 10

Points positifs

  • Le scénario très prenant
  • Un héros charismatique et attachant
  • Exploration, survie et gestion entremêlées
  • Le bestiaire varié et bien conçu

Points négatifs

  • Des graphismes un peu ternes
  • Un manque de rythme d'ensemble
  • Des combats parfois un peu mous et stéréotypés

Ce test a été réalisé à partir d'une version éditeur

A propos de notre notation

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